Vous le regardez Ă peine, alors qu’il vous tend des pizzas toutes chaudes et vous offre son meilleur sourire. Vous vous apprĂŞtez Ă mordre dans votre Calzone, sans mĂŞme imaginer les tribulations, les dĂ©boires qu’elle a vĂ©cu, des cuisines Ă votre pallier. Oui, un coeur bat sous le blouson du livreur de pizza, un coeur gonflĂ© d’espoir tambourine sous la blouse du pizzaĂŻolo. Et pourtant…
Casquettes bleues vissées jusqu’au front, les livreurs bleu blanc rouge garent leurs mobs sur le pavé, une tous les quatre carreaux, bien alignées. « Je ne dois en voir qu’une seule » gueule Rochdi. Rochdi travaille chez ****** Pizza depuis sept ans. Simple livreur pour commencer, il a gravi doucement les échelons : manager, super manager jusqu’à franchisé. En France, il est le seul à avoir obtenu la franchise. Il a dû pour cela contracter un crédit et verser une somme de 1,2 milliards de francs. Maintenant, il rembourse et ne touche que 8 000 F par mois. Le prix du rêve…
Quand il est entrĂ© dans le rĂŞve, il y a sept ans, Rochdi a aussi eu droit au film de propagande montrant le super hĂ©ros, fondateur de la sociĂ©tĂ©, parti de rien trente-cinq ans plus tĂ´t et qui a eu l’idĂ©e d’apporter les pizzas chaudes jusque sur les paliers des gens. Deux milliards et deux cents millions de dollars plus tard, il explique dans un mauvais doublage Ă la « Dynastie » que sa sociĂ©tĂ© est une grande famille et que ses petits gars n’ont plus de souci Ă se faire, ils iront loin…Â
Pour le moment, pour combler le vide que font 2 000 F par mois, on fait la course. Pour un quart de salaire en plus, on sourit, on est joli et affable. Mais attention, pas le droit de porter la barbe, ni les boucles d’oreille. C’est pas rĂ©glementaire et ça enlève des points au manager lors des contrĂ´les inopinĂ©s et non inopinĂ©s. Mais on a une minute pour proposer du coca, des glaces ou du vin, et si on s’y prend bien, le client prendra mĂŞme les trois. SĂ©verine montre Ă Carole comment il faut s’y prendre au tĂ©lĂ©phone : « SĂ©verine pour vous servir, bonjour ! », mais Carole a l’air dubitative. Pas vraiment glamour Carole, rĂ©ussira-t-elle Ă faire fantasmer les gens derrière leur tĂ©lĂ©phone pour qu’ils mangent toujours plus de pizzas de chez ****** ?Â
 Trois minutes pour fabriquer une pizza de chez ****** : rouler la boule dans la farine, la faire tourner sous des poings experts, 1,2 et 3, Ă©taler la sauce. Six minutes pour la faire cuire, quelque vingt minutes pour sonner Ă la porte, donner une caresse au chien, un pince-joue au bambin, un clin d’œil Ă la jeune fille et le pourboire est dans la poche. Trois cents francs par mois si comme Fouad vous ĂŞtes expert et que vous « impressionnez » le client. N’empĂŞche que, tout Ă l’heure, Fouad avait les foies. « Il faut pas que j’m’énerve. Si je m’énerve, je vais pas la trouver. » Une poignĂ©e de minutes avant le dĂ©lai de livraison imparti et l’adresse introuvable. Le numĂ©ro 15 Ă©tait cachĂ© derrière le numĂ©ro 11. Â
Comme son patron Rochdi, Mourad veut croire au rêve. En attendant d’être franchisé, il participe au concours de rapidité annuel et national. Tout va bien, Rochdi l’a entraîné. « Tu n’écouteras que moi. Tu n’écouteras ni le juge, ni le public. » Dans une ambiance de tempête, avec chant à la gloire des pizzaioli de ****** façon Internationale poing levé à l’appui, Mourad se démène mais il ne sera que quatrième. Adieu voyage aux USA, hôtels de luxe, limousines, veaux, vaches, cochonnes. Mais il en veut et a déjà bien appris sa leçon : « La politique est de gagner à tout prix et d’être le meilleur. » C’est grâce à ce gentil refrain que Monsieur ****** a ouvert 5 550 magasins dans le monde et qu’il est le prince de la pizza en France derrière le roi Hut. La sauce tomate promet de couler.
posté le 16/06/2008 | 562 vues | aucun commentaire | tags: pizza livreur pizzaïolo tomate cochonne
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