Il y a des femmes qui se trouvent un peu – beaucoup – trop rondes. Des femmes qui ne consentent Ă se dĂ©vĂŞtir que dans le noir, qui ne se livrent jamais que toutes lumières Ă©teintes. Des femmes qui ne supportent pas de sentir le regard de leurs amants sur leur corps. Il y a des femmes… Et il y a l’homme que j’aime.
La première fois que nous nous sommes vus, je n’avais de sa physionomie qu’une vague idĂ©e nourrie de fantasmes et des quelques rares indices qu’il avait bien voulu me donner. Nous nous Ă©tions connus par Internet, tout Ă fait par hasard. Nous ne parlions pas encore d’amour mais Ă©tions conscients de l’importance grandissante que chacun avait pris dans la vie de l’autre : c’est d’ailleurs pourquoi l’idĂ©e d’une rencontre avait commencĂ© Ă faire son chemin. Il y avait toutefois des obstacles entre nous : une diffĂ©rence d’âge, une distance gĂ©ographique… Mais le plus insurmontable de tous, Ă ses yeux, Ă©tait sa propre apparence. Ce fameux premier jour, nous avons longtemps discutĂ©, et c’Ă©tait aussi agrĂ©able que sur Internet. NĂ©anmoins, je ne savais plus trop oĂą j’en Ă©tais.
Je trouvais difficile de faire coĂŻncider ce corps qui m’Ă©tait totalement Ă©tranger avec l’ami virtuel qu’il me semblait si bien connaĂ®tre. Plus encore, je m’en voulais de ne pas le trouver beau. Il ne ressemblait pas au prince charmant dont il m’Ă©tait arrivĂ© de rĂŞver. Je suis rentrĂ©e chez moi, l’esprit plein de doutes, et j’ai rĂ©flĂ©chi. Lors de la rencontre suivante, c’est pourtant moi qui ai pris l’initiative du premier baiser… Ce n’Ă©tait qu’un premier pas, Ă©videmment. Nos premiers rendez-vous ont tous eu lieu Ă l’extĂ©rieur, en plein hiver. Il avait encore le loisir de se cacher derrière son manteau et ses cheveux longs. Par la suite, nous nous sommes retrouvĂ©s chez moi…
C’est lĂ , dans ma chambre, que j’ai pu prendre la pleine mesure de son mal-ĂŞtre et de ses peurs. Petit Ă petit, je suis parvenue Ă lui faire baisser ses boucliers. Je l’ai vu en pull – et je l’aimais quand mĂŞme. Je l’ai vu en tee-shirt – et je l’aimais quand mĂŞme. Je l’ai vu nu – et je l’aimais quand mĂŞme. C’est en regardant des photos datant de quelques annĂ©es que j’ai rĂ©alisĂ© le bien que je lui avais sans doute fait : sur l’une d’elles, ses amis posent autour d’une table de jardin, par une journĂ©e ensoleillĂ©e. Il est le seul engoncĂ© dans un manteau. Aujourd’hui, j’insiste, je le taquine, je le force Ă Ă´ter son pull si j’estime qu’il fait trop chaud. Et avec moi, il ose. Avec moi, il n’a plus peur.
Je sais que rien n’est encore gagnĂ©, qu’il ne s’aime toujours pas, que parfois il se demande comment moi-mĂŞme je peux rĂ©ellement l’aimer. C’est pour cela que j’ai si peur d’ĂŞtre maladroite lorsque j’essaie d’en plaisanter, de dĂ©dramatiser. Je ne peux pas mentir : je prĂ©fĂ©rerais moi aussi qu’il soit plus mince. Les raisons les plus Ă©videntes sont les plus faciles Ă avouer – c’est meilleur pour la santĂ©, et surtout il serait ainsi mieux dans sa peau, et donc plus heureux. Mais il y a aussi cette souffrance que je ressens devant les regards et les jugements que d’autres peuvent lui adresser, comme si j’en Ă©tais la cible Ă sa place. Ce n’est pas de la honte. Rien que de la douleur. Je me souviens encore de ces mots qu’une de mes amies a soufflĂ©s en gloussant Ă une autre qui me demandait comment il Ă©tait : “Il est gros.” Mais cela, bien sĂ»r, je n’ose pas le lui dire. J’ai tellement peur de lui faire mal.
Il nous reste encore bien du chemin Ă parcourir, bien des complexes Ă combattre. Ce que je sais, c’est que je mettrai toujours tout en Ĺ“uvre pour lui faire sentir combien je l’aime et le dĂ©sire – combien j’ai appris Ă le trouver beau. J’ai Ă©galement appris autre chose : c’est que s’il est parfois difficile d’accepter son propre corps, il peut ĂŞtre tout aussi ardu d’apprivoiser celui d’un autre.
Ce dont je suis sĂ»re, c’est qu’il trouvera toujours dans mon regard le plus doux des reflets. Parce que dans ce regard-lĂ , il y a de l’amour. Je crois que c’est le meilleur remède.
posté le 08/06/2008 | 888 vues | 10 commentaires | tags: mec(formes) complexe silhouette A deux
Il est vraiment touchant ce texte. C’est vrai que les garçons souffrent de se faire appeler Bouboule ou Groisbouillon dès le CM2. Et pour certains, le bidon de l’enfance ne disparait pas, et eux, ils n’ont souvent pas de discussions avec leurs copains autour de leur capiton et rien que pour ça, je les plains.
Surtout que j’ai l’impression qu’une fille grosse, mĂŞme si certains se moquent d’elle, peut tout de mĂŞme se faire “mater” dans la rue.
Alors que les problèmes de poids des garçons, personne n’en parle vraiment, ça doit ĂŞtre vraiment une souffrance silencieuse, je rejoins Anne-H lĂ dessus…
grosse on t’aime ou on te dĂ©teste….perso, j’en ai rien Ă faire j’assume plutĂ´t bien, et je crois que c’est pour ça que je subis moins d’attaque que d’autres….pour les hommes, c’est sĂ»r que c’est certainement plus compliquĂ© , les filles parlent de rĂ©gime de prise de poids etc dès le plus jeune âge, chez lmes garçons est ce si facile?
C’est un des plus beaux textes que j’ai lu ici, empreint d’une grande humanitĂ© et d’un amour qu’on sent tendre et grand Ă la fois. Il a de la chance de t’avoir près de lui. Je pense que vous ferez de belles choses ensemble (snif, je vais verser ma petite larme…).
Je peux me tromper, mais j’ai l’impression qu’on a tendance Ă stigmatiser encore plus facilement le surpoids des hommes que le surpoids des femmes… On a vite fait de rattacher quelques kilos en trop au profil de “gros glandeur”. Je pense que c’est donc particulièrement difficile Ă supporter, comme j’ai pu du reste le constater au cours de mon expĂ©rience personnelle.
En tout cas, merci Ă toutes pour vos commentaires :)
Quand je suis tombée amoureuse de mon ex-mari, il pesait 130 kg. Et je trouvais ça terriblement excitant.
ça m’a fait rĂ©flechir, comme quoi le dĂ©sir ne nait pas forcĂ©ment de la beautĂ©, mais de choses beaucoup plus obscures et inconscientes.
C’Ă©tait juste pour dire aux mecs qui sont gros: oui, une femme peut ĂŞtre troublĂ©e par ça, par ta chair mĂŞme.
J’ai lu ton texte ce matin et j’y ai pas mal pensĂ© pendant la journĂ©e.
Ton article m’a beaucoup touchĂ©e. Cela m’a fait demander si je pourrais moi aussi regarder au delĂ des apparences. HonnĂŞtement, je n’en sais rien.
En tous les cas, tu a su dépasser les apparences. Je suis sure que le plus dur doit être le regard des autres parce que pour toi ton homme doit être le plus beau car il a toutes les qualités qui font chavirer ton cœur.
@ Laurelas : merci !
@ chambolle91 : merci pour ton tĂ©moignage… A une Ă©poque oĂą on se focalise beaucoup sur l’apparence, on entend peu souvent de pareils discours.
@ Lya : avant de vivre cette histoire, je n’aurais pas forcĂ©ment pariĂ© sur ma capacitĂ© Ă aller au-delĂ des apparences. Finalement, je dois beaucoup Ă Internet, qui m’a permis de connaĂ®tre son coeur avant tout…
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parfaite ta dernière phrase, tu as tout rĂ©sumĂ©…
et puis un corps Ă part une enveloppe qu’est ce que c’est, ça vit, ça se transforme, ça vieillit…ça s’use, l’important c’est de lui montrer l’importance qu’il a pour toi ,lui!