La première fois que j’ai lu le journal d’Anne Frank, j’avais 10 ans. Je lisais tout ce qui traînait à l’époque, y compris ce qui n’était pas destiné à des enfants. Je me souviens n’avoir pas tout compris. La persécution des juifs pendant la seconde guerre mondiale était une notion encore un peu vague pour moi, mais cela ne m’a pas empêchée de m’émouvoir de la détresse de cette jeune fille qui voulait tant être libre.
Je l’ai relu hier, d’une traite. Et je me suis aperçue de choses qui ne m’avaient pas frappées à ma première lecture.
Même si les conditions de vie d’Anne dans l’annexe ne sont pas comparables avec celles des jeunes aujourd’hui, j’ai eu l’impression que les pensées d’Anne à propos de sa famille, de l’amour ou de l’avenir pourraient être celles de n’importe quel adolescent. Anne doutait. Elle se demandait pourquoi on la considérait encore comme une enfant alors qu’elle se sentait être plus que ça, elle. Elle se demandait pourquoi les adultes sont ceux qui se comportent toujours de la façon la plus infantile.
Je pense aussi que si les jeunes filles de 13-15 ans lisaient ce livre, elles trouveraient peut-être un écho à certains problèmes qui les agitent. Anne y parle de sa féminité naissante : ses seins qu’elle touche pour sentir battre son coeur, ses règles, qui la gênent mais la font aussi se sentir importante. Anne y parle aussi de son premier véritable amour, Peter. Elle passe par plusieurs stades d’une relation : la séduction, la gêne, la tendresse, la fusion, puis le doute, et finalement, la prise de distance.
Comme toute adolescente, Anne déteste ses parents certains jours. Elle voudrait être indépendante, qu’on la laisse tranquille. Elle se révolte, elle souffre, elle rit. Anne a aussi des rêves : à l’époque où elle vivait, une femme devait rester chez elle à s’occuper de sa maison et de ses enfants. Mais cette jeune fille là veut devenir écrivain, pas femme au foyer, et elle est prête à se donner les moyens de réussir.
Finalement, même si elle aurait voulut le voir se concrétiser, Anne a réalisé son rêve… Elle ne croyait pas être une héroïne, mais juste une jeune femme dont le journal n’intéresserait personne. Malgré son désir d’être libre, elle n’était pas ingrate, et de nombreuses références à ceux qu’elle appelle ses “protecteurs”, Ellie, Miep, Kauler et Koophuis, montrent à quelle point elle les respecte et les aime. Anne réfléchit à l’antisémitisme et à la guerre d’une façon étonnante pour une jeune fille de cet âge.
Anne Frank est morte du typhus dans un camp de concentration début mars 1945. Elle n’avait que 15 ans. Elle n’a jamais pu vivre sa vie de femme. Parce qu’elle était juive. Et aujourd’hui, les négationnistes essaient de nous faire croire que ce massacre organisé n’est jamais arrivé.
Anne serait-elle déjà oubliée ?
Edit : les noms de ses protecteurs, ainsi que des habitants de l’annexe ou des amis d’Anne, ont pour certains été changés par l’auteur du journal elle-même.
posté le 02/06/2008 | 1046 vues | 16 commentaires | tags: anne frank génocide juif livre
J’en suis contente, parce que c’est vraiment intéressant de le relire quand on est plus à même de comprendre certaines choses. Bonne lecture :) !
Le Journal d’ Anne Frank figure en bonne place dans ma bibliothèque depuis que j’ai douze ans…Je l’ai lu plusieurs fois et j’ai aussi lu deux fois sa biographie, Anne Frank - Les secrets d’une vie par Carol Ann Lee qui est encore plus bouleversante parce qu’on y décrit le sort des occupants de l’ Annexe après leur arrestation, la vie d’ Anne à Bergen-Belsen et comment elle voit sa soeur mourir avant de s’éteindre à son tour…
et oui son histoire m’a tellement touchée, c’est qu’en plus de son destin tragique, en lisant son Journal on s’identifie facilement à elle, à cette ado qui se pose toutes les questions que l’on s’est nous -mêmes posées et qui se chamaille avec sa mère…
J’ai aussi lu cette biographie, peu de temps après avoir lu son journal. J’avais encore 10 ans il me semble, et cela m’avait bouleversée…C’est difficile à accepter que cette jeune fille auquel on s’attache si vite ai tant souffert, tant subi de haine…
Son amie Miep a également écrit un ouvrage en hommage à Anne, je crois que le titre est “Elle s’appelait Anne Frank”. Un très chouette bouquin.
Sanguine : je ne savais, merci ! Je vais essayer de trouver ce bouquin !
Je ne sais pas si il est encore édité, je ne parviens pas à y mettre la main dessus sur le site de la fnac. Mais je pense qu’il doit être à la médiathèque de ta ville.
Je suis allée au musée Anne Franck à Amsterdam. C’est bouleversant, surtout quand on a lu le journal, par contre il faut avoir le cÅ“ur bien accroché.
Ce qui m’a le plus touché je crois sont les lettres du père d’Anne à la fin de l’expo, quand il a encore l’espoir de revoir ses filles… C’est terrifiant, mais c’est en même temps une telle preuve de courage que ça donne vraiment à réfléchir.
Et dire qu’il s’est retrouvée sans famille à la fin de la guerre mais qu’il quand même réussi à trouver le courage de se remettre à vivre… Cette extermination massive a brisé tellement de familles. C’est si écoeurant que je me pose souvent la question “pourquoi cette haine ?”…
et qu’il a même trouvé le courage de lire tous les manuscrits de sa fille pour nous les transmettre…
C’est fou comme dans les périodes les plus noires de l’histoire on voit aussi ressortir les gens les plus admirables…
Personne n’a de réponse là dessus, c’est juste le grand paradoxe de l’être humain…
Une amplement méritée !!!
bravo Krib et merci d’avoir parlé de Anne.
Merci b&v. Je m’attendais pas à le voir en Une, et je dois dire que ça m’a fait plaisir :)
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Moi aussi j’avais adoré son Journal mais effectivement, comme j’étais tout de même pas très grande, je n’avais pas remarqué que les préoccupations d’Anne, malgré la guerre, restent celles d’une ado banale … En fait, tu m’as donné envie d’y replonger mon nez.