“Mais sur quoi donc je pourrais bien écrire?” me demandais-je en m’inscrivant sur ce site. Et voila que la réponse m’est donnée en remplissant les champs de mon profil. Enfin pas tous les champs. Et surtout pas la case “profession”. Non pas que j’aie honte de mon job, ni que je sois connue. Je suis juste diététicienne. Dié-té-ti-cienne. Quatre syllabes qui s’insinuent dans l’esprit du commun des mortels pour y faire remonter les images insoutenables d’endives cuites à l’eau et de vinaigrette au yaourt allégé.
Notons que le terme nutritionniste provoque les mêmes effets. Mais en plus, moi, j’ai passé un diplôme, pour ça. Deux années d’études pour ça. “Ça?” me demanderez vous. Ça, c’est mon quotidien, si loin de ce que je m’imaginais en remplissant le formulaire de l’IUT. Moi, je voulais juste gagner ma vie en aidant les autres. Je ne connaissais pas l’image de la diététicienne. Alors par cet article, je vais tenter de me convaincre qu’il est possible de changer cette image.
Premièrement parce que j’en ai ras le bol de passer mes soirées à expliquer que mon travail ne consiste pas à surligner en jaune les aliments trop gras et en rose les aliments trop sucrés sur le carnet qu’une patiente aurait eu la patience de remplir. “Bouh la vilaine, elle a fait un écart ! Pas bien ! Vous savez bien, madame Durand, le chocolat c’est INTERDIT, jusqu’à la fin de vos jours !” Remarquez, je serais peut-être moins crevée que d’essayer de trouver avec cette personne les causes profondes de ses envies de grignotage et de me prendre en pleine figure un passé d’abus sexuel ou un vide affectif à faire chialer un CRS.
Deuxièmement, parce qu’il ne faut pas avoir fait polytechnique pour comprendre qu’il n’y a pas d’aliment qui fait grossir ou d’aliment qui fait maigrir juste comme ça, rien qu’en existant. La réalité est beaucoup plus simple car la bouffe, c’est comme le charbon, si on brule pas tout, on fait des réserves. Peu importe que le surplus soit du concombre ou des frites. Conclusion, arrêtez de me demander les associations d’aliments qui font perdre le bourrelet sous la troisième côte de gauche. C’est niet.
Ensuite, parce que j’aimerais bien pouvoir aller au resto, au fast food ou à la pâtisserie et qu’on me fiche la paix. Un jour ça se terminera mal, je vous avertis. Et les 5 fruits et légumes ? Casse toi pôv’con. Bah ça alors une diet à la pâtisserie ! Casse toi pôv’con. Remarquez, vous, vous savez ce qu’il faut faire! (ma phrase préférée) et bien toi aussi, casse toi. Evidemment, je sais ce qu’il faut faire, et je me fais un malin plaisir de ne pas vous le dire. J’ai même une formule magique, mais je préfère vous laisser crever de diabète…
Pour ajouter à mon malheur, je suis mince. Pas maigre, juste mince. Certains disent “bonne”, mais c’est juste avant de se prendre une beigne. Et en comparaison avec mes patients, là oui, j’ai l’air d’une brindille. Tout est relatif, comme disait l’autre. Alors les commentaires vont bon train. Elle doit se faire vomir. Classique. Preuve de l’ignorance crasse des personnes pour lesquelles anorexique est une insulte et non une maladie.
Et pour terminer ma prose, j’aimerais dire que les diététiciennes, les vraies, sont celles qui se battent pour la réhabilitation du plaisir dans l’alimentation moderne. On nous bassine que le plaisir est obligatoire. La rue, les médias regorgent d’incitations au plaisir charnel. C’est peut-être pour ça qu’on voit une femme à poil au bord de l’orgasme avec son yaourt goyave muscade façon crumble tatin à -5% de matière grasse. Mais le seul plaisir accessible à tout âge, à savoir le plaisir de manger, c’est mal.
Alors je propose d’enfermer les ayatollahs de la calorie. Et de leur interdire l’accès aux rédactions des magazines féminins. Une page sur deux, on vous fait comprendre qu’il est normal de surveiller ce qu’on mange, de faire attention. Cette tendance s’appelle la restriction cognitive. On trouve aussi le terme orthorexie (ortho = droit, dans les règles; -rexie= manger). Bah moi je vous le dis, ce sont des maladies. Tant pis pour le régime, je mange une part de camembert. Un croissant ? On peut, c’est dimanche. Voire même dans la rubrique sexo : si vous n’avez pas peur des calories, enduisez-le de chantilly. On nous fait croire qu’il est normal de souffrir de troubles du comportement alimentaire, c’est balèze. Et je m’emporte ! Comment ne pas faire une poussée de tension à la simple lecture d’un Biba ?
Voila à quoi une petite diet de province, qui n’officie pas en blouse blanche, et qui ne dispute pas ses patients passe ses journées et ses soirées. La prochaine fois qu’on me demandera ce que je fais dans la vie, je répondrai simplement “sosie de Rihanna”. Je fais 1m60, je suis blanche, au moins je suis sûre de ne pas gâcher ma soirée à parler de malbouffe, d’obésité ou d’anorexie.
Photo : Pat’s bento par pt harriet
posté le 30/05/2008 | 1857 vues | 17 commentaires | tags: diététicienne profession alimentation travail
ALos, je tente en ce moment de faire un régime… euh est-ce que j’ai choisi les bons aliments?
Excuses-moi, la mauvaise blague était facile.
Je ne suis pas au régime, et je te souhaite la bienvenue… Personellement j’aurais mis comme titre:
“Oui, je suis dététicienne et alors?Quand tu croises un gynéco à une soirée, tu lui parles de ton kiki?” ;-)
bravo, ton article est vraiment très drôle, il m’a bien fait rire!
ça m’a rappelé une histoire qui est arrivé à une de mes amies : voulant perdre du poids, elle prend rendez-vous chez une diététicienne. Quelle ne fut pas sa surprise en entrant dans le cabinet et en découvrant que ladite diet était assez ronde! Voyant l’hésitation de ma copine, la diet lui lance un grand sourire et lui fait : “hé oui, nous aussi on a tendance à se jeter sur le pot de Nutella quand on a un chagrin d’amour!”
très bon article….Attention tout de même , parfois d’autres facteurs que la bouffe en elle même font des personnes rondes. Si c’était si simple, je serais mince comme un fil. Dire qu’il “suffit” de brûler les calories qu’on ingère, c’est un peu léger
En effet, c’est énervant de voir partout, dans la presse, à la télé, des trucs sur les régimes, le “bien manger”. J’ai envie de dire aux gens qui écrivent ces conneries de nous laisser tranquille avec leur régimes et leur produits allégés !
@ sand81: je te renvoie au paragraphe 2. La biologie est simple, mais le psychisme pose très souvent les conditions de la prise de poids. Allez, bon je te l’accorde aussi, y’a aussi quelques individus qui n’ont vraiment pas de bol car c’est leur biologie qui est compliquée. Mais c’est plus rare quand même.
@ myamya: j’ai suivi ton conseil et mis en pratique cette réplique ce matin même. J’ai même été jusqu’à remplacer gynéco par proctologue. Effet garanti!
je ne te parles pas de raisons psy, j’avais remarqué que tu les as soulignées, mais ce que je veux t’indiquer c’est que parfois le surpoids n’a rien a voir avec une alimentation déraisonnable ou à des désordres alimentaires résultant d’une pathologie psy, mais à des causes biologiques ou génétique. Un mauvais fonctionnement thyroidien peut par exemple entrainer un surpoids ss suralimentation particulière.D’autres désordres métaboliques peuvent aussi être pris en compte. L’héritage génétique est aussi très important et ne met pas les gens sur un pied d’égalité devant la minceur. Il semblerait également qu’un certain gène défiscient pourrait ëtre à l’origine de l’obésité ds certains cas.
L’équation consistant à dire “z’ètes gros, z’avez qu’à bouffer moins ou faire un tour chez le psy”…est par trop simpliste
Je vais moi même consulter un medecin diététicien (ou nutritionniste, je fais pas la différence) et elle m’aide à comrpendre les mécanismes de ma faim. Son leitmotiv c’est dire dire que je suis là pour maigrir mais que comme je ne vais pas passer ma vie dans son cabinet, il faut que j’apprenne toute seule à contrôler mes envies et surtout il faut que je réussisse à comprendre le pourquoi du comment.
J’y reste plus d’une heure à chaque fois et je trouve al démarche plut^to sensée. Après pour les résultats, on en reparle dans quelques mois !!
Merci Penelope pour cet article très instructif et surtout très bien écrit. Je crois aussi que comprendre la façon dont on appréhende la nourriture peut régler bien plus de problèmes que de se lancer dans un régime soupe au chou…
J’ai beaucoup aimé ton article. Je suis suivie par une diététicienne, et quand on me demande de donner l’astuce, , la recette miracle, le régime-type parce que “moi aussi jveux perdre du poids”, j’ai toujours envie de hurler “mais non, ça marche pas comme çaaaaaaaaa”…
Je suis donc entièrement ralliée à ta cause ! ;p
je suis super fan de l’article, déjà parce qu’il est bien écrit, pis j’ai bien aimé tes traits d’humour. ensuite, le point de vue que tu défends, je suis 100% avec toi. d’ailleurs, c’est pour ça que j’ai jeté ma balance. je ne connais mon poids plus que quand je vais chez le médecin, et aux dernières nouvelles, je n’ai pas pris un gramme, ni perdu d’ailleurs, et ça me va très bien comme ça.
Ah si tous les diététiciens avaient ta patience. Ceux que j’ai vu (dont un célèbre qui vent ses bouquins sur M6) ont surtout pris le temps de me prescrire des médocs pour déjouer le malin, éliminer le démon, zigouiller chimiquement le diable calorique qui frétillait en moi. Résultat : fonte spectaculaire et après? Oh ben prenez des protéïnes, ça devrait vous calmez pour la phase de stabilisation si les gélules ne suffisent plus. Merci docteurs :(
Je suis bibliothécaire (je pourrais faire un article sur les clichés relatifs à mon métier) et dans ma bande de copines, il y a beaucoup de diététiciennes. Et bien tout ce que tu dis est vrai, on ne leur fiche jamais la paix! A table (t’es diét et tu manges tout ça?), au bar (t’es diét et tu bois de l’alcool? Qu’est-ce que tu conseilles pour mon fils qui grossit?), c’est du harcèlement. Sans compter que l’une d’elles est un tout petit peu ronde et se prend des remarques sur ses compétences, parce qu’une diététicienne doit forcément être toute fine. Bref, je compatis!
super article Penelope! j’étais morte de rire.
ya très peu de gens qui comprennent que BIEN MANGER C’EST ETRE EN BONNE SANTE c’est pas être toute l’année mince comme un haricot…
j’ai une amie toute mince qui a trop de cholestérol parce qu’elle mange mal.
quand aux préjugés sur les métiers…copine!
moi c’est plutôt que j’ose pas dire dans quel secteur je travaille, d’ailleurs je vais encore pas le dire tout de suite :)
Malheureusement myamya, j’ai connu des gens qui, à table, si on leur présentait un gyneco embraillaient sur leurs pb divers et variés. :o)
Ahhhhh :) Une petite bouffee d’air pur dans la fosse des magazines-a-faire-culpabiliser !
Je tiens à dire si ça peux t’aider meme si j’arrive super en retard (mais mieux vaux tard que jamais hein :p) qu’une diteteticienne m’a sauvée la vie elle était mince elle était très jolie et je me suis pas une seconde dit que c’etait n’importe quoi qu’elle devait son physique juste au vomissement et tout parcontre je me suis dit qu’en suivant les conseils qu’elle me donnait je pourrais peut-e^tre moi aussi être mince, résultat j’ai perdu 5kg et j’ai pris confiance en mmoi et je regretterais jamais d’être allée la voir parce qu’elle m’a beacoup aidée et soutenue pendant toute une année scolaire.
=)
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c’est interessant l’histoire de la restriction cognitive et tout ça, mais je me suis tapée le bouquin de Zermati et il ne nous dit pas “vraiment” comment faire pour venir à bout des envies de manger sans faim… Ce serait pas une forme de restriction cognitive de se dire “je ne mange QUE quand j’ai faim”?
Sinon, je compatis pour toutes les réflexions crispantes que tu dois entendre à longueur de journée en travaillant dans un domaine tellement populaire et qui véhicule tout et n’importe quoi!