Avec celle que je considère comme ma meilleure amie de mes annĂ©es adolescentes, ça n’a pas toujours Ă©tĂ© simple.
Nous Ă©tions voisines, et on se connait depuis que nous avons 5 ans. Aujourd’hui, on en a 20. Mais ces 15 annĂ©es de connaissances n’ont pas toujours Ă©tĂ© communes, ni amicales.
Quand nous nous sommes connues, Ă 5 ans donc, ma petite soeur venait tout juste de naĂ®tre. Et pendant longtemps, Maud, ma meilleure amie, a Ă©tĂ© la meilleure amie de ma soeur. Elles jouaient tout le temps ensemble, aux poupĂ©es, Ă la maman, pendant que moi je m’enfermais dans ma chambre et lisait des tas de bouquins.
Parfois, je jouais avec elles, mais ça ne durait jamais longtemps.
Et puis, vers 9 ans, Maud a commencĂ© l’apprentissage de la musique.
Quelques semaines plus tard, je la rejoignais, un peu poussée par ma mère, beaucoup par la curiosité.
Maud a voulu faire de la flĂ»te traversière, comme sa mère, et moi je voulais faire du violon. Mais comme il n’y avait as de prof de violon, je me suis rabattue sur la flĂ»te, pour faire comme elle, et aussi parce que je n’avais pas d’autre idĂ©e.
Nous avions cours aux mĂŞmes moments, et nous Ă©tions Ă l’Ă©cole ensemble. Pas dans la mĂŞme classe, parce qu’elle avait redoublĂ©, mais nous passions tout temps en “prĂ©sence” l’une de l’autre. Ca ne nous a pas rapprochĂ©es.
Et puis, un jour, vers 12 ans, nous avons Ă©tĂ© autorisĂ©es Ă entrer dans l’harmonie municipale de notre ville.
Va savoir pourquoi, à partir de ce jour là , tout a changé.
InsĂ©parables, liĂ©es comme les deux doigts de la main. Finis les jeux avec ma soeur, nous passions des heures Ă papoter, jouer Ă la nintendo et travailler notre musique. elle venait chez nous, j’allais chez elle. 3 pas Ă faire, on ne frappait mĂŞme pas aux portes, on entrait directement.
Nous sommes terriblement diffĂ©rentes, tant au niveau physique qu’au niveau du caractère.
Elle brune, la peau mate et les yeux marrons, moi rousse, la peau blanche parsemée de taches de rousseur et les yeux bleus gris.
Elle introvertie, timide et conventionnelle, continuellement accrochĂ©e Ă sa mère, moi extravertie, bavarde et originale, continuellement en train d’Ă©viter mes parents.
Notre jeu prĂ©fĂ©rĂ© est vite arrivĂ© : “choquer” les gens de l’harmonie. C’Ă©tait il y a 6 ans de ça, nous dansions toutes les deux pendant les slows, on se donnait la main, plein de choses comme ça qui attiraient le regard vers nous, et nous nous en dĂ©lections.
Une amitiĂ© classique de filles, on s’aide avec nos problèmes, on se raconte nos premières fois, nos joies et nos peines. On se remonte le moral. On se soutient.
On se prend pour les meilleures amies au monde, y’a rien qui peut venir entacher ça.
Puis, une annĂ©e, elle entre en 2de. Moi, je suis en 1re, dans un autre lycĂ©e que le sien (une histoire d’options …). On se voit toujours autant, elle habite toujours Ă cĂ´tĂ© de chez moi, et on se voit toujours Ă la musique, chaque semaine.
Nous n’allions pas toujours bien, mais on s’entraidait, entre deux partitions, entre deux notes.
Un dimanche, le 4 mai si je me souviens bien, c’Ă©tait le voyage annuel de l’harmonie. Cette annĂ©e lĂ , nous allions sur les bords de la Seine, Ă Nogent, Ă Joinville, pour voir les guinguettes, manger dans l’une d’entre elles et passer une bonne journĂ©e tous ensemble dans les bateaux mouches, etc. Le matin, elle et ses parents n’Ă©taient pas au rendez-vous.
Le vice prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration musicale m’a dit qu’ils avaient dĂ» aller Ă l’hĂ´pital la veille, pour Maud.
Ca faisait 2 semaines qu’elle me parlait de douleurs au ventre, alors je ne me suis pas inquiĂ©tĂ©e. Ca m’emmerdait juste de passer la journĂ©e toute seule, avec les “autres”.
Et puis, en route, on a fait une pause sur l’autoroute. J’ai parlĂ© au prĂ©sident de mon harmonie, et je ne sais plus comment on en est venus Ă parler de Maud, mais nous y sommes venus. Je me souviens qu’il m’ait dit “Mais tu sais pas ce qu’il s’est passĂ© ?” J’ai rĂ©pondu par la nĂ©gative.
Et j’ai commencĂ© Ă m’inquiĂ©ter, Ă envoyer des textos. On a repris la route, et le vice prĂ©sident de la fĂ©dĂ© est venu me voir dans le bus. Pour me parler discrètement, et me dire que Maud avait avalĂ© des cachets, beaucoup de cachets au lycĂ©e le vendredi, avec une amie. D’oĂą l’hĂ´pital, et leur absence Ă ce voyage.
Je suis pas une fille très sensible, je n’aime pas montrer mes sentiments ni rien, mais je peux dire que ce jour lĂ , c’est le jour oĂą j’ai le plus pleurĂ© de ma vie. Lui n’en savait pas plus, Maud, Ă©videmment, ne rĂ©pondait pas au tĂ©lĂ©phone, et mes parents n’Ă©taient pas Ă la maison. Je n’avais qu’une envie, c’Ă©tait de rentrer chez moi, de pleurer et pleurer encore.
J’essayais de me retenir, c’Ă©tait censĂ© ĂŞtre une journĂ©e joyeuse, mais je n’y arrivais pas. Et les adultes n’arrĂŞtaient pas de venir me voir, pour me rassurer, me consoler. Plus ils essayaient de me rassurer, moins je l’Ă©tais et plus je pleurais.
Quand j’ai fini par avoir ma mère au tĂ©lĂ©phone, j’Ă©tais incapable de lui parler distinctement. J’ai passĂ© l’après midi dans un mini golf, avec les plus jeunes, les seuls qui ne me posaient pas de questions et ne me disaient rien Ă ce sujet.
Vers 16h, ma mère m’a rappelĂ©, et m’a passĂ© Maud. Qui m’a dit que ça allait, qu’il fallait pas s’inquiĂ©ter.
J’avais juste besoin de ça. Pour aller “mieux”, pour arrĂŞter de pleurer, et profiter des quelques heures qui restaient.
Dans e bus du retour, j’ai fait semblant de dormir. Je n’en pouvais plus de ces regards, de ces paroles rassurantes. Et je me souviens encore du vice prĂ©sident qui est venu vers moi, qui m’a caressĂ© les cheveux et qui a dit “Bon, laissez la dormir, ç’a Ă©tĂ© une journĂ©e Ă©prouvante aujourd’hui …”
Maud était chez moi ce soir là , on a longuement parlé et pleuré.
Par la suite, tous les musiciens se sont mis Ă compter sur moi pour avoir de ses nouvelles, pour la “tirer vers le haut”, pour ĂŞtre prĂ©sente.
Ce que j’ai fait, Ă©videmment, et que je faisais dĂ©jĂ avant qu’ils ne m’en fassent la demande.
Et j’ai compris, quand eux tous me disaient ça, sans se soucier de comment moi j’allais, que le plus important dans le rĂ´le de meilleure amie, c’est de savoir s’effacer et s’oublier pour redonner Ă l’autre toutes les forces nĂ©cessaires pour redĂ©marrer du bon pied.
Je m’en suis longtemps voulu, de ne pas avoir su la conseiller davantage, la motiver davantage. De ne pas avoir vu les signes. J’ai revu certains moments oĂą je l’Ă©coutais Ă peine, trop occupĂ©e Ă mater notre chef d’orchestre, et je m’en suis voulue. Je crois que quelque part, je m’en veux encore aujourd’hui, mĂŞme si elle va beaucoup mieux.
J’ai hĂ©sitĂ© toute la journĂ©e avant d’Ă©crire ce post. Très peu de mes amis sont au courant de cette “histoire”, parce que 4 ans après, je suis toujours incapable d’en parler sans fondre en larmes, sans me souvenir de ce que j’ai ressenti ce jour lĂ .
Aujourd’hui, nous sommes moins proches, distance oblige, chemins diffĂ©rents. Je fais toujours de la musqiue avec sa mère, et nos parents sont toujours amis. Quand on se revoit, c’est comme si rien n’a changĂ©, malgrĂ© les mois passĂ©s sans se donner de nouvelles.
Sa tentative de suicide nous a tous fait Ă©voluer et grandir. Surtout elle. Bizarrement, elle a Ă©normĂ©ment gagnĂ© en maturitĂ©, et a trouvĂ© une joie de vivre, de rire en public qu’elle ne possĂ©dait pas avant.
posté le 29/05/2008 | 575 vues | 1 commentaire | tags: tentative de suicide meilleure amie Meilleures_Amies
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Comme des envies d'ailleurs Rédac' chef de la semaine, Laurie a fait la part belle aux Ladies globe-trotters mardi !
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
Doc BBC #18 : Boenbotte, un ami qui nous veut du bien… Docteur Britbrit Chérie remonte les bretelles d'une Lady et vole à la rescousse de Boenbotte !
J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...
Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...
Ce jour-là , j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...
Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...
C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...
Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...
Très belle histoire