Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

23. mai 2012

Mot de passe oublié

La poupee russe

Ce n’est pas pour marquer ma différence et faire une entrée fracassante sur le site que je m’autorise aujourd’hui à rédiger cet éloge à ma « meilleure amie »… qui se prénomme Charly. Charly n’est ni ma meilleure ami gay, ni ma meilleure amie à poil ou à pattes, Charly est ma meilleure amie et mon meilleur ami.

C’est la personne qui me fait le plus rire et qui me connait par cœur. On n’échange pas les marques de nos tampons, mais il a travaillé dans une parfumerie et répare ma voiture comme personne. Il connait mes goûts culinaires à la perfection, voit tout de suite si j’ai une nouvelle paire de chaussures, sait ce qui me remonte le moral et ce qui me chagrine. On se bat pour choisir les programmes télé et c’est moi qui finis toujours par gagner, notamment avec la Nouvelle Star, qu’il regarde désormais religieusement avec moi toutes les semaines. J’ai l’impression qu’il est dans ma vie pour la vie.

Mais ça n’a pas toujours été aussi simple.

L’histoire de mes meilleures amies, c’est l’histoire de ma vie (mais ce n’est pas censé faire l’objet de l’article en l’occurrence) et d’une certaine manière, celle de chacun(e) d’entre nous. Une sorte de raccourci de nos angoisses, de nos préoccupations, un « Dallas » qui fêterait sa trentième saison (35ème plus exactement), ou alors plutôt une version fantasmagorique voire cauchemardesque de « Friends ».

La litanie de mes meilleures amies est plus foisonnante que celle de mes petits amis, qu’elles ont d’ailleurs précédées et souvent supplantées. Moi, personnellement, j’ai toujours été une aficionada des relations fusionnelles. Ma jeunesse est émaillée de ces grandes histoires, écrites sur un invariable scénario d’exclusivité de temps et de pensées, de serments à la vie-à la mort, de trahisons, et « pour finir » d’incompréhensions sans fonds et d’épuisement mutuel. Je les jugeais toujours plus jolies, plus intelligentes que moi, un rien barj’, et je les regardais évoluer dans ma sphère avec un mélange d’étonnement et d’admiration, avec un amour intense et dévorant.

Ainsi, mes amitiĂ©s fĂ©minines ont une origine nĂ©vrotique Ă©vidente dans ma relation Ă  la Mère, un complexe d’Electre(1) non rĂ©solu. Je les voulais Ă  Son image pour mieux m’identifier Ă  Elle, toute en nourrissant la rivalitĂ© qui nous opposait. Je voulais rejouer notre histoire jusqu’à n’en plus pouvoir, boire le calice jusqu’Ă  la lie.

Charlotte était ma meilleure amie au collège. On avait les mêmes centres d’intérêt : lecture, écriture, dessin. Nous étions différentes, mais moi, je crevais de jalousie face à ses talents littéraires. Je n’ai jamais su faire les choses pour moi, avec ma personnalité, pendant des années, j’ai copié Charlotte, je l’ai placé sur un piédestal et j’ai certainement ignoré mes propres aptitudes et raté mon orientation professionnelle.

Quand nous ne passions pas notre temps à nous défoncer la tête, Katia prenait plaisir à jouer au psy avec moi (elle a fait des études de psycho), et, en guise de passage de témoin, elle a choisi mon thérapeute elle-même. En tribut à ses compétences, nous rejouions souvent nos séances ensemble.

De plus, avec le temps, la sexualité s’épanouit, car, qui parle de complexe d’Electre, parle aussi de rapport aux hommes.

Il faut savoir qu’avec Séverine, mon Ange Noir, nous avons partagé anonymement un garçon pendant un temps, avant qu’elle ne me casse la gueule proprement (le premier et unique coquard de ma vie !). Deux jours plus tard, elle me rappelait en pleurs pour me demander de la pardonner et je suis revenue avec… soulagement. Jusqu’à ce qu’elle me « pique » successivement mes meilleurs amis, puis mon petit copain avec qui elle n’a jamais couché, histoire de bien me faire comprendre qu’elle avait le pouvoir ; tout ça s’est arrêté grâce à un homme qui n’a pas voulu rentrer dans le jeu…

Car, ces amitiés particulières, si proches par notre sexe commun, sont à notre image. Et elles peuvent être le reflet de nos aspects les plus effrayants, dans une sorte de spirale déformante (cf Thirteen, un chouette film avec Holly Hunter et des gamines effrayantes), comme de nos aspirations les plus pures, avec enrichissement et respect mutuel, sur un pied d’égalité.

Pendant longtemps, mes amitiés ont été flamboyantes et destructrices. Mais, avec le temps, on peut tou(te)s les faire évoluer. Et aujourd’hui, après plusieurs années de thérapie et une réconciliation maternelle en cours, ma meilleure amie est un homme ! Et c’est le plus beau point final que je pouvais apporter à mon évolution personnelle : ma réconciliation avec les femmes, avec ma mère et avec moi-même.


[1]Pendant du complexe d’Œdipe chez la jeune fille. Carl Jung l’a nommĂ© « complexe d’Électre » en rĂ©fĂ©rence Ă  l’hĂ©roĂŻne grecque qui vengea son père Agamemnon en assassinant sa propre mère, Clytemnestre.[ ]Freud dĂ©signait ce concept par « complexe d’Ĺ’dipe fĂ©minin » dans ses propres Ă©crits.

 

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