Je viens de terminer un livre qui m’a rĂ©conciliĂ©e avec la littĂ©rature française actuelle : L’Ă©lĂ©gance du hĂ©risson de Muriel Barbery.
 Le hĂ©risson c’est RenĂ©e, gardienne d’un immeuble de la rue de Grenelle, le genre d’immeuble dont chaque Ă©tage est occupĂ© par une seule famille avec un nom en “de”, de prĂ©fĂ©rence. RenĂ©e s’applique Ă coller aux stĂ©rĂ©otypes de son mĂ©tier (caractère revĂŞche, savates qui traĂ®nent, tĂ©lĂ© qui braille en permanence, odeurs de cuisine au chou…) pour cacher une intelligence hors du commun qui lui fait dĂ©vorer grands romans et traitĂ©s philosophiques et s’Ă©vanouir de bonheur devant les grands peintres hollandais et le cinĂ©ma japonais (mĂŞme si elle confesse aimer certains blockbusters amĂ©ricains).
Elle tient la chronique des petits et des grands Ă©vĂ©nements de son immeuble, ponctuĂ©e de rĂ©flexions profondes sur la philosophie, l’art, la place de l’homme dans la sociĂ©tĂ©… Viennent s’ajouter Ă ce rĂ©cit des extraits du journal intime d’une autre habitante de l’immeuble, fille d’un dĂ©putĂ©, d’une femme nĂ©vrosĂ©e et d’une soeur formatĂ©e pour reproduire le schĂ©ma parental. Paloma, 12ans, est surdouĂ©e et suicidaire. Elle n’a qu’un but dans la vie : ne pas “vivre dans un bocal” comme les gens de son entourage, d’oĂą la tentation de mourir. Elle observe le microcosme familial avec un oeil acĂ©rĂ© et dĂ©crit avec un humour caustique des scènes de la vie quotidienne (cf : les soldes dans une boutique chic, la scène des toutous Ă leur mĂ©mère se sniffant le derrière…).
Muriel Barbery est non seulement d’une intelligence et d’une finesse extrĂŞmes, mais elle est très drĂ´le(”ma mère a quarante-cinq ans, quelques kilos en trop, mais la grosse fleur mauve ne lui fait pas peur”. Et comme si ça ne suffisait pas, elle a le goĂ»t des beaux mots quitte Ă en inventer certains (submuser, stuporeux, superfĂ©tatoire, gagouaze…) et des belles formules : “Cela se passe dans ma tĂŞte et de commentaire” ou “C’est peut-ĂŞtre ça la vie […] un toujours dans un jamais“. Mais ce n’est pas tout. Le fond est aussi important que la forme avec de grandes rĂ©flexions mĂ©taphysiques qui, pour un esprit aussi embrumĂ© que le mien (actuellement), peuvent paraĂ®tre absconses et de savoureux règlements de compte (sur la grande bourgeoisie, le milieu universitaire…)
Bref, un livre Ă savourer lentement comme un grand cru ou un fondant au chocolat de Patrick Roger. Et Ă relire, un stabylo Ă la main, ce que je vais m’empresser de refaire.
posté le 14/05/2008 | 422 vues | 10 commentaires | tags: bouquins livres lecture Culture
Non, pas encore. Par contre, j’ai vu qu’il y en avait un autre en poche : “La gourmandise”.
Et pour superfétatoire, je savais !!! Je parlais des autres mots.
J’ai lu ce livre il y a peu de temps et je suis d’accord avec toi, c’est un petit bijou. Il est tres bien ecrit et fait a la fois rire et reflechir. Je le conseille vivement a qui ne l’a pas encore lu !!!
C’est suffisamment rare pour ĂŞtre signalĂ©. Si tu as eu d’autres coups de coeur, ça m’intĂ©resse.
Je veux bien te parler de mes coups de coeur mais comme je choisis mes livres sur recommandations de copains ou au hasard, ce ne sont pas toujours des choses tres nouvelles.
Recemment, j’ai lu Anna Karenine et je vais me lancer dans les Ames grises de Philippe Claudel (recommande par un collegue).
Et pareil pour toi, si tu as d’autres conseils, n’hesite pas :-)
Anna Karenine, je l’ai avalĂ©e, dĂ©vorĂ©e toute crue il y a longtemps. Pour les Ames grises, tiens-moi au courant, ça m’intĂ©resse.
j’ai lu les ames grises…j’ai adorĂ©.mais comment en parler?mieux vaut le dĂ©couvrir
Bon, je vais me le mettre sur ma liste de bouquins “Ă lire”.
super bouquin aussi sur la gastronomie,mais pas chiant etvraiment palpitant “chaud bouillant”(j’ai fait un article lĂ dessus)
Je note aussi. Ca fera de bonnes idées de cadeaux pour mon anniv ou Noël.
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J’ai envie de le lire, il est sorti en poche ?
Au fait, “superfĂ©tatoire”, ce n’est pas Barbery qui l’a inventĂ©, hein, ça date de 1901, ça veut dire “superflu”.