Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

23. mai 2012

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Comment tu l’expliques, toi, que les magazines fĂ©minins font leurs choux gras en mettant en couv’ un 59ème rĂ©gime miracle ? Comment tu l’expliques, que finalement si ça marche aussi bien, c’est parce qu’on est toute plus rondes que les canons de beautĂ© de notre Ă©poque ? Comment tu l’expliques, aussi, que s’il y a plus de non-canons que de canons, il y a pas un Ă©norme putsch pour redĂ©finir la beautĂ© fĂ©minine ? Pourquoi les canons sont-ils toujours moins reprĂ©sentĂ©s que les filles normales ? Hein, hein ?

J’y pense en me fondant sur deux idĂ©aux de beautĂ© fĂ©minine radicalement opposĂ©s :

- l’idĂ©al classique de la femme grasse, Ă  la peau pâle et aux mains fines
- l’idĂ©al actuel de la femme mince /maigre /cintre hâlĂ©e et musclĂ©e

Si on ramène ces deux idĂ©aux Ă  leurs contextes respectifs, Ă  l’idĂ©al classique s’oppose une figure d’anti-beautĂ© fĂ©minine : la paysanne travailleuse, dont la minceur, le teint et l’usure des mains rĂ©sultent du travail en plein air. Cet idĂ©al s’Ă©tablit donc a contrario d’une reprĂ©sentation populaire et surtout majoritaire. Je procède donc par analogie et je m’interroge sur l’idĂ©al actuel dans son contexte.

Aujourd’hui, on ne travaille plus en plein air. Les travaux intellectuels (par opposition Ă  manuels, dans leur sens non-pĂ©joratif, me faites pas dire ce que je veux pas dire siouplĂ©) sont plus valorisĂ©s, et les travaux en plein air sont devenus rares : travail intellectuel = bureau = clim’ = teint pourri. Par lĂ  mĂŞme, on acquiert le hâle lorsqu’on peut ĂŞtre en plein air, i.e. quand on travaille moins, et si possible par choix. Etre hĂ©ritière, rentière, femme au foyer, peu importe, pourvu qu’on l’ait choisi et qu’on le porte haut sur sa figure. Le teint a perdu sa valeur de non-beautĂ© pour devenir synonyme de santĂ© (physique et financière), a fortiori en hiver.

Pour ce qui est des mains, elles ont perdu en partie leur valeur reprĂ©sentative dans la mesure oĂą aucune besogne, quelle qu’elle soit, n’a les mĂŞmes consĂ©quences visibles que l’activitĂ© paysanne alors. Si on ajoute Ă  ça le prix des manucures, rebelote pour la bonne santĂ© du porte-monnaie. Les mains sont devenus quasi corollaires et ont sans doute perdu leur rĂ´le central, qui permettait d’identifier la classe sociale Ă  laquelle appartenait leur propriĂ©taire.

Enfin, comment passe-t-on d’un idĂ©al de beautĂ© gras Ă  un idĂ©al mince ? Jusqu’Ă  la rĂ©volution industrielle, l’agriculture mobilise l’essentiel de la main d’oeuvre d’un pays : autrement dit, on est dans une situation oĂą le mode de vie est soumis aux variations mĂ©tĂ©orologiques et au rendement agricole. ĂŠtre gras est alors un luxe, que seules peuvent se permettre les plus riches. Or, aujourd’hui, nous vivons dans l’abondance : les pays occidentaux disposent de plus de nourriture qu’il leur en faut. Un des symptĂ´mes de cette abondance pourrait ĂŞtre l’obĂ©sitĂ©, qui histoire de complĂ©ter le tableau est devenu synonyme non plus de bonne santĂ© mais de risques : tension artĂ©rielle, diabète, hypertension, bla bla bla, cinq fruits et lĂ©gumes par jour mangerbouger.fr etc. On sait, de plus, que l’obĂ©sitĂ© touche moins les couches sociales aux revenus Ă©levĂ©s que les autres. Dans ces conditions, la minceur apparait comme une figure de richesse, de loisir qui permet l’entretien du corps, elle aussi a contrario d’une masse populaire.

Mettre en filigrane ces deux reprĂ©sentations de la beautĂ© fĂ©minine dans leur contexte historique et surtout social puisque je raisonne ici seulement par rapport au beau-jugement, ça m’amène Ă  penser les idĂ©aux de beautĂ© sont complètement inhĂ©rents aux contextes (mĂŞme si j’ai peur d’ĂŞtre simpliste) ; ce qui fait de leur imagerie quelque chose de purement culturel et particulier, puisque propre Ă  chaque culture, en principe, qui plus est valable Ă  un moment x, mais pas forcĂ©ment x+1.

venusSĂ©rieusement, vous avez rĂ©ussi Ă  ne pas rire devant la coiffure de Sue Ellen dans Dallas ? Vous pensez que la Venus de Botticelli serait encore un canon aujourd’hui ? A mon très humble avis, elle se ferait liposucer les cuisses, faire des UV en institut et s’astreindrait Ă  des tas d’abdos par jour pour gommer son petit bidon. A moins de ne pas cĂ©der Ă  la pression de la beautĂ© sociale. Selon Glamour (oui, le magazine), 55% des garçons trouvent que les filles qui ont les cheveux longs et raides sont plusse belles. Ca n’empĂŞche pas toutes les autres de faire tomber 100% des garçons si elles le veulent. Avant d’investir dans un Babyliss, toujours tester l’efficacitĂ© d’une bonne drague verbale. C’est moins bon pour le commerce intĂ©rieur de la France, mais vachement meilleur pour l’ego.

De toutes façons, les canons de beautĂ© se dĂ©finissent a contrario de ce qu’est la majoritĂ©…
Et donc la majoritĂ© court après un idĂ©al qui, dès qu’il sera atteint, rechangera. Lâchez vos bouquins de rĂ©gimes : de toutes façons, lorsque toutes les femmes seront minces, l’idĂ©al de beautĂ© ne pourra plus ĂŞtre la minceur…

Ca fait deux mois que j’ai jetĂ© ma balance. Y a plus que les mĂ©decins qui me pèsent, et je ne me suis jamais aussi bien portĂ©e. Oui, j’ai une vague idĂ©e de mon poids actuel. Mais GĂ©rard Apfeldorfer dit dans un de ces livres : “La balance nous rĂ©sume Ă  un tas de kilos”. C’est vrai, et c’est aussi un peu triste. Je propose donc une journĂ©e gĂ©nĂ©rale d’abandon de la balance devant chez vous (si possible le jour de passage des encombrants).

 

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Pour revenir Ă  la reprĂ©sentation de la beautĂ© fĂ©minine selon le contexte social et culturel, en Afrique, notamment en Afrique noire - mĂŞme si cela semble changer - une femme n’est belle que si elle est grosse. D’ailleurs, les jeunes filles, avant qu’elles ne se marient, sont vraiment gavĂ©es comme des oies. Leurs repas sont essentiellement composĂ©s de bouillis Ă  base riz mĂ©langĂ©s Ă  du lait.


Et je crois que la pubicitĂ© façonne notre imagerie collective. Je prendrai un exemple. Actimel de Danone. Selon Danone, nous devons renforcer nos dĂ©fenses naturelles. Mais quelles dĂ©fenses? A quoi fait-il rĂ©fĂ©rence? A quoi ressemblent-elles? J’ai des amies comme moi qui se portaient très bien avant d’en boire - Ă  la diffĂ©rence que moi, je n’en consomme pas. Mais elles reconnaissent que ça n’a pas changĂ© grand chose Ă  leur organisme, ça ne les empĂŞchent pas d’avoir un rhume en hiver.


Sinon, super article.


 

merci. j’avais lu un truc pareil sur ces pauvres gamines qu’on gave, sur arte. pour ce qui est de l’actimel, y a un article assez intĂ©ressant dans le psychologies de ce mois-ci sur les probiotiques, mais c’est vrai qu’on nous lave le cerveau en mode “vous ĂŞtes ce que vous mangez” et donc en filigrane “tu as les problèmes que tu mĂ©rites”. special k pour ĂŞtre mince, activia pour le transit, actimel pour ĂŞtre en bonne santĂ©, fruidor pour le cholestĂ©rol, enfin y a des tas d’exemples !


 

Quelque chose aussi de frappant, dans les magasines pour adolescentes, c’est Ă  quel point on leur dit “d’accepter leur corps” car “la plupart des photos sont retouchĂ©es”, mais si c’est le cas, pourquoi on n’y fait pas poser des filles un peu plus normales ?


Sinon ton analyse est très intérressante, très bien faite!


 

Je suis d’accord avec Arcadie, il n’y a pas longtemps, en sĂ©jour chez ma mère, j’ai empruntĂ© le magazine de ma soeur, dans lequel je voyais des courriers de gamines de 10 ans qui demandaient des conseils pour ne plus avoir de “bidon”… ça fait peur…


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