Mais quelle est donc cette drôle de bête ? Le posophe ? A quoi se nourrit il ? Ou vit-il ? Qui est-il ? Qu’aime-t-il ? Telle était la liste de mes questions nourries par la curiosité avant de participer à une soirée entre posophes. Rendez-vous était donné par un ami devant une petite porte donnant sur une cours intérieure du 6ème arrondissement de Paris. Au fond d’un patio donnant sur un jardin se trouvait une petite bibliothèque. Que du bucolique en plein cÅ“ur de Paris ! Je me doutais bien qu’il devait se lire et se dire des mots passionnants d’éloquence et de vivacité en ce lieu. Mais qu’allais-je découvrir ? Le mystère demeurait aussi profond que l’accueillant silence des posophes.
Ils étaient 13. Assis autour d’une table en bois pour le moins rustique. Chacun avait devant ses yeux un livre. Les éditions étaient différentes, tout comme la pagination ou les traductions. Mais le contenu restait le même. Je découvrais enfin à quoi tourne le posophe : au Rudolf Steiner, le premier des posophes. Cet homme invite à repenser la liberté (et la responsabilité) individuelle au sein d’un ouvrage intitulé : “La philosophie de la liberté”. Le propos est vaste : sortir de la dualité (bon/mauvais ; bien/mal ; masculin/féminin ; haut/bas ; …) et du carcan des théories et pensées philosophiques héritées des grecs ou plus récemment de Kant, pour plonger dans un océan baigné par la conscience de l’Esprit (attention, point de religiosités ici) et redonner à l’homme sa dimension universelle débarrassée du Doute . La portée du truc est telle que les principes élaborés par cet homme sont actuellement utilisés dans la préparation des produits Weleda ou en biodynamique (en France, connue dans l’élaboration de certains vins). Car l’homme remis au centre de son univers dans sa dimension horizontale (ce qui se passe autour de nous) et dans sa dimension verticale (les pieds sur Terre, la tête dans les étoiles, le sexe aux quatre vents) participe de l’équilibre de toute chose, conscient qu’il est de son rôle créateur !
J’en ai appris des trucs en une soirée ;o)
Mais où en sont nos posophes ? Chacun de ces hommes assis la tête penchée sur l’ouvrage “La philosophie de la liberté” cherche en fait à extraire par la lecture, la relecture, la formulation et la reformulation de chaque phrase la source spirituelle dont émane le vécu de la liberté individuelle dans le respect de visées naturalistes et humanistes. A première vue, ce travail peut paraitre improductif.
La lecture de l’ouvrage leur prendra plus d’un an. Tout un programme. ! Il y a là des profs, des chefs d’entreprise, des musiciens, des étudiants. Chacun a ses convictions. Mais chacun cherche à faire sienne les convictions de Steiner pour créer un monde libre, débarrassé des scories de la peur, de l’envie et des petits plaisirs qui font tourner les têtes et nourrissent les névroses de notre temps. Névroses dont la Terre porte chaque jour davantage le reflet : déforestation, surpopulation, eugénisme, écologisme… déshumanisation, blabla.
Le posophe est un être réfléchi que vous pourrez croiser dans les boutiques bio ou au guichet de la société coopérative de finances solidaires (la NEF) dont il est membre. Le posophe fait partie de ses personnes qui aujourd’hui cherchent à reprendre leur liberté à titre individuel pour construire un monde centré sur les besoins et désirs de chacun dans le respect des cycles naturels que sont les saisons, les lunaisons ou les menstrues et des lois qu’ils engendrent. Attentifs à ce qui se fait de nouveau, ils cherchent de nouvelles façons de consommer, d’habiter, de se vêtir, de vivre… Car leur philosophie les porte à la frontière de ce qui se fait et se pense aujourd’hui en matière d’économie, de politique, d’écologie.
Le posophe (ou anthroposophe) est à l’homme ce que l’amour est à la sagesse : une possibilité !
posté le 29/04/2008 | 347 vues | 2 commentaires | tags: anthroposophie anthroposophe mensroom
pour tout dire, il est impossible de résumer la pensée de steiner en un article, tant cet homme a été productif. pour faire simple, il a cherché à penser le monde de manière hollistique à une époque où freud n’existait pas encore. pour ce qui est du bouquin, j’ai pu lire un article en steiner dans le texte dans une version originale, publiée au début du siècle dernier. mais pour avoir jeter un coup d’oeil sur amazon, tu peux trouver ton bonheur sur le net. loin d’être un spécialiste, je te dirai que toutes les éditions se valent.
bonne lecture.
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tiens, je ne connaissais pas Steiner,
sortir du principe de dualité me semble effectivement indispensable mais je n’ai pas bien saisie la pensée de Steiner. Son livre n’est plus dispo chez l’editeur et a priori il y a eu deux traductions, tu en as une à recommander?
PS:ta description de la soirée fait un peu “société secrète”…