My Space

Weirdo-style

Aujourd’hui, je ronchonne. Enfin, depuis hier. Et régulièrement, c’est une de mes façons de ne pas sombrer dans la pathologie mentale.

Contre quoi je peste aujourd’hui? Contre la sale manie des gens de toujours étiquetter les autres et aussi (un peu, beaucoup) contre moi, et mes idées qui s’arrangent toujours pour me faire passer pour l’originale de service.

C’est que, voyez vous, je rêve d’être une fille bien. Une fille vraiment bien. Qu’on présente à ses parents sans lui donner d’adjectifs. Parce que moi, quand on me présente, c’est “Machin , je te présente Lili, une collègue/copine/connaissance de, une fille trop sympa mais t’inquiète pas, elle est un peu folle/loufoque/bizarre”. Je suis la fille dont on dit “oh oui, mais toi…” Et le maistoi est toujours suivi d’une expression qui signifie peu ou prou “t’es pas comme les autres”. Alors oui, je suis une fille bien. Je cherche pas à faire le mal, je ne suis pas un nuisible, ni un parasite, je ne suis ni manipulatrice, ni spécialement coléreuse. Seulement, je ne suis pas conventionnelle. Et je commence à en avoir tout doucement ma claque de devoir me justifier d’exister et de devoir me battre pour que mon opinion soit reconnue comme une opinion normale.

Le problème, c’est que quand on a un avis qui tranche, il est toujours “bizarre”. Parfois, on vous écoute ( disons, quand on vous écoute), peu de gens arrivent à se dire “boh après tout, pourquoi pas”. Or, c’est tout ce que je demande. Ce que je récolte? “haaaaaaaaaaan moi je pourrais pas” (oui, mais là, je te parle pas de toi) – “ouiiiiiii mais toiiiiiiiii t’es pas comme nous” (ça fait plaisir de se le faire rapeller) – “tu verras, tu changeras d’avis” (j’aimerais bien, vois-tu, mais je n’y crois pas).

Vous avez remarqué comme avoir la même opinion que tout le monde vous met à l’abri? Personne ne vous pose de question. Et si on vous en pose, on est tout simplement ravi de constater que vous ne faites pas de vague.

Ainsi, une jeune femme de 28 ans qui annonce benoitement, tout fort, dans un lieu public : je veux me marier, faire des enfants et là, j’achète une maison avec mon homme dont je suis folle amoureuse, personne ne lui dira jamais rien. Au pire, tout le monde s’en fout, au mieux elle récolte des regards émus.
Osez dire que non, vous ne voulez pas de mômes, d’ailleurs, vous voulez une carrière et si vous prenez un 4/5 temps, c’est pour pouvoir aller plus à la salle de sport et tout de suite, vous verrez les regards changer. Et le pire, c’est que quand vous ne vous permettez qu’un timide “je crois pas que ça vous regarde”, vous n’êtes plus étrange, par contre vous n’êtes pas commode. Ou mal lunée.

Alors je voulais le dire, une fois encore, même si ce ne sera malheureusement pas une fois pour toutes.

Non, je ne veux pas d’enfant, oui j’ai bien réfléchi, oui, j’ai un mec et je ne vois pas en quoi ce que je fais avec mon utérus regarde qui que ce soit d’autre que moi-même et mon mec. D’ailleurs, je n’aime pas les enfants, en règle générale. Non, je ne suis pas jalouse, oui, je me fous plus ou moins du fait que mon mec aille voir ailleurs. Non, je n’aime pas la salade, ni la vinaigrette d’ailleurs. Oui, j’adore la viande rouge, plus ça saigne plus j’aime, je trouve que ça sent bon, j’adore même la toucher. Oui, j’ai 25 kilos à perdre et je m’en fous. Non, je ne ferai pas de régime. Oui, je suis carriériste, et oui, j’ai ce qu’il faut dans le cerveau pour y arriver. Je revendique le droit de lire Closer ET d’être une intellectuelle. Si je prends un jour un temps partiel, ce sera uniquement pour avoir une grasse matinée de plus dans la semaine, parce que si jamais je fais des mômes, je les mettrai à la crèche! Oui, je ris fort, je parle fort et je fais des blagues salaces. Oui, j’utilise un rasoir et je ne m’épile pas les sourcils. J’aime les filles et les garçons et je n’ai aucun scrupule à me taper un mec casé. J’adore le sexe, même la sodomie et je suis une princesse. Je me fous de la mode, je shoppe chez Etam, là où je rentre dans les pantalons et où je ne me ruine pas. Je pars à l’étranger 4 fois par an et ma préoccupation principale réside dans le cumul de la culture + le bronzage (ouiiiiiiiii, je saiiiiiiiiis, je suis métisse, je pars avec de l’avance, j’ai pas besoin de bronzer, blablabla). Oui, je vis avec mon ex, qui bosse dans l’industrie du porno. Je suis POUR la pornographie et la prostitution, je pourrais vendre mes fesses si j’en avais besoin, sans trop d’état d’âme. Je pense que ceux qui se suicident ont du courage et je vote à gauche par conviction profonde. Non, je ne rêve pas d’avoir un harem de mecs à mes pieds et c’est pas parce que j’adore jouer sur leur terrain ( mais avec mes armes à moi) que je suis une fille avec des couilles! Oui, je suis tendre, même si j’ai une grosse voix, et non, mon mec n’est pas malheureux avec une cinglée dans mon genre. Je ne veux pas me marier, et acheter une maison… et ben j’y pense, mais sincèrement, ça ne me travaille pas. Je me fous des intermittents du spectacle. Et je pense que le monde ne se divise pas en Bien et en Mal, je déteste les questions comme “on peut ou on peut pas”. D’ailleurs, j’y réponds jamais directement. Pour moi, il n’y a pas beaucoup de limites.

Et surtout, surtout, je suis ULTRA fatiguée d’être la weirdo de service, celle de laquelle on pense qu’elle est originale. D’abord parce que dans le fond, c’est pas vrai. Ensuite parce que je vois pas ce que ça peut leur foutre. Je suis fatiguée de me justifier, d’expliquer et de ne récolter qu’un “ah, je vois”, qui veut surtout dire que la personne ne voit rien du tout.

Je voudrais être conventionnelle. Et je n’y arrive pas.

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