Brucsella, an de Grâce 1313.
Je suis lĂ , assise dans mon fauteuil d’argent, Ă contempler mes fidèles. Je m’appelle Heilwige Bloemart, mais tout le monde m’appelle Bloemardinne. Je prĂŞche l’amour sĂ©raphique, la philosophie du plaisir charnel.
Ca ne plaĂ®t pas Ă tout le monde, c’est sĂ»r. Etre une femme libĂ©rĂ©e, c’Ă©tait dĂ©jĂ pas si facile en 1984, alors imagine au Moyen-Age! Bien qu’Ă mon Ă©poque le Malleus Maleficarum n’a pas encore le succès qu’il eut, l’Eglise m’a dans son collimateur. En particulier un petit curĂ©, qui deviendra grand, Jean de Ruysbroeck.
Tu te demandes peut-ĂŞtre: “comment se fait-il qu’une philosophie qui loue le plaisir et sa fonction Ă©mancipatrice a-t-elle pu disparaĂ®tre dans les abysses de l’oubli, alors qu’elle est tellement en vogue depuis mai 68? “. Pour y rĂ©pondre, je vais te demander de remonter le temps. Rappelle-toi qu’Ă l’Ă©poque, il y a trois catĂ©gories de gens: la noblesse (les bellatores) qui fait ce qu’elle veut, le clergĂ© (les oratores) qui fait ce qu’il veut et le tiers Ă©tat (les laboratores) qui forme l’Ă©crasante majoritĂ© et qui crève la dalle. Alors tu vois, en partant de lĂ , l’Eglise a dĂ©veloppĂ© un truc vachement intelligent, la doctrine du “si tu es pieux, Ă toi Royaume des Cieux”.
Rends-toi compte! Le Royaume des Cieux! Pour le quidam du Moyen-Age, ça s’apparente Ă un voyage exotique pour une durĂ©e illimitĂ©e, le tout all in, quand mĂŞme! Ca fait bling bling aux yeux! Hosana!
Parce que bon, il faut ĂŞtre rĂ©aliste, moi j’arrive avec mon tantrisme avant-gardiste (en tout cas en Occident). J’explique le tout aux badauds et c’est sĂ»r, il y a des motivĂ©s, mais les autres ils me regardent avec des mirettes pas possible, genre “elle va pas bien celle-lĂ ”. DĂ©jĂ pour eux, le sexe ça sert Ă faire des gosses point barre. Ainsi, ça leur garantit plus de mains pour travailler et en plus, c’est un peu leur Ă©pargne-pension. Puis, ici, tout le monde bosse 7 jours sur 7 et les journĂ©es de 8 heures, on connaĂ®t pas (alors vient mĂŞme pas leur parler des 35 heures, ils te riraient au nez de leurs dents pourries). Donc, en gros, quand ils rentrent Ă la maison, ils sont vannĂ©s. Ils vont pas en plus s’amuser Ă faire des efforts pour engrosser leur femme, qui se contente d’ailleurs de faire l’Ă©toile de mer…!
De surcroĂ®t, rĂ©flĂ©chis deux minutes, les prĂ©servatifs, ok ça existe, mais c’est en boyaux de mouton. DĂ©jĂ , c’est un peu dĂ©gueu et en plus, le mouton, on se le garde pour le bouffer, on va pas commencer Ă tuer un mouton chaque fois qu’on veut honorer sa femme ou son homme (c’est qu’en plus j’ai des propos Ă©galitaires!). Bref, du coup, on utilise pas de “latex”. Du coup, bonjour les MST, puis bonjour les grossesses (tu oublies la famille idĂ©ale Ă la Kinder surprise…). Alors oui, c’est bien pour l’Ă©pargne-pension et tout ça, mais il faut pas exagĂ©rer non plus, t’as vu les compĂ©tences de nos mĂ©decins, ou bien? Non, mais ils croyaient quand mĂŞme qu’on pouvait guĂ©rir des gens en leur tirant une pinte de sang… c’est comme je te le dis!
Alors tu vois, on m’aime bien tu sais. On trouve que c’est sympa ce que je raconte, puis ma tour d’Eggevoort est mieux dĂ©corĂ©e et moins austère que les Ă©glises, mais bon, ça s’arrĂŞte lĂ . J’ai beau parler de plaisir du paradis et de caresse du pĂ©nis, ça ne change rien. Ce d’autant plus que je ne massacre pas les gens qui ne sont pas d’accord avec moi. C’est sĂ»r. Regarde ce qu’ils ont fait Ă cette pauvre Marguerite Porète… grillĂ©e vive Ă Paris, en place de Grève! Ben ouais, mais en mĂŞme temps dire: “Cette âme est Dieu par condition d’amour”, c’est quand mĂŞme vachement hĂ©rĂ©tique. Tu te rends pas compte!
Alors je suis lĂ , Ă regarder mes adeptes. Les femmes sont les suzerains des hommes, leurs vassaux. Il n’y a plus de code d’honneur chevaleresque. Seule compte la jouissance de l’autre, l’assouvissement limitĂ© au plaisir. C’est la libertĂ© inconditionnelle du dĂ©sir. Ainsi, chaque femme choisi son ou ses partenaires et c’est ensuite chair contre chair, en se laissant guider par leur Ă©nergie, qu’ils trouvent l’extase, l’Ă©tat de perfection.
Ainsi nos conventicule, ainsi soient-ils.
NDA: Ce rĂ©cit n’a aucune valeur scientifique, mais romance quelques faits historiques avĂ©rĂ©s.Â
posté le 14/04/2008 | 417 vues | aucun commentaire | tags: Bloemardinne Moyen-Age libre esprit société secrète
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