Dans la vie, il y a ceux qui savent toujours mettre la réalité de leur côté en la présentant sous l’angle le plus avantageux pour eux. Ceux-là sont particulièrement agaçants car quoi que vous fassiez, ils vous tiendront la dragée haute. Ils s’arrangeront toujours pour paraître meilleurs, plus forts, plus habiles, alors même que parfois, la réalité devrait les forcer à admettre que non, sur ce coup-là , c’est vous qui avez sacrément assuré.
Le premier spécimen du genre, je l’ai rencontré très tôt. Je peux même dater ce souvenir avec beaucoup de précision : école Saint Jean, classe de frère Joseph en CM1. Bureau du deuxième rang, deuxième colonne en partant de la gauche, côté fenêtre. Le spécimen en question s’appelait Karima. Et Karima était ma voisine de classe. Nous passions 6 heures par jour assises l’une à côté de l’autre et l’un des passe-temps favoris de Karima consistait à nous mesurer, à comparer nos mérites respectifs et vous l’avez compris, à s’assurer que les miens étaient, en tout point, bien inférieurs à la somme de ses innombrables talents.
Un jour, Karima remarquait que j’avais très mal retenu ma leçon ; un autre, elle constatait combien j’étais mauvaise en maths. Je me souviens en particulier de cette fois où elle jeta un oeil sur mon cahier afin d’évaluer ma façon d’écrire. J’entends encore distinctement sa petite voix me murmurer un tranchant “Ah là là , qu’est ce que tu écris lentement par rapport à moi”.
N’ayant absolument aucune idée de ce qu’il aurait fallu faire pour qu’elle me lâche deux minutes, je la laissais dire. Je n’ai jamais eu aucun goût pour la bataille et je crois aussi que j’avais déjà l’intuition que souvent, les fanfarons ne fanfaronnent que parce que justement, ils ne sont pas sûrs d’eux.
Cependant, lassée d’entendre l’éternelle rengaine à la gloire de Karima, je me souviens d’une tentative, une seule, pour tenter d’avoir le dessus sur elle. Constatant que j’avais fini de recopier mon devoir bien avant elle et le souvenir de sa dernière remarque encore cuisant, je lui fis remarquer que décidément, j’écrivais beaucoup plus vite qu’elle. Il était évident que cette fois, elle ne pouvait s’entêter dans l’étalage de sa supériorité : elle n’était pas toujours la plus rapide.
Mais c’est alors que, sans se démonter, sans même lever la tête pour constater qu’en effet, je l’avais battue à ce jeu, j’entendis Karima me répondre : “Evidemment que tu as fini plus vite, je m’applique, moi”.
J’étais furieuse. Prise au piège: quoi que je dise, elle savait toujours comment retourner la situation à son avantage. Il a fallu du temps pour que je comprenne que ça ne voulait pas nécessairement dire que Karima était meilleure en tout. Que tout cela n’était jamais qu’une question de point de vue et qu’il ne fallait pas que j’en tire de mauvaises conclusions du genre “je ne suis bonne à rien”.
Aujourd’hui, je connais quelques personnes de cet acabit et pour des raisons que, certains jours, j’ai du mal à m’expliquer, il arrive même que certains soient devenus des amis, preuve que je suis bonne joueuse. Mais lorsque je me trouve face à une Karima dans le plein exercice de son art, j’éprouve encore cette sorte de panique à l’idée que rien de ce que je pourrai dire ou faire ne trouvera grâce à ses yeux. J’ai beau avoir grandi, mûri, gagné en assurance… face à une Karima, je redeviens la petite fille du bureau double de la classe de CM1.
posté le 08/04/2008 | 841 vues | 5 commentaires | tags: confiance en soi école psy souvenir
aah ben tiens ^^’ on en a tous connu des Karima, on dirait….d’ailleurs il y en a justement une dans ma promo, de quoi lui mettre une bonne mandale..Je ne suis pas aussi bonne joueuse que toi Cachemire. mais j’avoue que leurs attitudes sont très dĂ©stabilisantes.
On trouve toujours meilleur que soi et dans le cas ou phĂ©nomène se la raconte un peu trop, faut lui prĂ©senter meilleur que lui … Ă son tour de cauchemarder. D’un autre cĂ´tĂ© je crois que c’est plus sympa de batailler pour s’aligner sur quelqu’un de meilleur que de se faire chier avec des minables, avec une “karima” on progresse au moins.
Elixie: arf, j’en connais aussi quelques unes, encore aujourd’hui.
Anies : Oui, c’est ça qui est rageant, face Ă une telle mauvaise foi, on ne sait pas quoi dire.
Doureveur : Je ne suis pas d’accord, la compĂ©tition saine, c’est quand les diffĂ©rents protagonistes sont animĂ©s de la mĂŞme envie de batailler. Et dans ce cas, prĂ©cis, je subissais ses remarques non sollicitĂ©es, je m’en fichais pas mal de savoir si j’Ă©tais ou non meilleure qu’elle. Et de plus, pour ce qui me concerne, je n’aime pas du tout la compĂ©tition, on peut, Ă mon avis, parfaitement s’Ă©panouir et avancer sans avoir besoin de savoir si on est meilleur pour pas que son voisin.
Moi je suis un peu le grand frère de Karima (Karim? lol). Je ne cherche pas la comparaison mais j’arrive Ă toujours avoir le dernier mot, si on me provoque. Et mĂŞme si parfois je sais que je mens effrontĂ©ment, je suis capable de modifier un chouilla la rĂ©alitĂ© afin qu’elle paraisse Ă mon avantage, mon discours Ă première vue bien construit et sans faille permettant de dissimuler le mensonge… Malheureusement Karima est toute jeune et admire son grand frère, sans savoir peser le pour ou le contre. Elle radicalise alors sa capacitĂ© Ă avoir le dernier mot en une incessante compĂ©tition avec ses pairs…Mais il faut la pardonner, ce n’est pas rĂ©ellement de sa faute, elle a juste Ă©tĂ© mal inspirĂ©e…
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Aaaah cet article m’a foutu la rage au ventre. J’ai dĂ©jĂ connu des Karima, mais j’en ai surtout connue adulte ! Du coup j’ose Ă peine imaginer ce qu’elles devaient ĂŞtre enfants.