Henry Hubert, c’est lui. C’est aussi le le dĂ©couvreur du syndrome qui porte son nom et qui a dĂ©cidĂ©, le malheureux, de jeter son dĂ©volu sur moi.
Je l’appelle par son petit nom si je veux d’abord (nah !) ; et puis avoue que c’est tout de suite moins flippant que syndrome de Turner, non ?
Il a fallu que j’atteigne les 16 ans passĂ©s pour que ma mère finisse par trouver que, quand mĂŞme, cette absence de règles (si vous voulez vous la pĂ©ter au scrabble ou pendant le dĂ®ner familial du samedi soir, on dit amĂ©norhĂ©e) ça commençait Ă devenir bizarre.
Rdv fut donc pris chez une endocrinologue [NDLR le docteur des hormones]. Je me souviens d’avoir fait remarquer Ă ma mère que si ça se trouve, on va dĂ©couvrir que je ne peux pas avoir d’enfants. Elle a eu une rĂ©action que je ne lui ait pas pardonnĂ© : elle a ri. Je lui en veux, non pas parce qu’elle aurait dĂ» deviner mais parce qu’une fois de plus, elle a refusĂ© de prendre mes pressentiments et mes intuitions au sĂ©rieux (après tout, elle savait que c’Ă©tait un risque. Consultation, prise de sang.
Verdict : Rien d’anormal, patientez (mon oeil).
MĂ´man pas convaincue : autre rdv chez une autre endocrino (une perle celle-lĂ , qui me suit toujours aujourd’hui). Nouvelle prise de sang (ou rĂ©examen des rĂ©sultats de la dernière, je ne sais plus).
Verdict : Mouais, quand même bizarre. Un caryotype pourrait peut-être nous éclairer.
Pour la première fois Henry Hubert a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©. Mais mon endocrino se veut rassurante : je n’ai tellement pas le profil que ce serait vraiment très très Ă©tonnant que…
Au rendez-vous d’après, l’endocrino demande Ă ma mère de la suivre dans son bureau et je reste une demi-heure seule dans la salle d’attente.
Après la consultation, je demande Ă ma mère ce que lui a dit le mĂ©decin. Elle me rĂ©pond rien d’important, et comme une conne je la crois.
Nouvelle visite fin du printemps 2004. Cette fois, on me dit les rĂ©sultats (et j’apprends aussi que ma mère et l’endocrino Ă©taient au courant avant moi).
Le sol qui se dĂ©robe sous mes pieds, la foudre qui me tombe sur la tĂŞte… je suis Ă court de mĂ©taphores.
Je suis un monstre, j’aurais mieux fait de ne jamais naĂ®tre ; en cet instant aucune force au monde ne pourrait me convaincre du contraire.
Tout ce que suis capable de demander, stupidement, c’est : Et il y rien Ă faire ?
Au moment de sortir ma gentille endocrino toute embĂŞtĂ©e me demande la permission de m’embrasser ; je ne suis pas en Ă©tat d’avoir un avis sur la question et je la laisse faire. Dehors ma mère me tient par l’Ă©paule jusqu’Ă la voiture.
Un de mes premiers rĂ©flexes après avoir retrouvĂ© l’usage de la parole a Ă©tĂ© de lui demander d’en parler Ă personne. Elle me dit qu’elle a dĂ©jĂ mis une personne au courant… bon, tant qu’Ă faire autant que ce soit cette personne-lĂ et pas une autre.
Je ne me souviens plus du dĂ©tail de la conversation mais Ă un moment le mot adoption a Ă©tĂ© prononcĂ© par ma mère, et j’ai rĂ©pondu : ce sera pas les miens. C’est Ă moment-lĂ seulement que les grandes-eaux se sont ouvertes. Ma mère m’emboĂ®te le pas, et les fois oĂą je l’ai vue pleurer sont suffisamment rares pour que celle-lĂ m’ait marquĂ©e.
L’Ă©tĂ© passe. Avant la rentrĂ©e des classes je reste une semaine avec ma grand-mère. Je suis dans un tel Ă©tat de dĂ©sarroi que je me confie Ă elle (alors que j’ai dĂ©jĂ goĂ»tĂ© Ă ses grands talents de psychologue…).
Ce qu’elle m’a rĂ©pondu ? Tu t’en fous tu pouras baiser autant que tu veux (j’ai toujours pensĂ© que ce serait vendeur comme titre de bouquin…).
Je crois que je ne m’en suis pas encore remise.
Et puis, en novembre de cette annĂ©e-lĂ (non, pas 62, 2004 HA HA), ti’HĂ©lène a eu un bĂ©bĂ©.
Je m’explique : ti’HĂ©lène est la fille d’une des meilleures amies de maman, qu’elle a vu naĂ®tre et Ă qui elle a servi de deuxième mère. Ti’HĂ©lène est aussi une de ces femmes pour qui la maternitĂ© s’apparente autant que faire se peut Ă un long fleuve tranquille.
Donc, maman et moi allons voir le bĂ©bĂ© Ă la maternitĂ©. Tout se passe… Ti’HĂ©lène (qui ne sait pas pour Henry Hubert, qui n’en a mĂŞme probablement jamais entendu parler) me propose alors gentiment de prendre le bĂ©bĂ© dans mes bras. Et lĂ , blocage. Je refuse, je suis incapable de prodiguer ce geste Ă Â ce nouveau-nĂ©. Ti’HĂ©lène et maman insistent mais comprennent que ce n’est pas un caprice.
Dans la voiture au retour, je n’ai pas arrĂŞtĂ© de pleurer, et 100km d’autoroute Ă se rĂ©pandre en larmes c’est… long.
(Rebelote à l’automne dernier avec le deuxième enfant de ti’HĂ©lène… sauf que cette fois mĂŞme pas eu besoin d’aller le voir Ă la maternitĂ©)
Ce très long billet ne serait pas complet sans ce dernier paragraphe.
Grâce au traitement (auquel j’ai très bien rĂ©agi), mon corps et les traits de mon visage se sont affinĂ©s, mĂŞme si cela ne s’est pas fait du jour au lendemain.
J’ai vu avec ravissement (et non sans vanitĂ©) apparaĂ®tre sur mon corps des hanches et des seins (depuis le temps que je les attendais ceux-lĂ !) qui m’ont mĂŞme fait l’honneur de pousser jusqu’Ă un honorable 90C. Je suis loin de la bombe anatomique (trop molle, trop poilue et trop pâle pour ça) mais je me sens enfin bien dans mon corps. Il y a deux ans pour la première fois de ma vie je me suis achetĂ© un maillot de bain 2 pièces. Il y a quelques temps depuis longtemps je me suis trouvĂ©e jolie.
Je veux rendre aussi hommage aux mĂ©decins entre les mains desquels j’ai pu passer, qui sont (presque) tous très bien. Carton rouge Ă la secrĂ©taire du cardiologue :
-Vous ĂŞtes enceinte ?
-Non, pétasse.
posté le 25/03/2008 | 445 vues | 3 commentaires
Ou la vaste question…
Une femme bien j’espère.
SAu futur, si possible amoureuse et maternelle, en tout cas une femme heureuse…
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