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30. juillet 2010

Mot de passe oublié

djouliette

Y’a des soirs comme ça où les choses tournent pas du tout comme prévu… Tout commence pourtant le plus normalement du monde : un samedi soir anodin, trois couples d’amis de longue date dans un excellent resto, une-deux-trois bouteilles de vin, une dizaine de bonnes blagues, quelques débats existentiels de haute volée, six coupes de champagne pour clore le tout, allez ! six autres parce que demain c’est dimanche et qu’on fait la grasse mat… Et puis quoi on va pas s’arrêter en si bon chemin ? allons donc boire un dernier verre ailleurs…

sofa-rouge.jpgC’est là que tout bascule.

Serait-ce l’effet gingembre + sauce miso + pleine lune + alcoolĂ©mie ? Quoiqu’il en soit, une des filles de la joyeuse troupe lance, sans prĂ©liminaires, THE idĂ©e : “et si on allait aux chandelles*” ?! Je savais qu’elle n’avait pas froid aux yeux mais bon lĂ  elle me scotche : “Juste pour voir, une fois dans notre vie… histoire de pas mourir idiot quoi… allez y’en a marre de faire toujours les mĂŞme trucs…”

Il en fallait pas tant pour convaincre nos trois hommes : Ĺ“il brillant, rire nerveux, mains tremblantes, de vĂ©ritables gosses surexcitĂ©s Ă  l’idĂ©e de braver l’interdit ! Le mien commençant sĂ©rieusement Ă  m’agacer, je le recadre d’abord avec une bonne mise au point : si on y va, que les choses soient bien claires je serai sur ses talons, indĂ©collable, in-se-mable. Y’a pas intĂ©rĂŞt Ă  ce que son regard s’attarde une minute de trop sur une crĂ©ature ou sur n’importe quelle forme mouvante dans cette “boĂ®te”, sous peine de reprĂ©sailles qu’il serait pas prĂŞt d’oublier ! Après un sermon en bonne et due forme, je me laisse gagner Ă  mon tour par la curiositĂ©…

Nous voilà donc 20 minutes après, tous les 6, sages comme des images, dans un sas attenant à ce haut lieu de luxure, connu et fréquenté par de nombreuses célébrités. Ce qu’on sait pas c’est qu’une caméra est pointée sur nous. Valérie, la cerbère des lieux nous jauge attentivement sur son écran : tenue, silhouette, coiffure, tout y passe. Vu qu’on est des canons la porte ne tarde pas à s’ouvrir, ok c’est surtout que la boîte était pas assez remplie ce soir là, n’empêche on est des canons quand même…

Bref, on passe au vestiaire, lĂ  sans nos manteaux, on lui plaĂ®t dĂ©jĂ  nettement moins Ă  ValĂ©rie : “Dites donc vous auriez pu faire un effort de look les filles…” puis “c’est quoi ce gros gilet de laine” qu’elle me lance, j’lui rĂ©torquerais bien que c’est un Vanessa Bruno Ă  300 euros payĂ©-plein-pot-non-de-non, mais une voix intĂ©rieure m’ordonne de la fermer.

Une de mes camarades, elle, se voit privĂ©e de ses superbes bottes vintages pour se retrouver perchĂ©e sur des talons aiguilles dignes de dita von teese prĂŞtĂ©s par la maison, le rĂ©sultat est assez cocasse, lĂ  encore je me retiens. “Bon, vous ĂŞtes pas ici pour rigoler, hein, on rentre pas Ă  6 dans les salons…”. Les “salons” ? C’est donc lĂ  que tout se passe… On descend Ă  pas feutrĂ©s un escalier exigu, Ă  ce moment j’avoue j’en mène pas large : dans quoi je me suis encore embarquĂ©e ?

Ouf, l’escalier débouche sur une discothèque très classieuse : les murs sont capitonnés avec du tissu en velours bleu duquel pendent des cristaux scintillants, un bar baigné de lumière semble tout prêt à nous accueillir et la sono diffuse mes morceaux préférés. Les clients aussi sont plutôt classes : des filles jeunes et jolies, des hommes entre deux âges lookés cadre sup, limite je pourrais y croiser mon patron que ça m’étonnerait pas.

Jusque-lĂ  tout va bien donc, et tout semble “normal”… hormis peut ĂŞtre les tenues des clientes, très… lĂ©gères, limite inexistantes en fait… et puis ce couple aussi qui s’étreint avec un peu trop d’ardeur pour passer inaperçu, et ces deux filles lĂ  bas, en train de se faire des confidences… elles ont les mains un rien baladeuses si je ne m’abuse… Bref Ă  y regarder de plus près certains dĂ©tails trahissent la tension sexuelle environnante.

“Les filles, il faut faire un tour dans les salons”, notre leadeuse du soir est bien dĂ©cidĂ©e Ă  tout voir : laissant les hommes au bar, hors de portĂ©e du danger, on se dirige toutes les trois vers le fond de la salle. Un grand rideau s’ouvre alors sur une pièce aux allures de boudoir, rouge sombre avec deux lits king size Ă  ses extrĂ©mitĂ©s. Alors que la piste de danse Ă©tait quasi dĂ©serte, lĂ  la foule se presse, et pour cause…

Dans la lumière ultra-tamisĂ©e on distingue sur les deux lits des corps qui s’emmĂŞlent lascifs sous les dizaines de regards alentours. Autour des couples- trios, quatuors ?- tout est silencieux, si bien que ne rĂ©sonnent dans la pièce que les bruits sourds, lourds de plaisir venant des corps qui s’agitent fiĂ©vreusement. J’ai l’impression d’être passĂ©e de l’autre cĂ´tĂ© de l’écran, Ă  l’intĂ©rieur d’un film X, c’est complètement surrĂ©aliste. Oppression, excitation, angoisse, les sentiments se mĂŞlent Ă©trangement, le tout est assez effrayant. On se regarde toutes les trois, tĂ©tanisĂ©es, d’un mĂŞme pas on se presse vers la sortie ; une fois le rideau refermĂ©, le verdict est unanime : “Faut pas que les mecs voient ça !” direction le bar, au pas de course.

Nos trois hommes fidèles au poste - Ă  leurs verres, et un peu Ă  nous, faut croire - papotent alors gentiment accoudĂ©s au bar, ils pourraient ĂŞtre au PMU du coin, que ce seraient les mĂŞmes… Aaaah, je l’aime mon homme ! “Euh, on a vu, c’est bon on file…”

Sauf que lĂ , le mâle (mal) en eux se rĂ©veille et se rebelle : c’est leur tour de voir les “salons”, impossible de les en dissuader… Bon, ok alors on y va par couple cette fois.

Ma chance c’est qu’à ma deuxième et dernière entrée dans le boudoir, l’action vient tout juste de s’achever, les corps nus de se séparer et la foule s’éparpille dans le plus grand silence. Y’en a un qu’a l’air déçu d’avoir tout loupé… Pov’ chou… je jubile (intérieurement) : impec le timing !

Après cette dĂ©bandade, on reste encore un petit quart d’heure tous les six au bar. Le dernier cocktail a pourtant raison de ma distinction naturelle : et voilĂ  que je me mue soudain en clone d’Evelyne Thomas. “Qui ĂŞtes vous? c’est quoi votre mĂ©tier ? Si vous ĂŞtes ici est-ce vraiment votre choix ?”. Ma tentative d’interview d’un couple qui m’intriguait par son allure si ordinaire se solde par un Ă©chec cuisant : mutisme et regards mauvais de la part des deux habituĂ©s.

L’indiscrĂ©tion n’a pas sa place aux chandelles, c’est sans doute ce qui fait le succès du lieu. L’anonymat y est de mise, tout dĂ©voiler c’est vulgaire…

*Les chandelles, c’est LA boĂ®te Ă©changiste Ă  Paris…

Photo : © marin vugdelija via stock.xchng

 

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Derniers commentaires

 

Je sais pas pourquoi, peut ĂŞtre parce que je n’y suis jamais allĂ©e mais j’ai l’impression que c’est glauque…nan?!


 

ben, Ă©tonnamment Dyns pas temps que ça, c’est peut ĂŞtre aussi parce que j’avais un coup dans le nez; mais ca fait très eyes wide shut : les gens sont plutĂ´t classes, beaux et discrets et les “choses” se passent le plus naturellement du monde. Je me suis un peu sentie dans la 4ème dimension en fait…

Maintenant, je n’y passerai pas mes WE- surtout pas avec mes vieilles copines et mon mari!-


 

Ouais pour dĂ©lirer j’irai bien par curiositĂ© ;)


 

ça ne me donne vraiment pas envie d’y mettre les pieds, malgrĂ© cette ambiance chic que tu dĂ©cris. voir des inconnus s’enlacer et tout examiner dans la scène? autant se filmer avec son partenaire :)

et bravo pour le timing du “salon”, mĂŞme si tu n’y es pour rien mais au moins ton amoureux a Ă©chappĂ© au mal (ça dĂ©pend pour qui bien sĂ»r hein) ;)

au fait, j’habite Ă  Paris, j’espère que personne ne me proposera d’aller dans ce lieu (mĂŞme si ça a tout de mĂŞme l’air moins glauque et “sale” que les p’tits clubs de la rue saint-denis).


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