Humeurs

Pourquoi je suis devenue accro à la mode

Regarder des défilés en mâchouillant du pop corn glacé de caramel, trouver les sacs Hermès magnifiquement hors de prix et fantasmer sur des Jimmy Choo en feuilletant le dernier Nylon Mag acheté en transit à l’aéroport, ça n’a jamais été mon truc.

Pourquoi je suis devenue accro à la modeJusqu’à ce que je décroche un job de rédactrice dans un blog mode – tendances.

Au début, on se dit qu’écrire 2 posts par jour, c’est aussi facile que de couper son jean pour en faire un short d’été trashy, qu’il suffit de dire à quel point Hello Kitty fait saigner des yeux et de comment Laura Ingalls s’incruste dans votre garde-robe cette saison avec l’imprimé fleurs qui envahit les cintres des boutiques. Naïvement optimiste.

Peu à peu, les sujets s’amenuisant, vous commencez à acheter Jalouse et à fouiller les sites qui parleraient de mode. C’est alors que le vortex du monde fashion se fend sous vos yeux émerveillés, surpris et assoiffés de nouveauté. Un pan d’internet dont vous ne soupçonniez même pas l’existence s’ouvre tel un monde parallèle fantastique tiré d’un bon épisode de Sliders : les sites mode, les blogs mode, et les forums mode contrôlent les réseaux numériques. Vous croyiez être tendance avec votre manteau d’hiver style victorien Zara ? Laissez-moi rire.

Quand j’étais dans mes années teen, suivre la mode était le moyen de tous se ressembler et de s’intégrer au sein du groupe d’adolescents cools. Les codes vestimentaires étaient réduits au minimum : la dernière basket, la dernière coupe de pantalon qu’on voyait dans tous les magasins de la ville, quelques graffitis sur le eastpak et le tour était joué.

En grandissant, suivre la mode sert à se démarquer, affirmer une humeur, affirmer un courant musical ou littéraire, et s’affirmer tout court. Ce qui compte ce n’est plus d’avoir la même fringue que tout le monde mais au contraire d’avoir la pièce que personne n’aura.

Mon champs lexical s’est alors étoffé en même temps que mes pulsions d’achat : bottes vintage camel, gilet gris souris en apalga, jupe boule taille haute bleu dur en étamine et chaussettes jacquard. Je découvris que les matières et les couleurs en textile étaient plus riches que la famille de Bill Gates en 2000. Forcément, Anna Wintour pouvait se la péter : un magistrat du Conseil d’Etat n’a pas autant d’articles à retenir que la rédac-chef du Vogue US n’a eu à intégrer de termes, désignations et appellations pour être là où elle est.

Vous connaissiez Hel Looks et ce genre de sites rigolos où comment apprendre à avoir du style en s’amusant. Puis vous tombez sur des forums où les nanas se prennent en photo tous les matins avant de partir au boulot pour montrer leur look du jour, avec explications détaillées : robe h&m froncée type Vanessa Bruno, sac imitation croco déniché aux puces, veste marron glacé comptoir des cotonniers. Des blogs de New-Yorkaises championnes de la récup et du détournement de boutons en nacre, des boutiques spécialisées en vintage qui pullulent sur ebay, et des milliers de commentaires, d’avis sur la fermeture éclair et sur les ballerines prune. Est-ce que j’étais tombée dans une faille spatio-temporelle de superficialité ? Etions-nous toutes des êtres frivoles ?

En réalité, force est de constater que certaines filles sont réellement calées sur le sujet : elles maîtrisent leur passion du tissus, se démerdent pour s’habiller bien pour presque rien, combinent les vêtements avec une dextérité de malade. Ce qui compte finalement, ce n’est pas d’être réellement à la pointe de l’actualité des podiums, mais de dénicher la perle rare, de s’amuser en mélangeant les époques et les esthétiques, de fouiller dans les boutiques perdues au fin fond de la ville pour être plus originale que ses copines de fac ou sa collègue de bureau.

Ça sent la veste poussiéreuse et le collier usé, et pourtant il en ressort une certaine fraîcheur de tout ça, une certaine inspiration, quand ce n’est pas pris avec le sérieux d’un attaché de presse de la rubrique mode du dernier magazine en kiosque.

Seulement voilà, il y manque quelque chose de crucial, un petit rien essentiel qui va à toutes les tenues et tous les types de physiques : l’humour.

Il arrive qu’au détour de quelques www, vous tombiez sur le site de papesses de la haute-couture, des pro du name-dropping de marques, les souveraines du bon goût et du staïle qui défonce. Elles ne sont pas là pour rigoler. Leurs présentations des tenues vestimentaires rencontrées dans la rue ou ailleurs restent froides, factuelles, limite chiantes. Un peu comme si vous lisiez un bouquin technique sur la naissance de l’électro dans la banlieue de Détroit : si c’est intéressant pour les spécialistes, ça reste globalement l’antithèse du glamour.

S’habiller, quand on est une fille, ça reste quand même un truc fun. La mode vue par le sexe féminin middle class et vaguement geek, c’est absorbant, palpitant, et légèrement addictif. On veut de l’accessible, vivre nos heures de shopping comme une chasse au trésor pour mieux se distinguer. C’est comme ça qu’on finit par scruter les nouvelles pièces des jeunes créateurs encore abordables avant de les porter avec des keffiehs Etam et des collants bon marché. Et au final, pas dit qu’on voudrait réellement pourvoir dépenser 20 000 euros dans une seule robe YSL.

8 Responses to “Pourquoi je suis devenue accro à la mode”

  • j’ai bien aimé ton article car même si je ne suis pas devenue rédactrice pour un blog sur la mode, j’ai eu un peu le même parcours vis à vis de la mode…petit à petit on s’éveille aux “belles” choses et on veut affirmer sa personnalité je pense!
    Bref moi je trouve plus jubilatoire de trouver un article imitant parfaitement une pièce prada ou autre(en moins bonne qualité certes) à 19,90€ chez H&M ou Zara que d’économiser des mois pour pouvoir me payer la pièce en question…

  • Ben faut dire que parfois, il faut manger. Enfin sauf si tu deviens accro à la mode au point de vouloir faire une taille zéro.

  • Moi, j’arrive tjs pas à être une modeuse, pourtant, je voudrais bien…

  • @elixie:un copine se prive à ce point là…c’en est maladif!!

  • @ Elixie Bien joue. Ce qui manque a ce petit monde de la mode sur internet, c’est l’humour, tu as mis le doigt dessus. Comme quoi, que ce soit dans la vraie vie ou sur internet, la mode reste un truc SERIEUX (t as vu les sourcils fronces de Roitfeld aux defiles et les notes crispees de Wintour au premier rang?),exclusif, de professionnels.Si tout le monde peut poster ses tenues sur un blog, seuls quelques blogs “serieux” sont consideres.
    Et pour ceux-la, ca bascule tres vite, entre les cabinets de marketing qui se servent de ces bloggueuses “pro” pour tester des produits et mettre a l’epreuve leur objectivite en leur offrant des pass pour des evenements a la con, des reducs, des cadeaux, et la starification soudaine de ces memes filles, propre a la manipulation dans un milieu completement virtuel. Ce qui est sur c’est que pour l’instant on est loi de la qualite de certains magazines papier et que ca reste un media d’information secondaire, alternatif et subjectif sur la mode, et qu’il faut le prendre comme tel.
    @amaya et on a deja assez de pression comme ca. Alors mefiance, prenons du recul, non aux diktat et n’oublions pas de rester nous-memes.

  • @jelizarose:tout à fait!!

  • Je ne suis pas si d’accord que ça…..
    Ce que j’aime dans la mode, c’est justement ce coté décalé, “je suis superficielle mais j’assume”, et quelques fois cette distance que les filles prennent avec elles mêmes. Ce n’est biensur pas toujours le cas, mais l’ironie prend de plus en plus d’ampleur dans le monde de la mode :
    Punky B ou Café mode utilisent souvent le mode de l’autodérision, et c’est devant l’émission La mode la mode la mode que je ris le plus! On peut aussi remarquer les touches décalées des tenues photographiées par face hunter, les gros noeuds ou les lunettes improbables qui désacralisent les tenues traditionnelles…!
    non?

  • Heureusement qu’il y a un peu d’humour, mais ce n’est pas quand même un milieu où on peut vraiment badiner avec les vestes Chanel. Tant que cela touche à l’apparence, il y a forcément une part de superficialité, mais je pense vraiment qu’il n’y a pas que ça, et que ça peut rester un intérêt tout aussi louable qu’être fan de musique ou de littérature : tant qu’il y a de la recherche, du débat, de l’exploration et de l’observation, pourquoi refuser d’y voir aussi une part d’intellectuel ?

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