Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

22. mai 2012

Mot de passe oublié

luciamel

Le syndrome de “piano man”

J’ai lu voici quelque temps cet article de Philiberte sur la supercherie, la mythomanie, ou la fantaisie… qui a guidĂ© Misha Defonseca Ă  Ă©crire son livre (adaptĂ© rĂ©cemment au cinĂ©ma) Survivre avec les loups… Depuis, la question ne cessait de me trotter dans l’esprit… sans rĂ©ponse venue Ă  sa rescousse. 

pianoman.jpgOr, hier je suis retombĂ©e, par hasard, sur cette histoire, dĂ©jĂ  vieille de 3 ans, de celui qu’on avait surnommé  “Piano man”. Vous vous souvenez ? Ce jeune homme blond, mystĂ©rieux, Ă©chouĂ© sur une plage britannique, muet, hagard, ne pouvant s’exprimer qu’au moyen d’un piano… Son visage, sa silhouette, son mystère, romantique Ă  souhait, avaient fait le tour de la terre… avant que tout, soudain, ne retombe comme un soufflĂ©. Après quatre mois de battage mĂ©diatique, il a finalement parlĂ© : il avait 20 ans, Ă©tait allemand, avait voulu se suicider dans la mer, par dĂ©pit amoureux, et quand les policiers l’avaient repĂŞchĂ© vivant, c’est spontanĂ©ment, sans calcul, que tout lui Ă©tait venu… Le mutisme, le jeu avec ses infirmiers, lui-mĂŞme ayant travaillĂ© avec des malades mentaux, la communication grâce au piano, lui, assez piètre musicien, il s’Ă©tait laissĂ© porter…

Pour moi, ces deux histoires n’en font qu’une au bout du compte.

Le traumatisme. Celui de Misha, dont les parents furent dĂ©portĂ©s, dont la vie pendant la guerre fut terrible souffrance, lutte contre l’atrocitĂ©. Celui du jeune “pianiste” allemand, vivant l’une des pires douleurs de l’âme qui soit, celle du mal d’amour. Les deux ont trouvĂ© le mĂŞme baume : la fiction; transformer la rĂ©alitĂ©, la sublimer, s’enfuir, s’enfouir dans un monde protecteur, celui des loups, celui du silence, celui de la musique. En fuyant le monde des hommes. 

18845773_w434_h_q80-copie-1.jpgLe scandale. Des deux cĂ´tĂ©s l’emballement mĂ©diatique, l’Ă©motion, les sous gĂ©nĂ©rĂ©s (pour les tĂ©lĂ©visions, la presse, les mĂ©dias…), la projection du public, le besoin de rĂŞver, de croire, d’espĂ©rer… et, tout d’un coup, avec le dĂ©nouement, le dĂ©voilement… soudain, la dĂ©ception, la colère, le lynchage… On en veut Ă  ceux qui nous ont fait rĂŞver, quand on dĂ©couvre qu’ils n’Ă©taient pas plus merveilleux que nous. Qu’ils n’Ă©taient pas des princes, pas des princesses au bois dormant… Non, ils n’Ă©taient que nous. 

On leur en veut terriblement. Pour lui, c’est l’hĂ´pital qui demande des dommages-intĂ©rĂŞts. Pour elle, c’est le dĂ©chaĂ®nement de passions parfois extrĂ©mistes (on parle de shoah, de notre monde dĂ©voyĂ©, de valeurs dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es, de journalistes miteux…). 

Je vous en conjure toi Misha, toi “Piano man”, continuez Ă  rĂŞver… Ă  nous ouvrir les portes d’un monde magnifiĂ©. Continuez à SURVIVRE AVEC LES LOUPS.

 

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