Parce qu’on ne peut pas comprendre a quel point j’aime la cuisine cambodgienne si je ne parle pas de ma tata.
Mais tout d’abord parlons de moi. Je suis mĂ©tisse: en gros (parce qu’on va pas parler des dĂ©tails sinon ça prendrait des heures) ma maman est française et mon papa est cambodgien. Khmer pour dire plus court. Donc j’ai Ă©tĂ© bercĂ©e toute mon enfance d’accents asiatiques aussi loufoques les uns que les autres (-Regarde ma chĂ©rie, des couettes qui volent -c’est pas des mouettes qu’on dit papa?). Mais je dois dire que ma tata, niveau accent elle bat tous les records.
Et dans les familles khmeres émmigrées en france, en general tous les enfants détestent manger khmer, parce que papa veut manger que khmer et que maman sait cuisiner que khmer. Alors que moi et mon frère non. Nous on mangeait de tout, et on préfèrait presque la cuisine khmere a la cuisine française. Ce qui faisait de nous, bien sûr, les chouchous de la famille.
 Mais je digresse.
Ma tata, on avait l’habitude de la voir pendant les rĂ©unions de famille oĂą on ne parlait que le khmer et oĂą je ne comprenais absolument rien, et c’Ă©tait ça le premier cĂ´tĂ© folklorique du truc. Le second cĂ´tĂ©, c’est la bouffe. Parce qu’a la maison, maman elle faisait des “surgelĂ©s français” comme disait papa et on bouffait que de la mouise de sales “barengs” (terme pĂ©joratif dĂ©signant un français en khmer), alors il fallait aller dans la famille pour manger de la vraie cuisine. Parce que des cordons bleus avec de la poellĂ©e de lĂ©gumes c’est pas de la vraie cuisine. NON. La vraie cuisine, c’est les nems avec la sauce piquante, la soupe et plein de lĂ©gumes.
Donc comme je le disais, on allait chez ma tata quand mon papa en pouvait plus de manger français et voulait se taper une bonne bouffe chez sa soeur. Et moi et mon frère Ă cette Ă©poque, ce qu’on se tapait alors c’Ă©tait toute la route en voiture jusqu’a l’autre bout de paris en prenant le pĂ©riph’ aux heures de pointe pour arriver Ă l’heure du goĂ»ter.
Et lĂ c’Ă©tait le rituel, notre rituel d’enfants, le rituel des gâteaux frits dans l’huile de coco que ma tata faisait maison. Le bonheur. De loin mes gâteaux prĂ©fĂ©rĂ©s. Ma tata en faisait des tonnes pour qu’on puisse en manger dans la voiture en repartant ^^. C’Ă©tait trop bien, c’est un de mes meilleurs souvenirs d’enfant.
Mais un jour tout changea. Ce jour lĂ , on est arrivĂ©s a l’heure du goĂ»ter comme d’habitude et y’avait pas de gâteaux m’voyez. Mon grand frère et moi on Ă©tait comme perdus sur la banquise. Et quand mon papa a demandĂ© pourquoi aujourd’ui y’avait pas de gâteaux, ma tata a rĂ©pondu que cette fois ci on allait manger du vrai dessert khmer, et plus ces gâteaux de tapettes. On s’est alors installĂ©s et ma tata avait fait un grand saladier de dessert avec du lait de coco et des trucs qui flottent dedans, ça ressemblait Ă du riz gluant, et moi j’adore le riz gluant. Alors j’ai pris un bol et une grande cuillère et je me suis servie, parce que quand mĂŞme ça avait l’air bon ce machin.
 Et j’ai pris une grosse cuillĂ©rĂ©e.
Et c’Ă©tait vraiment dĂ©gueulasse.
Et Ă ce moment ma tata avec son accent elle m’a dit “c’est bon ça hein?”
Traumatisme familial numĂ©ro un: tata en fait, je crois qu’elle nous aime pas.
posté le 06/03/2008 | 620 vues | 2 commentaires | tags: ma tata elle a voulu me tuyé moi j'aime manger vive les desserts surprises
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