Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

22. mai 2012

Mot de passe oublié

Menille Avenale

Mon ex-plus belle histoire d’amour, 2/3

Suite du prĂ©cĂ©dent, avec toujours l’Ă©motion intacte.

A partir de ce jour-lĂ , jusqu’Ă  la fin de l’annĂ©e de seconde puis pendant toute notre annĂ©e de première et mĂŞme une partie de la terminale, nous avons passĂ© notre temps Ă  ĂŞtre copains en apparence, et en apparence seulement. Parce qu’au fond, en rĂ©alitĂ©, je bouillais. J’Ă©tais amoureuse et je ne supportais pas de le voir avec d’autres. (Pendant cette pĂ©riode, il y en eut d’autres, pourtant. Pour lui comme pour moi. Pour moi, j’Ă©tais toujours aussi persuadĂ©e que c’Ă©taient des nuls, et je revenais toujours Ă  lui avec des sentiments inchangĂ©s et la preuve constamment renouvelĂ©e que personne n’arriverait jamais Ă  sa hauteur.) Et pendant presque deux ans, il ne cessa de m’envoyer des signaux que je refusais de voir parce que je pensais qu’il n’Ă©tait pas sĂ©rieux, que cela ne voulait rien dire, qu’il plaisantait avec moi parce que j’Ă©tais une bonne copine et que je devais cesser de rĂŞver parce qu’un garçon comme lui ne pouvait pas ĂŞtre attirĂ© par une fille comme moi. Et ces signaux, pourtant, Ă©taient clairs.

- Un jour d’Ă©tĂ©, je le croisai en ville vĂŞtue d’une robe assez courte et moulante (dans laquelle je me sentais d’ailleurs très mal Ă  l’aise : j’ai dĂ» la porter une ou deux fois après l’avoir achetĂ©e et ensuite, très vite, ma poitrine et mes fesses ne sont de toute façon plus rentrĂ©es dedans) et j’attribuai le regard qu’il posait sur moi Ă  la joie du beau temps, des vacances scolaires et Ă  la douce perspective d’assister aux festivals musicaux de la saison. Plusieurs semaines plus tard, je discutais avec une amie et lui, et fus amenĂ©e Ă  dĂ©crire cette robe. Alors, me tournant vers lui, je lui dis : “Tu sais bien, tu la connais, cette robe, c’est celle que je portais cet Ă©tĂ© quand on s’est croisĂ©s en ville”. AussitĂ´t, j’eus honte de montrer que je me souvenais avec tant de prĂ©cision de chacune de nos rencontres (je continuais Ă  les noter avec application). Mais il arbora un grand sourire et dit avec dĂ©lectation : “Ah ouiiiiiii, je m’en souviens, de cette rooooobe… Ouh lĂ Ă Ă Ă Ă , moi je l’aimais bien, cette rooooobe… Tu devrais la mettre plus souveeeeent”…
(Et je vis un peu rouge et le traitai d’obsĂ©dĂ© et lui tournai le dos. Et je me dis qu’il s’Ă©tait bien payĂ© ma tĂŞte, sans me rendre compte que, de fait, il se souvenait comme moi de cette rencontre et qu’il m’avait trouvĂ©e belle habillĂ©e comme ça. Et je rentrai chez moi pleine d’amertume.)

- Un après-midi, il proposa de m’emmener chez lui comme je l’avais emmenĂ© chez moi quelques semaines plus tĂ´t, puis il se ravisa. Et comme je ne comprenais pas pourquoi, il me dit que ses parents Ă©taient lĂ . Je lui dis que je ne voyais pas le problème puisqu’il avait bien rencontrĂ© les miens, lui. Et il me rĂ©pondit, agacĂ© : “Mais tu ne comprends donc rien, toi”. Alors je lui dis de se calmer, que ce n’Ă©tait pas grave, que peut-ĂŞtre ses parents Ă©taient plus sĂ©vères que les miens et que j’Ă©tais dĂ©solĂ©e d’avoir insistĂ©… Mais il ne s’arrĂŞtait plus, et secouant gravement la tĂŞte : “Non, je veux dire en gĂ©nĂ©ral. Tu ne comprends rien, tu ne comprends rien, tu ne vois rien, tu ne comprends pas, je ne sais pas quoi te dire ou quoi faire pour que tu comprennes”…
(Et je me suis vexĂ©e. Oui, vexĂ©e. J’ai refusĂ© de voir de quoi il parlait, j’ai cru ou fait semblant de croire qu’il me traitait d’idiote, j’ai tournĂ© les talons et je suis partie en lui disant : “Ah ben d’accord, si c’est comme ça”. Et derrière moi, je l’ai entendu shooter dans une poubelle [et se faire mal au pied].)

- Jour après jour, semaine après semaine, de plus en plus de gens de son lycĂ©e croyaient que l’on sortait ensemble. Puis des gens de mon lycĂ©e ont commencĂ© Ă  le croire Ă©galement. Et je jure que jamais je n’ai dit ni laissĂ© entendre une chose pareille Ă  quiconque. D’ailleurs, un jour oĂą je l’ai croisĂ© dans la rue avec un de ses copains et oĂą je leur ai fait la bise Ă  tous les deux, son copain lui a dit après mon dĂ©part : “J’ai eu l’impression qu’elle allait te faire un stop, j’ai vraiment pensĂ© que tu sortais avec elle”, et il me le rapporta plus tard. Visiblement tout fier que son ami ait cru que je sortais avec lui.
(Et quand il m’a racontĂ© cela, je lui ai dit : “Mais il est vraiment trop dĂ©bile ton pote”. Et je l’ai remballĂ© assez sèchement.)
(Par ailleurs, ami jeune, si tu ne sais pas ce qu’est un stop parce que tu n’utilises plus cette dĂ©licieuse expression aujourd’hui, sache que quand j’avais ton âge, ce terme dĂ©signait un simple baiser sur les lèvres, sans la langue. La dernière Ă©tape avant la pelle, en fait.)

- Un jour, après notre sĂ©ance hebdomadaire de peu-importe-quoi, je partis seule en ville acheter quelque chose. (Oui, je profitais souvent de ce moment de la semaine pour aller acquĂ©rir des disques et des livres avec mon argent de poche. Le dĂ©but de l’indĂ©pendance culturelle, en fait.) Je l’avais perdu de vue en sortant de la sĂ©ance et je pensais faire mon tour dans les magasins puis rentrer chez moi sans heurts. Et lĂ , au dĂ©tour d’un rayon de la Fnac, je le vois. Qui vient droit vers moi. Sans hĂ©siter, sans faire semblant de chercher un objet quelconque ni de tomber sur moi par hasard. Il venait parce qu’il m’avait entendue dire oĂą j’allais et qu’il avait dĂ©cidĂ© de me rejoindre. Et il me raccompagna Ă  nouveau chez moi, mais cette fois, il n’entra pas parce que…
… parce que je ne le lui proposai pas. (Et je ne le lui proposai pas parce que je pensais qu’il dirait non et qu’il me trouverait ridicule de le lui proposer Ă  nouveau.)

- Un soir, dans la file d’un fast-food, avec d’autres amis, il s’accouda sur mon Ă©paule - il avait continuĂ© Ă  grandir et me dominait de plus d’une tĂŞte - et pencha son visage en direction du mien pour mieux discuter. Je voyais de très près ses grands yeux, ses lèvres, sa peau (ses boutons aussi, mais c’Ă©tait l’âge et je jure que ça ne gâchait pas sa beautĂ© dĂ©licate), j’entendais sa voix et je sentais mĂŞme le parfum de son eau de toilette comme si je m’en Ă©tais aspergĂ©e moi-mĂŞme. Il me souriait et me faisait rire, accoudĂ© ainsi et faisant un peu le pitre, et se penchait un peu plus Ă  chaque fois que nous avancions d’un pas dans la file. Quand ce fut Ă  nous, il enleva son coude et mit son bras autour de mes Ă©paules en riant, si bien que je pensai qu’il plaisantait.
(Et moi, je lui fis enlever ce bras de lĂ  oĂą il Ă©tait et le repoussai un peu brutalement. Et une fois Ă  table avec mon plateau, je m’entendis dire par une copine : “Mais il veut sortir avec toi, ma parole !” et je rĂ©pondis : “Sois pas idiote, il rigole, il fait pareil avec toutes les filles”. Mais je ne l’avais jamais vu faire pareil avec une autre fille. Et je fis en sorte de ne pas m’asseoir Ă  cĂ´tĂ© de lui alors qu’il s’Ă©tait dĂ©brouillĂ© pour se rapprocher de moi, et je le laissai s’asseoir Ă  cĂ´tĂ© d’une autre, dĂ©pitĂ©, et me briser le coeur le reste de la soirĂ©e en lui parlant et en me regardant de loin comme pour me provoquer.)

- Un autre après-midi, toujours après la sĂ©ance, nous allâmes nous poser quelque part, dans un parc, près d’un muret sur lequel je me suis assise alors qu’il restait debout devant moi. Et nous sommes restĂ©s lĂ  des heures, jusqu’Ă  ce qu’il fasse nuit. J’Ă©tais en jupe. A mi-cuisse, la jupe. Et bottines. Et il a passĂ© son temps alternativement Ă  se rapprocher de moi, de plus en plus près, et Ă  s’Ă©loigner, de moins en moins loin. Nous discutions de choses et d’autres. Nous flirtions, mais je ne m’en rendais pas compte parce que quelque part, au fond de ma tĂŞte, loin, loin, une voix me disait : ne sois pas idiote, comment veux-tu qu’il ait envie de sortir avec toi, regarde-le, regarde-toi, tu es son amie et rien de plus… Et Ă  un moment, il a posĂ© sa main sur ma cuisse couverte de nylon noir et l’a fait monter le plus haut possible, comme pour jouer, sur le mode du : “Et lĂ , tu me laisses faire ? Et lĂ  ? Et lĂ  ?… Et plus haut, tu me laisses encore faire ?”… Et moi, le visage brĂ»lant, je me suis contentĂ©e de repousser cette main chĂ©rie en haussant les Ă©paules. Et Ă  un moment, toujours en feignant de plaisanter, il a pris mon visage entre mes mains, s’est penchĂ© vers moi, très près, très vite, et m’a dit : “Tu m’embrasses ?” Et je me suis dĂ©gagĂ©e vers l’arrière, violemment, en rĂ©pondant : “Mais arrĂŞte tes bĂŞtises !”, alors que je rĂŞvais de ce moment depuis des mois et que j’avais passĂ© de longues, longues heures Ă  imaginer comment ça pourrait ĂŞtre. Et quelques minutes plus tard, juste avant que je ne rentre chez moi, il parlait des enfants que nous pourrions avoir ensemble un jour. Et je lui ai dit : “Ok, lĂ  tu dĂ©lires, il est temps que j’y aille”. Et je suis partie dans la nuit en le laissant plantĂ© lĂ , criant mon nom une ou deux fois en me demandant de revenir.
(Et j’Ă©tais si tremblante et bouleversĂ©e que ce soir-lĂ , je me suis violemment cognĂ© la tĂŞte Ă  la fenĂŞtre de ma chambre en baissant mes volets. Mais je persistais Ă  penser qu’il s’Ă©tait moquĂ© de moi.)

Et tant d’autres, tant et tant d’autres que j’oublie… Des signaux, des signaux et des signaux que je me suis interdit de recevoir, et auquel je m’interdisais de rĂ©pondre.

Et non, ce n’est toujours pas terminĂ©…

 

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Mais c’est pas possible quoi… J’aurais pas du commencer a lire ça m’apprendras bouh bouh menille avenale :D.


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