Humeurs

Les plus horribles?

Pour ceux qui ne le sauraient pas, je suis assistante sociale. Normalement, quand j’annonce ça, le monde se divise entre ceux pour lesquels ça me donne +10000 en sympathie et ceux pour lesquels ça me donne +10000 en ignominie. J’en parlerai, ou non, une autre fois.

Les plus horribles?Passé le premier choc, j’annonce que non seulement je suis assistante sociale mais en plus, je travaille en prison. Là, consternation, silence gêné ou curieux et tout de suite, l’avalanche de questions :
- Tu l’as voulu? (oui, aussi étrange que ça puisse paraitre)
- Et c’est quoi, que tu rencontres le plus? (des humains, la prison pour chien n’a pas encore été inventée)
- Non mais, vraiment c’est un choix? (Oui, puisque je te le dis)
Et ma préférée…

- C’est quoi le plus horrible?

Et là, je suis emmerdée… Au delà du côté parfaitement “Closer” de la question, que vais-je bien pouvoir répondre?

Petit passage en revue des choses “horribles” du travail en prison

- Je suis fonctionnaire… A bien y réfléchir, c’est plutôt un avantage, même si c’est aussi, pour beaucoup, une insulte.
- Je dois bosser tôt. Bon, ça ne va pas non plus : j’ai un horaire flottant. Si je bosse tôt, c’est parce que je le veux bien.
- Je dois passer douze portes que je n’ouvre pas moi-même avant de pouvoir en ouvrir UNE avec ma clef et m’asseoir dans mon bureau. Ah, ça, c’est déjà mieux. On peut embrayer sur le contrôle de sa vie et la souffrance de ne même pas pouvoir ouvrir une porte soi-même, la déresponsabilisation.
- Je côtoie toute la journée des gens qui ne sont pas des enfants de coeur. OK, c’est vrai, les prisons ne sont pas remplies d’innocents. Mais je le savais non?? Bon ça non plus, je peux pas m’en servir… Scrogneugneu, trouve quelque chose ma fille, tu vas encore passer pour l’écervelée non concernée de service.
- J’entends des histoires horribles. Bon, oui, c’est vrai, je dois me farcir le récit de toutes les horreurs. Et en plus, il y en a qui nient! Alors oui, les enfants, les victimes, les victimes qui sont des enfants, je crois que ça peut passer… Sauf que non. Ca ne me choque pas. Enfin rarement. Je suis devenue insensible ou quoi?
- Je suis en prison. Pour moi aussi, ce sont les grilles, les gardiens, les barreaux aux fenêtres, la cantine, et je peux même pas avoir mon GSM avec moi! Dur quoi! Non mais sans rire, tu y crois, toi, au calvaire de l’assistante sociale sans son GSM? Moi non plus!

Ben non, j’ai beau chercher, je ne vois rien de vraiment horrible à bosser en prison. Au contraire même…

Quoique… en réfléchissant bien, il y a UN truc que je trouve horrible!
En prison, ce qui est vraiment horrible c’est que… dans tous les locaux, la sécurité a été renforcée ( sauf les locaux des AS/psy). Tous les objets possiblement contondants ont été retirés, accrochés, fixés, bref, tout a été repensé pour satisfaire à la paranoïa sécuritaire… Même dans les toilettes. Ce qui est vraiment horrible, en prison, c’est que dans les toilettes, IL N’Y A PAS DE BROSSE! ET CA, C’EST HORRIBLE!

Je peux vraiment dire ça?

21 Responses to “Les plus horribles?”

  • j’ai parfois eu de vives discutions avec des “connaissances” soit- disant dans le “social” (éducateurs, assistante sociale, AMP etc..), des gens qui te jugent dés le premier coup d’oeil et qui connaissent tout de la vie sous prétexte de leur métier…sauf que c’était des gens hors de la vraie vie, dans des services de “rêves” (écoles etc…) où leur “public” n’avait pas vraiment besoin d’eux ou ils n’étaient pas capables de se mettre au niveau des autres…Bref moi je te dis BRAVO parceque ça sert à quoi de vouloir faire assistante sociale si c’est pas pour porter assistance à son prochain?!
    Au fait oui je confirme pas de brosse aux toilettes c’est horrible!(même si c’est l’objet le plus déprimant du monde…)

  • Merci Amaya :) Au fait c’est quoi AMP?

    Oui, je crois aussi que si c’est pour être assistante sociale dans une crèche privée, il valait mieux faire des études de puéricultrice :)

    Merci de me soutenir dans mon combat contre les choses horribles de mon travail :)

  • AMP c’est “aide-médico-psychologique”, entre l’aide-soignant et l’éduc…je fais pas ma maline, je connaissais pas avant de connaître quelqu’un qui l’est…

  • Je crois surtout que ça n’existe pas en Belgique :)

  • possible…tu sais que ça n’a rien à voir mais je pars en Belgique pour 3 jours samedi pour voir ma soeur!

  • Tu te brosses les cheveux aux WC ?

  • Lol non, mais il arrive qu’on ait besoin d’une brosse… A chiottes :)

  • Amaya> tu as bien raison de venir dans ce plat petit pays :)

  • je te dirais ce que j’ai vu là-bas et mes impressions!

  • @Miss Lili : :$ roooh, je comprends mieux maintenant.
    La hooonte pour moi ! (J’appelle ça un balai à chiottes).

    Bref, sinon, ton job te plaît ? Et pourquoi tu as voulu être dans une prison plutôt qu’ailleurs ?

  • Ah ça, les grands psychologues de tout poil…
    C’est vrai que ton métier est assez “inhabituel” mais à en juger par la façon dont tu en parles il te plaît, et c’est l’essentiel…
    et oui, je t’admire de travailler dans un tel milieu (ça va, ça fait pas partie des remarques qui t’exaspèrent, ça ? ;-) )

  • Avatar de
    Petite_bulle

    Moi aussi j’apelle cela un balai à chiotte ^^
    N’empêche ça doit être crade ^^
    Je pense que tu as quand mm du courage, peut-être pcq j’ai été bércée de stéréotypes sur la prison depuis ma plus tendre enfance cad : Espace clos, opréssant etc. Le pires horreur !
    Donc bon :p
    J’aime bcp ton article !

  • Merci à toutes.
    @Mogore : Je ne sais pas pourquoi mais j’ai toujours voulu travailler en prison. j’ai commencé le droit, afin de pouvoir faire de la criminologie, avant de finir par devenir assistante sociale. Je crois que ce qui me fascine c’est “la deuxième chance”. Ensuite, j’ai été longtemps malade et, après la guérison, je me suis rendue compte que cette maladie, pour pénible qu’elle ait pu être, m’avait apporté quelque chose d’infiniment appréciable : j’ai eu le temps de penser à moi, sur moi, à mon sujet. Et je me suis aussi rendue compte que la prison offre ce même espace de reflexion, parce que c’est un arrêt dans le temps. Bon, dans les faits, je me heurte à plein d’obstacles, mais dans la philosophie de mon travail, je retrouve cette idée d’avoir un temps pour réfléchir à son passé, comprendre son histoire et construire son futur.

    @Ponine> Merci :) Non ca ne m’énerve pas, c’est juste que je crois que les gens ont une idée fausse du travail en prison. Je crois qu’ils s’imaginent tout de suite à ma place, eux, dans la vie qu’ils ont, le parcours qu’ils ont… Or c’est pas comme ça que ça se passe. D’abord c’est mon métier. J’ai été formée pour ça, j’ai étudié ça, j’ai envie de faire ça. Ensuite, pour moi, j’avais vraiment envie d’aller travailler en prison. Et enfin, t’es pas seul… Pour moi, l’admiration, c’est donner des cours de comptabilité dans un lycée en ZEP! Alors que ceux qui le font, font ça avec plaisir… C’est juste que je suis allergique aux chiffres et que je hais les mômes.
    Donc, pas d’admiration à avoir, je suis à une place que j’ai choisie… C’est une chance.

    Petite_bulle> Ce ne sont pas des clichés. Une partie de ce que tu cites sont des réalités : oui, il y a grilles aux fenetres, gardiens derrière toutes les portes, peu de lumière, encore moins d’air. C’est vrai. Mais l’oppression par contre, c’est une affaire personnelle. Si tu n’aimes que les grands espaces verts et chevaucher un cheval au galop dans la brume du matin, effectivement, tu vas te sentir oppressé. Moi, j’adore avoir chaud, je mettrais le chauffage à fond en plein été ou presque. Je me sens parfaitement bien avec 28 ou 30°, je dors la tête sous la couette, je garde mon pull s’il fait moins de 25°! Alors le manque d’air, de lumière, le côté enfermé me va très bien! Et puis… J’y passe pas ma vie, non plus, j’ai beaucoup de congés!

  • ce qui m’étonne c’est que tu n’aies pas cité le “ah tu t’occupes de salauds de criminels, faut toujours les défendre ceux là”.
    J’ai une amie qui est educ à la PJJ et elle y a droit souvent…

  • Holala! Ce doit être horriiiiible!! Tu l’as voulu? Et c’est quoi que tu rencontres le plus (Paaaffff!! Une mandale dans ta face pépite)

    Nan si moi j’ai un autre rapport a ça, c’est parce que ma mère bosse aussi dans une prison. Elle est prof de dessin et il y a un an on lui a proposé de donner des cours une fois par semaine. Ni une ni deux elle a accepté. Et quelle transformation que de voir ces mecs déçus par la vie, qui galèrent et qui se découvrent un don jusque là insoupçonné, ou simplement une sensibilité créative qu’ils n’auraient pas imaginé. Du coup, beaucoup de dialogue, de contact. Elle aime le social, elle est artiste, elle aime enseigner et ce boulot et un parfait compromis entre les deux. Elle a du arrêter quelques mois (parce que la prison a réajusté ses finances un truc dans le genre), sans savoir si elle allait reprendre. Et la bonne nouvelle est tombée : les cours vont continuer, elle est ravie! Alors comme quoi on peut être foncièrement heureux de taffer en prison!!

  • La question que je te poserais, moi, plutôt, c’est :

    Mais en quoi ça consiste, le boulot d’une assistante sociale, en prison, une fois ? (Allusion, quand tu nous tiens. Mais la question est sérieuse.)

  • @toutes> Merci :)
    @ Ménille > Toutes les AS en prison ne font pas ce que je fais. Mais moi, j’ai été engagée pour expertiser le détenu :) Bon, sans rire, je suis chargée d’écrire les rapports qui vont éclairer le directeur de la prison et le juge pendant la procédure de libération, que celle-ci soit temporaire ou définitive.
    J’écoute l’histoire du détenu, je la mets sur papier et je balaye toute sa vie, de l’enfance à l’instant présent, en passant par les faits qui l’ont conduit en prison et le comportement en détention.
    Je raconte l’histoire, puis je fais des liens pour expliquer le passage à l’acte sous forme d’hypothèses.
    Enfin, je me prononce sur les risques de libérer le détenu : risque de commettre de nouveaux faits, d’importuner les victimes, de se soustraire à l’exécution de la peine. Et je propose surtout des solutions pour minimiser les faits, en rapport avec les hypothèses que j’ai formulées.
    Après ça, mon rapport est joint à tout le dossier, le directeur de la prison donne son avis, sur base du rapport et apres entretien avec le détenu, puis le juge tranche, ayant lu mon rapport, le dossier, l’avis du directeur et l’avis du ministère public.
    Voilà :)

  • Ptet Miss Lili que si tu expliquais les choses comme ça aux réticents, tu aurais moins de regards de traviole. Parce que ce que je vois c’est que ça a l’air d’être un boulot vraiment passionant!

  • oups, je minimise pas les faits, mais les risques bien sur!

    Pepite> Les gens sans interet n’ont malheureusement pas le temps d’attendre que j’explique. Et puis déjà, ils m’en veulent de coopérer à leur libération…

  • miss, ton article est passionnant, je te félicite pour sa qualité et pour son humour !
    il m’a totalement bluffée !

  • HappySoupe

    Bonsoir!

    J’écris des années après que ce post est été publié, mais sait-on jamais?

    Je suis moi-même très interessée par le milieu carcéral. Dans peu de temps j’entamerai ma seconde année en formation d’assistante sociale, avec la chance d’avoir un stage a effectué dans le milieu de mon choix.
    Mon choix est fait (haha!) mais mon pour mon lieu de stage…ça couac.
    Des conseils pour une pauvre étudiante dans le besoin?
    Car je me sens un peu perdue avec toutes ces histoires de CIP, SPIP, PIP, et j’en passe! ;)

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