Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

Mot de passe oublié

djouliette

Mars 91…Y’a 17 ans exactement, le grand Serge tirait une dernière bouffée sur sa gitane. Moi, à cette époque j’avais l’âge de Melody Nelson et j’étais fan.gainsbourg01.jpg

En témoignage de cette époque lointaine, j’ai gardé précieusement 7 petits carnets, 7 indispensables dans la vie d’une lycéenne : mes agendas Quo Vadis. Quand je les feuillette aujourd’hui, c’est tout mon passé qui ressurgit – euh… les rimes c’est pas exprès, je jure.

L’ agenda/cahier de texte Quo Vadis est une mine de souvenirs. S’il servait parfois à noter les devoirs-à-faire-à-la-maison, ce n’était pas sa fonction principale.

Souviens-toi, l’agenda était aux ados des 90’s ce que le skyblog est aux djeuns d’aujourd’hui : photos, commentaires des copines et réflexions personnelles empreintes de philosophie profonde et optimiste (« à toujours et à jamais meurtrie, c’est fini pour la vie» sic : j’avais déjà l’art de la rime pauvre, no comment), l’agenda c’était ton miroir.
Dans ton Quo Vadis du coup, tu affichais immanquablement ta fanitude. Y’avait le cahier de texte girly avec Patriiiiiiiiiiick qui se cassait la voix sur la couverture, y’avait aussi celui de la curiste taggé « boys don’t cry » sur des pages peintes en noir corback comme les cheveux de sa propriétaire, ou encore le cahier de texte de la babosse nihiliste féministe qui mélangeait les genres et les références, avec en guest star l’incontournable Val Kilmer-Morrison.

Dans mes cahiers de texte à moi, y’a du Gainsbarre en mots et en images sur toutes les pages, à tous les étages- de la 5ème à la terminale.
Fan, j’vous dit.
La rĂ©vĂ©lation fut tĂ©lĂ©visuelle. Un mercredi soir de 90, lors de l’une de ces mythiques « sacrĂ©es soirĂ©es » de nos enfances… d’accord c’est pas glorieux, mais cette soirĂ©e lĂ  Ă©tait consacrĂ©e Ă  Gainsbourg, ça relève largement le niveau. Julien Clerc interprĂ©tait « Elisa » et moi, malgrĂ© le ventilo de Jean Pierre, les bĂŞĂŞĂŞĂŞĂŞlements de l’interprète et les fausses larmes de Soso, j’étais bouleversĂ©e.
C’était le début d’une histoire essentielle à suite : enfant de la chance, je me suis shootée aux albums du génie des années durant, gavée de ses textes et de ses mélodies. Logique me direz-vous : précurseur et catalyseur des époques qu’il a traversé, maître du mot et de ses jeux, génial ré-inventeur de styles, les afficionados de Gainsbarre sont nombreux, et pour cause…

Seulement un adolescent n’est pas un fan comme les autres, ça n’est pas seulement l’œuvre mais la personnalité tout entière de l’idole qu’il admire et à laquelle il s’identifie. Or, avec Gainsbourg y’avait de la matière…

Provocateur nĂ©, ultra sensible, Ă©corchĂ© vif, paradoxe ambulant… Ces qualificatifs me convenaient parfaitement : moi la fille en pleine crise d’ado, j’arrivais Ă  me reconnaĂ®tre dans les tourmentes d’un gĂ©nie, plutĂ´t flatteur.
Du coup, la fan que je suis dans les 90’s l’est et le revendique dans son cahier de texte et pas que. A cette époque, je porte les fameuses Repettos blanches de l’idole avec une ferveur absolue : comme lui ce sera sans chaussettes même en plein hiver. Je m’essaie à la Gitane- sans succès : malgré les p’tits trous que je fais dans la cigarette ça me fait suffoquer, ouf…- . Je passe des après-midi buissonnières devant son hôtel particulier rue de Verneuil pour essayer de l’apercevoir.… Bref je fais le bonheur de mes parents, comme toute ado qui se respecte.
Mais, inévitablement on grandit (vieillit ?) et on finit par ressembler de plus en plus à ses parents, de moins en moins à l’idole.
Aujourd’hui de ma folie gainsbourienne, il reste des vestiges : j’ai gardé les CD bien sûr, un autographe sous scellé et les fameux cahiers de texte. J’ai réhabilité les repettos de Serge et le jean large de Jane dans ma garde robe - bon, ok ça c’est surtout parce que je suis une suiveuse de mode indécrottable. J’ai un mari pas rasé ce qui ne doit pas être tout à fait par hasard. Je n’utilise plus de Quo Vadis customisé mais j’ai un agenda numérique dans lequel j’ai noté l’évènement de l’année à ne pas louper: « 14 octobre 2008-11 janvier 2009 : exposition Serge Gainsbourg à la Cité de la musique ».
Bien sûr, la fan en moi s’est calmée mais la flamme ne sera jamais tout à fait éteinte.

Ex fans des 90’s que vous reste-t-il à vous de vos idoles ?

 

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Derniers commentaires

 

Ah Gainsbourg… La pĂ©riode que je prĂ©fère chez lui, c’est celle de l’âge d’or Ă  mon sens 1965-1978. L’album Melody Nelson a longtemps servi Ă  m’endormir, petite, tout comme ceux de Bob Marley et des Pink Floyds… Mais Gainsbourg, ça reste l’Ă©veil aux mots, et Ă  un trouble, une sensualitĂ© raffinĂ©e et crue. J’adooore.


 

ouououoh, je suis heureuse d’ĂŞtre lĂ  avec lui!


 

Gainsbourg, pour moi, c’est le charme Ă  l’infini. Des chansons des 60’s sucrĂ©es, guillerettes et dĂ©jĂ  dĂ©sabusĂ©es, ironiques, sarcastiques, comme “Du jazz dans le ravin”, puis dans le dĂ©sordre le couple improbable avec Birkin dans Slogan, très Swingin’ London, c’est aussi Anna Karina dans “Anna”, qu’elle Ă©tait belle. Il a fait chanter toutes les plus belles actrices, de Bardot Ă  Adjani en passant par Deneuve et enfin cette Marseillaise enlevĂ©e et reggae, tellement sensuelle. Je n’ai pas de pĂ©riode prĂ©fĂ©rĂ©e, de “Harley Davidson” Ă  “Love fifteen”, des chansons Ă  double-fond, des rĂ©fĂ©rences littĂ©rraires Ă  la pelle, cette façon de saluer Verlaine en réécrivant sa poĂ©sie.

Gainsbourg c’est l’intellectuel qui ne se prend jamais la tĂŞte, la culture populaire, mĂ©diatique, destinĂ©e et accessible Ă  tous, avec humour et humilitĂ©.


Moi je n’allais pas jusqu’Ă  coller sa photo dans mes agendas Quo Vadis, mais je connaissais toutes ses chansons par coeur. D’ailleurs, il m’arrivait de glisser des citations dans la conversation et les gens pensaient que j’avais soudain de l’esprit.


“Dans tes yeux, je vois mes yeux, t’en as de la chance ! ça te donne des lueurs d’intelligence !” Elle est bien bonne celle-lĂ . Merci Djouliette pour cet hommage qui me ramène moi aussi aux annĂ©es lycĂ©e. C’est Ă  croire que le père Gainsbarre va faire partie de la panoplie ado, entre le Che et le paquet de Marlboro.


 

Merci Ă  toi Angelinaa! C’est vrai que citer Gainsbarre fut aussi une de mes armes fatales dans les conversations… “le snobisme est une bulle de champagne qui hĂ©site entre le rot et le pet”: tellement drĂ´le et tellement vrai!


 

Euh dans les annĂ©es 90 j’avais 14/15 ans quoi donc l’Ă©poque des boys band bidons…. Mais je te rassure, jamais groupie j’eusse Ă©tĂ© hein! Faut pas dĂ©conner…


 

Dyns, en 1990, tu avais 6 ans :) Gainsbourg est mort en ‘91.

Ceci dit, il y a des fans du grand Serge de tous âges… :)


 

J’ai decouvert “Requiem pour un con” Ă  13ans, et pareil je me suis shootĂ© Ă  Gainsbarre les samedi apres-midis.

Ce qui me rejouit c’est qu’Ă  l’etranger aussi il reste LA reference musicale francaise, qui nous fait collĂ© Ă  la peau l’image “poete-lover-rebel” francais….j’adore !


 

Moi, je me souviens que j’Ă©coutais l’album noir de Metallica en 1992 Ă  9 ans avec ma soeur, que j’Ă©coutais Nevermind et In Utero de Nirvana en 1993, que j’Ă©coutais K’s Choice, the Fugees et Alanis Morissette en 1996… Et de la dub pour cloturer les annĂ©es 1990.


 

j’adore gainsbourg et depuis longtemps, j’ai donc dĂ©vorĂ© tout ce qui s’Ă©crivait sur lui et de lui, et je suis tombĂ©e sur une nouvelle ou un mini roman de sa main , evgueni sokolov…. si vous le trouvez, jetez vous dessus, ça vaut le coup…;-)


 

J’avais 7 ans Ă  sa mort…donc point de Gainsbourg dans mes rĂ©fĂ©rences musicales de l’Ă©poque….

autant tout avouer et dire qu’au collège c’Ă©taient les groupes de New Jack (eh oui, l’ancĂŞtre du Rnb) qui perçait nos tympans et Mtv qui nous scotchait les samedis après midi.

Ca c’est la “gĂ©nĂ©ration ZEP” comme on aime Ă  dire, l’insouciance adolescente rythmĂ©e au son de Bobby Brown, des mixtapes de Cut Killer et du film La Haine.


eh oui, ça fait tout de suite moins intello et plus popu de vous dire ça :)

Ceci dit, je reste aussi marquĂ©e par Renaud qui avait une rhĂ©torique bien huilĂ©e sur l’Ă©tat de notre chère France.


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