J’y ai déjà fait allusion…
Je suis issue d’une famille dite “monoparentale”. Même si j’ai horreur de ces qualifications sociologiques pour parler de moi, il faut bien appeler les choses par leur nom.
Laisser entendre que j’en ai atrocement souffert serait un mensonge ; mais prétendre que ça a été idyllique tous les jours de n’être élevée que par ma mère et qu’il ne me manque rien serait tout aussi inexact.
Pour que les choses soient bien claires, quand je dis monoparentale, c’est sans recomposition derrière. Monoparentale à 100 % : père carrément absent, pas juste intermittent.
Ma mère lui a caché qu’elle était enceinte et quand mon père a entendu parler de moi pour la première fois il avait refait sa vie, comme on dit.
Il n’a même pas manifesté la curiosité de me voir, ne serait-ce qu’une seule fois. ça se passe de commentaire, non ? Je ne suis même pas sûre qu’il connaisse mon prénom.
On peut penser ce qu’on veut du fait que ma mère ait attendu que je sois née pour avertir mon père (après tout elle aurait pu ne jamais rien lui dire), mais je sais que je n’ai rien à voir avec ça.
Reste que je me demande s’il n’aurait pas suffi qu’il ait été au courant quelques mois plus tôt, ou que ma mère m’ait mise dans ses bras, pour changer le cours des choses…
Avec moi, ma mère a toujours été relativement ouverte. Elle ne m’a pas raconté d’histoires, n’a jamais cherché à me prévenir contre lui (grâces lui soient rendues au passage de son élégance, assez rare dans ces situations difficiles)…
Elle a toujours répondu à mes questions ; bien qu’en éludant des pans entiers de ce que j’aurais voulu qu’elle me raconte.
Pour ce qui est de mes “sentiments” (si tant est qu’on puisse employer ce mot à propos d’un parfait inconnu…), une partie de moi à envie de le supplier de me regarder, de me toucher, de m’aimer… et une autre se dit que jamais, au grand jamais, elle ne pourra lui pardonner.
Si je l’avais en face de moi, j’aurais à la fois envie de me jeter sans ses bras et de lui coller une paire de gifles. De toute façon je suis beaucoup trop bien élevée pour faire l’un ou l’autre et c’est peut-être dommage, ça aurait au mois le mérite de clarifier les choses…
Pendant des années je me suis tenue à cette idée fixe :je n’ai rien à lui dire.
Avec l’arrière-pensée que peut-être, un jour, plus tard, j’aurai effectivement quelques petites questions à lui poser.
Le tout avec cette sensation étrange de savoir que j’ai des frères et soeurs plus jeunes que moi quelque part,
et qui selon toute probabilité ignorent tout de moi (moi tellement désespérée, petite, d’être fille unique…n’est-ce pas ironique ?).
Et puis, il y a un an presque jour pour jour, ma mère a appris presque par hasard la mort (particulièrement injuste et prématurée) d’un de ses meilleurs amis, PF, perdu de vue depuis belle lurette.
Moi, obsédée (entre autres choses…), par l’idée que ma mère aurait très bien pu être à la place de PF (et accessoirement moi à celle de ses enfants, je vous fais pas de dessin).
Après une lente maturation (plus de six moi tout de même), il m’apparaît brusquement et très clairement que ce qui est valable pour ma mère et pour PF l’est tout autant pour mon père… et cela suffit à me convaincre, toute affaire cessante : tout plutôt que de prendre le risque de passer le restant de ma vie à regretter de ne pas l’avoir connu.
Je dégote dans la foulée grâce à Internet une adresse et un numéro de téléphone en Belgique.
Je sais qu’il y a une famille derrière (s’il n’y avait que lui et moi en jeu ce serait simple sinon facile), je veux agir intelligemment, mon intention n’est pas de foutre la merde ;
pour faire simple j’ai mauvaise conscience.
Toussaint : les hasards (?) de la géographie font que je passe une semaine à Bruxelles (à 11km de l’adresse censée être celle de mon père) chez ma marraine (par ailleurs la femme de PF).
Une semaine c’est court. On parle de mon père (ce qui m’a fait beaucoup de bien), mais c’est TOUT.
Depuis…
Ben toujours rien…
Je sais qu’un jour je le ferai, parce que je sais qu’il faudra que je passe par là pour être en paix.
Oui, mais comment ? J’écris, je téléphone, je me pointe ; je fais ça à distance ou j’attends de retourner à Bruxelles, quitte à faire le déplacement on purpose ?
Ce serait tellement plus simple s’il habitait à Lyon ou à Grenoble (pas la peine de me faire remarquer que c’est une excuse bidon JE SAIS. N’empêche quela distance géographique ne simplifie pas les choses…)
D’autant plus que si je dois partir à l’étranger l’année prochaine j’aimerais bien avoir liquidé l’affaire…
C’est chiant cette impression de passer à côté de ma vie et d’être à côté de mes pompes (pour tout)…
FAUT QUE JE ME REVEILLE.
En fait ce qui m’énerve c’est que je me trouve lâche, parce qu’à part ma peur de prendre des coups, je ne vois rien qui m’empêche objectivement de mettre ce projet à exécution.
Je pense à la chanson : Je serai abattue courbatue combattue, mais je serai venue.
posté le 03/03/2008 | 677 vues | 10 commentaires | tags: famille monoparentale père parents
Oh My God…Ton histoire est tellement la mienne que ca me tue de bon matin…
Idem, mon pere a lachement laisse tomber ma mere au 6eme mois de sa grossesse et a disparu de la surface de la Terre… Comme toi, ca ne m a pas fait souffrir atrocement mais bon, on va pas mentir, ca a pas non plus ete le bonheur intense…Je me suis toujours pose des questions sur ce fameux lui, et puis j ai toujours fantasme d avoir un pere italien qui serait un peu un Ours et qui me protegerait des mechants en me serrant fort dans ses bras..Mais face a ce fantasme, je me battais aussi contre la colere que j avais envers lui, d avoir ose nous abandonne comme ca, ma mere et moi. Comment un etre humain pouvait faire ca, ect… J ai hesite longtemps a l idee de faire des recherches, ou pas. Et puis mon depart pour Hong Kong a ete le fameux declic. Quelques jours avant de quitter Paris, j ai pris mon telephone ( j avais deja trouve son numero et son addresse quelque temps avant), et je l ai appele. Il m a fait le grand coup du pere prodigue, a me dire qu il m aimait ( lors de la premiere conversation telephonique), m a dit qu il fallait que je rencontre toute ma famille ( je me suis decouvert 3 demi freres), ect ect…Du coup, j ai pris un billet de train ( il habitait Toulouse) et suis descendue, pleine d apprehension a l idee de trouver une famille entiere qui selon mon pere m attendait de pied ferme.
J ai passe 2 jours avec eux. Deux jours a vivre avec des inconnus total. Des gens qui ne m ont jamais vu grandir, ne connaissent pas mon gout pour les sacs a main ou pourquoi je n aime pas les haricots verts..Des gens qui ont descendu ma mere en disant que c etait une mauvaise personne qui les avaient empeche de me voir quand j etais petite…J en passe et des meilleurs..Des gens qui m ont promis de venir me voir a HK et surtout des gens qui m ont promis de rester en contact avec moi..Mon pere, empestant l alcool, saoul, qui me repete qu il m aime aussi a peine ma descente du train. Ou bien mon pere qui m emmene en vile avec 3 grammes en voiture…
Je suis rentree a Paris, perturbee et pas super bien, mais au moins je l avais fait. Mais surtout, ca va faire bientot un an et demi que je suis a Hong Kong, et devine quoi? Je n ai eu aucunes news, aucunes du tout vraiment de leur part…Plus rien du tout. Mais en meme temps, ce n est pas trop grave parce depuis ce moment, le besoin de les rencontrer enfin s est apaise.
Voir mon pere, rencontrer ma famille paternelle, m a fait du bien. M a permis de repondre a certaines questions que j avais, m a remise en place aussi, et puis surtout surtout, m a permis d avancer. De me dire que oui, je savais maintenant d ou je venais vraiment et c est agreable. ( bon, meme si ton pere ne ressemble a rien a tout ce que l on peut imaginer hein!). Mais ma vraie famille, c est ma mere et toute ma famille maternelle. Je ne pourrais jamais appeler mon pere, ma famille…
Et non, tu n es pas lache, mais juste c est un truc enorme de prendre la decision et de l appliquer de voir son pere pour la premiere fois. C est un moment emotionnel hyper fort et je pense qu il faut vraiment etre prete psychologiquement pour surmonter ca.
Je te souhaite tout le courage possible et je suis dispo egalement si tu as envie d en discuter.
Je vois qu’on est beaucoup dans le cas…
En ce qui me concerne, j’ai testé la gifle au père : il est venu chez moi, sans mon accord, avec la complicité de ma mère à laquelle j’avais dit ne pas vouloir le rencontrer. J’ai hurlé tout ce que je pouvais, je lui ai dit les pires horreurs, j’ai vidé mon sac comme jamais je n’avais pu le faire.
Aujourd’hui, il est mort. Nous ne nous sommes jamais revus, après l’épisode où je me suis transformée en alien mutant. Vu sa réponse, vu son attitude entière tout au long de ma courte existence, je ne regrette rien. J’ai la fierté de ne pas m’être laissée faire, d’avoir dit ce qui n’allait pas. Si il n’a rien voulu ni changer, ni entendre, je n’en suis pas responsable.
Aujourd’hui, je ne te dirai pas que je ne lui en veux plus. Mais il est mort et j’ai la satisfaction d’avoir pris ma vie en main… et le soulagement de savoir qu’il ne reviendra plus.
Aujourd’hui, à ce sujet-là, j’ai avancé. Et j’en suis fière.
Quoi que tu choisisses, sois fière de toi : tout le monde n’a past pas le courage d’aller à la rencontre de son émotion brute, comme tu le fais. Quoi que tu choisisses, tu auras pris ta vie en main, et ça n’a pas de prix ( Comme dirait Melllie : prendre sa vie en main = priceless).
Antigone : Oui je suis sûre de le vouloir, il y a juste encore un petit quelque chose qui coince…
Georges : Ah les fantasmes… j’ai connu aussi (être la fille d’un marin qu’on a jamais connu c’est pas ridicule de romanesque, ça ?).
La vache, c’est vrai que nos histoires se ressemblent ; je suis désolée que cela ne se soit pas bien passé pour toi (mais l’essentiel c’est de ne pas avoir de regrets, hein ? Hold on !).
Et merci pour ton témoignage.
Miss Lili : Je ne sais pas si pour l’instant j’ai matière à être fière de moi ;-(
Je déteste me voir tergiverser comme ça. Mais il est fort propable que mon prochain départ en Argentine me décide…
Bon courage en tout cas, je ne suis pas dans la même situation mais je pense que même si la rencontre ne se passe pas comme tu l’as peut être espéré, elle sera quand même bénéfique pour toi….
Je suis en train de lire un bouquin d’une nana qui longtemps n’a pas su si son père était un médecin américain ou un rajah indien, le peu de personnes (dont sa mère) détenant la réponse ayant disparu de la circulation ou tout simplement n’étant plus de ce monde. C’est une autobiographie, par laquelle l’auteure nous délivre toutes ses tergiversations. Elle a répondu a une question que je me posait un jour sur les enfants qui n’avaient pas de parents ou pas toutes les réponses concernant leurs origine. D’après elle, les enfants qui savent, pendant l’adolescence peuvent envoyer balancer leurs origines, les renier ou les détester, bref se révolter tout simplement, mais que ceux qui ne savent pas n’ont rien contre quoi se rebeller, et donc se construisent sur des bases peu solides voire inexistantes. Alors je ne sais absolument pas ce que tu en penses, et tu dois être mieux placée que moi pour l’analyser clairement. Son cas est différent : elle n’a pas eu de famille adoptive concrète et aucun de ses parents ne l’a élevé, ce qui n’est pas ton cas… Ta mère t’a donné des réponses, même si c’est encore incomplet. Mais je crois que ne pas connaitre son père, c’est amplement suffisant pour être destabilisée au moment ou tu te construit. Juste, comme les autres l’ont dit, je crois que tu dois faire comme tu le sens mais que si ça doit t’aider pour avancer alors peut-être que tu devrais le faire…
@Ponine : quel beau témoignage! tiens-nous au courant de la suite… Dis-toi que nous venons tous au monde avec un “bagage”, tu sembles bien porter le tien.
Merci, à toutes les 3, c’est vraiment agréable de se sentir comprise… (Philiberte, “nous venons tous au monde avec un “bagage”, tu sembles bien porter le tien”… oh que c’est un joli compliment, merci ;-))) )
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Quand Ladies Room me laisse les clés Première journée de rédaction en chef pour Laurie et de beaux articles en perpective !
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
Doc BBC #18 : Boenbotte, un ami qui nous veut du bien… Docteur Britbrit Chérie remonte les bretelles d'une Lady et vole à la rescousse de Boenbotte !
J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...
Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...
Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...
Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...
C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...
Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...
C’est normal de se protéger, ça peut être très marquant une rencontre qui ne se passe pas bien. Parce que, mine de rien, on espère toujours que quelque chose de chouette, d’inattendu se produise. Fais attention à toi et demande toi si tu as vraiment vraiment envie maintenant de confronter l’imaginaire à la réalité, en tout cas prépare-toi bien. Bon courage!