Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

22. mai 2012

Mot de passe oublié

Louise

Parfois, il arrive que, mĂŞme pour des personnes comme moi, Louise Wintour, la journĂ©e ne se passe pas tout Ă  fait comme on l’avait prĂ©vue. Et pourtant, tout aurait dĂ» ĂŞtre pour le mieux dans le meilleur des mondes, mon emploi du temps ayant Ă©tĂ© soigneusement minutĂ©. Mais c’Ă©tait sans compter quelques petits imprĂ©vus de dernière minute.

lunettes.jpgTout a commencĂ© par une erreur du coursier. Celui-ci, chargĂ© par les maisons Dior, Chanel, Valentino et Armani, de livrer les tenues que j’avais choisies de porter pour assister aux dĂ©filĂ©s de mode de la journĂ©e, s’est tout simplement trompĂ© d’adresse. J’ai donc dĂ» envoyer mon assistante personnelle m’acheter quelques vĂŞtements dans la boutique la plus proche de l’hĂ´tel, me condamnant ainsi Ă  porter un total look griffĂ© Monoprix, 100% pur polyester.

Mais mon humiliation ne s’est pas arrĂŞtĂ©e lĂ  puisque mon assistante a eu l’idĂ©e lumineuse de se faire renverser par un bus alors qu’elle revenait Ă  l’hĂ´tel avec mes paquets. MalgrĂ© ses trois petites fractures ouvertes de rien du tout, j’estimai qu’elle Ă©tait tout Ă  fait apte Ă  remplir sa tâche, mais les pompiers en dĂ©cidèrent autrement. Au moins, mon assistante eut-elle la prĂ©sence d’esprit de ne pas saigner sur les sacs de vĂŞtements.

A cela, il faut encore ajouter la panne survenue Ă  la limousine qui m’avait Ă©tĂ© allouĂ©e par Ladies Room afin de faciliter mes dĂ©placements dans la capitale. Le chauffeur m’appela sur mon portable pour m’avertir de ce regrettable incident et m’annoncer qu’aucune autre berline de luxe n’Ă©tait encore disponible en cette pĂ©riode de Fashion Week. Il fallut donc que, moi, Louise Wintour, je descende dans la rue hĂ©ler un taxi. De plus, aucun taxi n’ayant daignĂ© s’arrĂŞter, je dĂ»s me rĂ©soudre Ă  prendre le mĂ©tro.

Pour assister aux shows de mode, j’ai Ă©tĂ© obligĂ©e de plonger, seule, sans assistante et vĂŞtue de Miss Helen, dans les entrailles sales et puantes de Paris. Quelle dĂ©chĂ©ance pour moi qui porte le nom de Wintour ! Tous ces ĂŞtres vils, laids et vĂŞtus de guenilles, qui empruntent chaque jour le mĂ©tro, je les ai enfin (pour ne pas dire hĂ©las) croisĂ©s. Quelle diffĂ©rence avec mes relations habituelles si raffinĂ©es du Ritz ou du Plazza AthĂ©nĂ©e ! Mon Dieu, j’en ai encore des frissons Ă  leur simple Ă©vocation.

Finalement, j’ai rĂ©ussi, non sans mal, Ă  arriver devant l’entrĂ©e de l’Ecole Nationale SupĂ©rieure des Beaux-Arts, sur les quais de Seine, ou avait lieu le dĂ©filĂ© Automne - Hiver 2008 - 2009 de Junko Shimada. Je me suis prĂ©sentĂ©e au physio mais il ne m’a pas reconnue. Vous rendez-vous compte de l’affront ? Certes les vĂŞtements que je portais Ă©taient sans commune mesure avec ceux que je revĂŞts habituellement, mais il aurait dĂ» reconnaĂ®tre mon charisme, ma classe, ma prestance, mon aura. Je n’ai cependant pas voulu faire d’esclandre et ai prĂ©fĂ©rĂ© garder mon venin pour plus tard : je serai sans pitiĂ© quant Ă  la collection.

Une fois entrĂ©e dans la salle, j’ai bien sĂ»r refusĂ© de m’assoir près des rĂ©dactrices des Vogue, Vanity Fair et autre Harper’s Bazar. Louise Wintour de Ladies Room, c’est quand mĂŞme autre chose !

Je ne me mĂ©lange pas Ă  ces gens lĂ . J’ai prĂ©fĂ©rĂ© rester debout. J’ai ma fiertĂ© moi, Madame ! Par chance, j’ai rĂ©ussi Ă  ma glisser juste Ă  cĂ´tĂ© des photographes, Ă  l’endroit ou les mannequins posent, face Ă  une sorte d’immense boite en papier craft qui semble renfermer des tas de mouches et moustiques Ă  en croire la bande son : des milliers d’insectes bourdonnaient Ă  mes oreilles.

Les mannequins dĂ©chirent plusieurs feuilles de papier kraft pour se libĂ©rer de cette boite, tels des chrysalides se transformant en papillons. Le coiffeur s’est visiblement inspirĂ© de la coiffure d’Amy Whinehouse pour reproduire sur la tĂŞte des jeunes filles des cocons.

  • junko_shimadaf0804_ci.jpgL’extrĂŞme maigreur des mannequins, associĂ©e Ă  de somptueux pulls boule noirs en mousseline et mohair accentue l’aspect insecte, qui inspire largement les crĂ©ateurs japonais puisque la grande AnaĂ© Mori avait dĂ©jĂ  fait du papillon son symbole, mais il est vrai que la culture japonaise fait la part grande aux petites bĂŞtes. Les mannequins dĂ©filent vite.
  • junko_shimadaf0815_ci.jpg Ça et lĂ , des imprimĂ©s psychĂ©dĂ©liques rose pâle et vert menthe Ă  l’eau, des jupes crayon en mousseline noire laissant deviner des portes-jaretelles Ă  noeuds roses, des cols semblant venir tout droit du dressing de la belle-mère de Blanche-Neige, des tailleurs aux basques aussi acĂ©rĂ©es que les mandibules d’une mygale, un petit haut brillamment travaillĂ© rose shocking.
  • junko_shimadaf0803_ci.jpgUne mode colorĂ©e et sexy pour une femme qui se revendique fatale, une femme prĂŞte Ă  dĂ©vorer les hommes, telles la mente religieuse. Imaginez les pattes du mâle qui se cassent quand la femelle le dĂ©vore. Vous ressentirez la mĂŞme impression que le public lorsque l’un des très jeunes mannequins, transformĂ© le temps du dĂ©filĂ© en colĂ©optère ou autre diptère et juchĂ© sur des escarpins vertigineux, est tombĂ© : la vision de ses chevilles et de ses jambes, fines comme des pattes de mouches, se tordant et semblant se briser comme du verre, a arrachĂ© des cris de douleur Ă  la foule. La femme de Junko Shimada s’est bel et bien muĂ©e en insecte sous nos yeux Ă©bahis : la fiction a rejoint la rĂ©alitĂ©. On n’en demandait pas tant !

Ce show fĂ»t une parenthèse enchantĂ©e. HĂ©las, les tracas recommencèrent sitĂ´t le dĂ©filĂ© terminĂ©. Alors que je me prĂ©cipitais pour passer backstage et embrasser Junko (les crĂ©ateurs se sentent toujours extrèmement flattĂ©s d’ĂŞtre saluĂ©s par la grande Louise Wintour), je n’ai guère rĂ©ussi qu’Ă  trouver, non pas l’entrĂ©e des coulisses, mais la porte des toilettes. Cette fois, j’Ă©tais vraiment au fond du trou !

C’Ă©tait Louise Wintour, en direct de la fashion Week, pour Ladies Room International Corporated United from Paris.

 

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Derniers commentaires

 

Bien racontĂ© manque juste 1 ou 2 photos mais c’est peut etre interdit


Tous les comptes rendus des defiles parlent de la maigreur des mannequins.

Je pensais qu’il y avait eu une prise de conscience de ce probleme mais ca n’en a pas l’air.


 

meregrand: aucune prise de conscience Ă  ce sujet d’après moi, rien ne s’est arrangĂ©…


Heureusement qu’il ne pleuvait pas parmi tout tes dĂ©boires histoire de ne pas faire frisotter tes cheveux soyeux ;)


 

> meregrand : je prĂ©fĂ©rais bien observer le dĂ©filĂ© plutĂ´t que de passer mon temps Ă  essayer de faire une photo comme le fit la jeune japonaise derrière moi. Ceci dit, heureusement qu’elle avait son appareil photo qu’elle tenait Ă  bout de bras, car, Ă©tant petite et mal placĂ©e, elle n’a pas rĂ©ussi Ă  voir un seul des mannequins.


> PhotoFilm : certes il ne pleuvait pas mais n’ayant pas ma zibeline, j’ai beaucoup souffert du froid !


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