
Le week-end a passé vite. Lundi matin, le réveil sonne. Nous y voilà .
- Vous n’allez pas me croire, je ne me suis pas posée LA question avant d’y être confrontée, à savoir : comment je m’habille ? A 7 heures 30, j’avais essayé la totalité de ma garde robe, pour revenir, comme il se doit, à mon premier choix : de l’authentique Zara-HetM collection 2007.
- En me rendant au défilé, je songe que je serai, à n’en pas douter, le représentant le plus abouti du degré zéro de la fashion : pas un accessoire, pas même une montre ou une petite barrette. Le no look total. Oh, et puis zut ! Tout le monde le sait : « less is more ». Voilà . Moi aussi, je suis à fond less is more.
- 9h30. J’arrive devant l’entrée. Un doute m’assaille : il y a cette histoire des deux files, vue dans « la mode la mode la mode ». En gros, il y a la file avec carton où on est placée ET assise (celle où il faut être, donc, sinon t’es juste un rebut de l’humanité) et celle avec carton non placé où tu restes debout et c’est la honte. Ça prouve que tu es la plèbe de la fashion et entre nous, mieux vaut changer de métier que de subir une ignominie pareille. C’est donc avec un frisson d’effroi que je regarde alors le mien, de carton et là , je vous prie de croire que c’est la classe internationale, parce que j’ai une place assise. Ben ouais.
- De toute façon, j’ai toujours eu horreur des privilèges.
- Le défilé, of course est en retard. Ça, je m’y attendais : dans certaines sphères (dont je ne fais malheureusement pas partie parce que je me défends bien, question retard), le retard est une question d’art de vivre.
- Heureusement, un autre plébéien m’accoste. En anglais. Ça tombe bien, je suis très d’humeur anglaise. Hyper envie de parler anglais. Sauf que là tout de suite, ça ne veut pas vraiment sortir. Je baragouine des choses dépourvues de sens et c’est très gênant. J’avais juste un tout petit peu oublié que je n’avais pas parlé un mot d’anglais depuis la terminale et que la terminale remonte à un nombre d’année trop important pour être mentionné sans que s’en suive un torrent de larmes. Au bout de quelques minutes, mon compagnon, chinois, me lâche en parfait français : non mais on peut parler français. Je suis mortifiée de devoir reconnaître que oui. Je préfère.
- J’écoute parler mon nouvel ami plébéien (quoi que moins plébéien que moi, il est au deuxième rang, lui) et c’est rigolo parce que j’ai revu les Poupées Russes hier soir. Et dans le film, il y a une mannequin qui parle français avec un drôle d’accent, comme si on lui avait mis une balle de ping pong dans la bouche. Et ce garçon là parle comme ça.
- La salle se remplit. Je regarde autour de moi. Les gens sont beaucoup, mais alors beaucoup moins fashionistiquement extravagants que ce que j’aurais pu penser. Pour être honnête, j’ai même envie de dire à certains d’entre eux : dis mon pote, tu sais, « less », parfois, c’est juste « less » et que bordel quand on bosse dans la mode, merde quoi, on fait un effort. Et puis je me dis que si ça se trouve, c’est juste mon œil qui n’est pas aiguisé et que je ferais mieux de me taire. Puis je me rappelle comment moi je suis habillée et ça confirme mon intuition première: ferme-la, ma fille.
- Tiens, je viens juste de me rendre compte qu’il y a zéro people. A part moi, je veux dire.
- Tiens, les lunettes de soleil en lieu sombre sont toujours un élément fashionistique de premier ordre. Mais tout de même, comment il va faire, le monsieur, pour bien voir le défilé ? Aucun sens pratique ces messieurs de la mode.
- Vous savez quoi, ben je trouve les hommes nettement mieux habillés que les femme. Je ne sais, pas, mais quel que soit leur look, je les trouve bien sapés. Bon, évidemment, le fait qu’il y ait ici 70% de japonais et qu’en règle générale, les hommes japonais me font littéralement chavirer (toujours pas sortie de sa période manga, la fille) y est peut-être pour quelque chose.
- On tente de m’aborder.
_ Do you speak english ?
_ No. (comme ça, les choses sont claires)
- Ahhhhh, mais j’étais hypermauvaise langue tout à l’heure, y’a à fond du people : je viens de croiser Gaspard Ulliel. Beau, grand, sûr de lui. Comme à la télé, quoi.
- Le défilé n’a toujours pas commencé. Je caresse ce joli carton d’invitation et je repense au cirque que j’ai fait à l’attachée de presse, tout à l’heure, pour garder mon carton parce que-eu-eu-eu-eu c’est mon premier défilé. Elle a eu pitié et me l’a laissée. Non mais c’est vrai quoi ! J’allais pas abandonner comme ça LA preuve tangible de ma présence à un défilé de mode, non plus.
- Voilà . La musique devient très très très forte. Les lumières se font plus violentes. Et hop, c’est parti. Tout le monde se tait. Les journalistes ont l’œil collé à l’objectif de leur appareil. Et les gens du premier rang ont l’air de s’ennuyer à crever (exactement comme quand on les voit à la télé dans Habillés pour l’hiver). Ça commence.
- Ahhhhhh ! merdre, merde, merde, comment je peux Ă la fois regarder ET prendre des photos ?
- Hééééé… mais ce manteau, là , le bleu, canon, ça ! Je veux ça moi ! Elle peut pas refaire un petit tour de piste la demoiselle pour que je revoie mieux ? Et…. Et cette petite robe là … rhooo, c’est joli ça.
- Bon, les mannequins ont l’air d’avoir les cheveux gras. Si je n’étais pas absolument certaine que ce soit un effet stylistique désiré voire souhaité, voire exigé par le coiffeur, voire peut-être même le créateur, je leur recommanderais quand même un petit coup de peigne à ces filles par ailleurs fort jolies.
- Fort jolies… mais maigres. Mon Dieu. Tellement maigres. Sans vouloir tomber dans le politiquement correct parce que moi, au départ, j’adore les filles maigres, les physiques un peu faméliques, tout ça. Mais là , désolée, je ne me rendais pas compte de ce que ça donnait en réalité. Tout à coup, de près et vu en vrai, je dois bien dire que le corps de ces jeunes filles ne me fait pas rêver.
- Mais alors ce qu’elles ont sur le dos… Carrément. Presque tout me plait. Et je pense même à certaines de mes amies sur qui je verrais bien telle ou telle tenue.
- Et… euh, ça se passe comment pour commander ? Vous acceptez les cartes de crédit ? Do you accept credit card ? (comme quoi, l’anglais perdu, n’est pas siiiii perdu que ça quand il s’agit de choses importantes)
- C’est rigolo, on entend rien qu’au bruit que font les déclencheurs des appareils photos, les tenues les plus plébiscitées. J’aime bien l’ambiance qui règne ici, pendant les quelques minutes que dure le défilé.
- Tout le monde est concentré.
- Dernière tenue. Applaudissements, salve n°1 : toutes les filles défilent. Certaines tenues sont décidément très très chouettes.
- Applaudissements, salve n°2 : double ration pour le créateur. Standing ovation, tout le monde se lève.
- Ah non, pardon, tout le monde s’en va, en fait.
- Clap final. Une fois de plus, merci Ladies :)
* Anne Humbert, rédactrice en chef de Ladies Room à qui je dois d’être allée à ce défilé. Merci Anne, c’était très chouette
posté le 27/02/2008 | 1634 vues | 4 commentaires | tags: atsuro tayama fashion week défilé Silhouette
C’est toujours trop court, quelques minutes et puis s’en vont. Il faut alors attendre la prochaine saison!
PĂ©pite2Choco : ah lĂ lĂ , j’adore MarithĂ© & François Girbaud. Et comme tu le dis, c’est vraiment trop court, un battement de cils et c’est dĂ©jĂ fini :)
AnneNYC : Oui, c’est vrai, j’ai trouvĂ© ça beaucoup trop court aussi :)
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Moi je suis en backstage et j’habille. De l’extĂ©rieur, tout parait parfait et bien calculĂ©, mais en coulisses c’est la grande panique, on se marche dessus, tout se joue a quelques secondes près, c’est l’arrache totale et un stress immense pour tout le monde.
Sinon je confirme : les mannequins sont archi maigres, ont le cul mou et tombant tout bourrĂ© de cellulite… Finalement on se dit qu’on a rien a envier. Mais dès qu’elles sont habillĂ©es, malheureusement ça change la donne et on en ressort bourrĂ©es de complexe..