Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

22. mai 2012

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lanneedelamoustache

Où l’on se sent floué et ravi de l’être: Lost

Lost : saison 03-épisode 20. The man behind the curtain.
La tension narrative est à son paroxysme. Benjamin Linus, alpenstock au poing et sac en bandoulière au flanc, gravit les derniers mètres qui le séparent du haut de l’éminence. Il se retourne vers John Locke et l’envisage longuement avec cet air mi-torve mi-fou qui fait tout le personnage:
« Etes-vous vraiment sûr de vouloir faire ça ? Une fois que nous serons entrés, il sera trop tard. »

En guise de réponse, Locke s’approche à le frôler et porte son regard en direction de la cabane en bois qui se dresse derrière lui avec un air de défi.
« Ainsi soit-il, conclut Linus. »
Alors, nous y voilà, me dis-je. C’est le moment.
Ben frappe à la porte.
«Jacob ? Je suis avec John Locke. Nous allons entrer. »
Le sort entier de la série est suspendu à cette scène. Cette fois-ci, les scénaristes ne vont pas pouvoir se défiler. A l’instar de John Locke je peine à dissimuler ma jubilation. Plus de tire-laisse ni de cliffhanger. Cette fois-ci, c’est sûr, c’est l’heure de recevoir le salaire pour notre patience infinie : trois longues saisons dans le noir à n’entraver que couic. Jacob détient la clé de tout, il est le guide des « autres », il peut élucider le moindre des mystères de l’île, son étrange pouvoir de guérison, la black smoke, les apparitions, les murmures, la statue aux quatre orteils, l’initiative Dharma, Mittelos Bioscience, les hostiles…
Ben pénètre prudemment dans la cabane. Il y règne une pénombre difficile à percer. Locke entré à sa suite semble fouiller des yeux le moindre recoin. Son regard s’attarde sur un tableau représentant un chien (Vincent ?) avant de poursuivre son inspection scrupuleuse de la pièce. Linus s’est approché d’une chaise qui semble vide.
« Je ne voulais pas, dit-il. C’est lui qui a insisté. »
Locke plisse les yeux pour tenter d’apercevoir la personne à qui Ben s’adresse de la sorte. Mais rien. Nib. Nada. Que dalle. Sinon cette chaise ostensiblement vide.
« Vous êtes complètement fou, dit-il. Il n’y a personne ici.
- Comment ? demande Linus. Vous ne parvenez pas à le voir ?
- Vous croyez réellement qu’il y a quelqu’un dans cette chaise ? rétorque Locke, abasourdi.
Vous êtes complètement fou.
- Je ne crois pas. Je SAIS qu’il y a quelqu’un. Et je regrette que vous soyez trop borné pour le voir.
»
Aaarrrgh. Non, ce n’est pas possible, me dis-je, pas ça, ils n’auraient pas osé ! Ainsi, ce ne serait que ça, Lost ? Les délires psychotiques d’un manipulateur de génie ? Pas de Jacob, alors ? Juste un Benjamin Linus malade mental et avide de pouvoir? Les « autres » ne seraient donc qu’une secte d’illuminés prêts à se vendre au premier mandarom venu ?
Et après tout, pourquoi pas ? Certes nous aurions été floués, mais bellement floués. Avec la manière. Après tout, quelle maestria et quelle chute! La mythologie massacrée en deux sets, le fantastique balayé d’un revers de main, les théoriciens les plus pointus de la série renvoyés à leurs chères études. Tout Lost dans la paume de ce dégénéré machiavélique de Linus.
Et puis en fait, non. Ce n’est pas encore cela.

La scène s’emballe, les objets volent dans la pièce comme mus par télékinésie, Locke entend une voix qui l’appelle au secours, une ombre fugace est aperçue sur la chaise (ainsi il y aurait donc quelqu’un ou tout du moins quelque chose), un incendie se déclare, nos deux protagonistes s’enfuient de la cabane en courant.
« Qu’est-ce que c’était que ça ? demande Locke, en reprenant haleine.
- Ca ? reprend Linus avec un sourire sardonique à te donner des envies de meurtre. C’était Jacob ».
C’était surtout ce cher vieux Lost, ai-je envie d’ajouter. Du grand foutage de gueule et du grand art à la fois ou comment se sentir floué tout en tirant son chapeau aux scénaristes, aux réalisateurs et aux acteurs.
En fin de compte je me demande si le prétexte véritable du projet n’est pas de mener une gigantesque expérience de manipulation sur les spectateurs de la série. Je me dis parfois que les ours polaires, Adam et Eve, le hatch et l’effet cage de Faraday, les Dharma et les natifs ne sont peut-être que les éléments d’un folklore destiné à nous endormir et les aventures de nos héros de simples contingences.

Après tout, les scénaristes ont semé quelques indices en ce sens. Souvenez-vous, dans l’épisode « question mark » de la saison 2, John Locke voyait ses convictions ébranlées par la découverte de la station Pearl et d’une bande vidéo expliquant que le but de celle-ci était d’observer le comportement des occupants de la première trappe croyant devoir sauver le monde en appuyant régulièrement sur un bouton d’ordinateur dans le cadre d’une expérience psychologique. Et notre brave Mr. Ecko (trop vite disparu à mon sens) de semer à nouveau le doute dans son esprit à quelques épisodes de là en lui soumettant l’idée que les cobayes de l’expérience n’étaient peut-être pas ceux que l’on croyait et qu’en définitive c’étaient peut-être les occupants de la station Pearl eux-mêmes les véritable sujets de l’expérience…
Avec une saison 4 qui démarre à cent à l’heure, le coup de génie des flash forward et deux autres saisons de prévues avant le dénouement final, nul doute que nous ne sommes pas au bout de nos surprises et que nous allons encore valser au gré des scénaristes.
Alors, Lost horripilant, Lost aux ramifications complexes, parfois illisibles, Lost qui se traîne, Lost qui joue avec nos nerfs, oui. Mais Lost qui confine au chef d’œuvre.

 

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Derniers commentaires

 

je suis complètement lost avec cette série… … …


 

Pfff….j’ai beau relire, suis encore plus paumée.

Sinon j’avoue j’étais morte d’ennui à la saison 3, je revis à la 4. merci le flashf orward, je crois…mais mince qui a survécu, nous n’en avons que 5, il en manque 3 , si mes calculs sont bons ;-)


 

Euh, dites, équipe Ladies Room, c’est une blague, non, le coup de la bannière anti-spoiler? Je veux dire, ce n’est pas comme si la saison 3 était inédite en France. Elle a quand même été diffusée cet été sur TF1…


A ce compte là, si je vous dis qu’Huggy-les-bons-tuyaux est un ancien proxénète, j’aurais également droit à un petit bandeau dans le style: “attention, cet article révèle des informations importantes sur la série Starsky et Hutch?”


Moi j’avais cru comprendre qu’un spoiler, ça concernait des épisodes pas encore diffusés et non l’ensemble de la création artistique depuis l’aube de l’humanité… Non, parce qu’à ce train là, avec l’équipe Ladies Room au ministère de l’éducation nationale, je ne donne pas cher du programme de lettres. Vous imaginez, à l’entrée de la classe, un petit écriteau annonçant: “attention certaines info de la chartreuse de Parme sont révélées dans ce cours”? ou encore “attention spoiler: dans cette classe on vous dira tout sur les Illuminations de Rimbaud”?


Ce n’est pas très sérieux, quand même…


 

ah ah merci pour cette description de la fameuse scène…j’ai eu l’impression de la revoir !!

j’adoooore cette série. là je n’ai pu voir que les 2 premiers de la saison 4…

Les scénaristes ont aussi laissé des indices comme quoi l’ile serait le paradis - ou plutôt l’enfer. C’est le père de Locke qui lui dit ça.

et vu qu’on voit pas mal de morts revenus, et que l’avion a en fait été retrouvé au fond de l’océan (???) j’aimais bien cette idée..


 

@Kim:

Oui, séduisante aussi l’idée du purgatoire. Mais les scénaristes ont formellement démenti toutes ces théories. Les “losties” sont bel et bien vivants.


 

Ah ? bon..


 

mais pourquoi ont-ils trouvé l’avion au fond de l’océan, alors que les restes sont sur l’ile !ah ça y est , ça va me turlupiner !

autrement, l’acteur qui fait Ben est assez exceptionnel.

(j’aimais bien quand on ne savait pas s’il faisait partie des “autres” ou si son histoire était vraie…ça me travaillait pas mal !)


 

Suis d’accord pour l’acteur qui fait Ben. Il rend son personnage tout à fait fascinant. La série, d’ailleurs, repose de plus en plus sur ses épaules. En un sens rien n’a vraiment changé depuis l’époque où il jouait à être Henry Gale, explorateur en ballon égaré sur l’île. On se sait toujours pas si c’est un gentil ou un méchant, c’est à dire quelle est la vraie nature de son dessein et des relations à l’île. Je me souviens encore de son dialogue avec Jack à la fin de l


Pour le reste, l’avi


 

Je me souviens encore de son dialogue avec Jack, disais-je avant d’être coupé par une faute de frappe ayant entraîné le post prématuré de mon commentaire, à la fin de la saison 2:


“who are you people? Lui demande Jack.

- We’re the good ones, lui répond Ben.”


Pour le reste, l’avion, tout ça, c’est comme d’hab’. On est lost.


 

Je suis tout à fait d’accord, ce personnage est fascinant, et excelle dans l’art de la manipulation. il est de loin le plus intéressant de la série !

quant à Jack, il m’énerve sous ses airs de premier-de-la-classe parfait


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