Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

03. septembre 2010

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Pourquoi toutes les familles sont psychotiques

holgaheart.jpgAu moment où Douglas Coupland a couché sur le papier le titre de son livre sorti en 2001, il n’en soupçonnait probablement pas toute la véracité. Au lieu de lire la bible et les best-sellers d’Oprah Winfrey, Britney Spears aurait peut-être dû lire le roman de l’écrivain canadien pour se rassurer quant à sa famille disjonctée.

Entre les gens qui disent que leur famille les empêche de vivre, qu’elle leur pompe l’air, qu’elle est envahissante, et ceux qui souffrent de ne pas en avoir, les quelques rares personnes à certifier qu’ils ont une famille formidable ne seraient-ils pas des éternels optimistes ? Bien sûr, la famille n’est pas inéluctablement source de frustration, mais toute famille a indéniablement son quota de loufoque.

Névrose, maladie mentale, paranoïa, tyrannie, dépression, culpabilité, tempérament suicidaire, la famille est un foyer à troubles psychologiques, un magma générateur de discordes. Le pourcentage de tracas et autres emmerdements quotidiens est bien plus élevé au sein de la cellule familiale que sur votre lieu de travail. Et pour cause : au boulot, les chances de pouvoir faire diversion sont grandes, tant que vous ne vous appelez pas Jérôme Kerviel. Vous avez toujours la possibilité de quitter votre job. A la maison, les problèmes ne sont pas forcément laissés à la porte : ils peuvent être derrière la porte.

Toute cette histoire de famille, ce n’est qu’une histoire de sang. Une fois que le sang s’en mêle, il y a quelque chose d’animal qui se réveille en chacun d’entre nous. Si vous croisiez votre sœur dans une soirée, elle ne deviendrait peut-être pas votre meilleure amie. Mais en tant que sœur, si quelqu’un s’en prenait à elle, vous pourriez en devenir fou de rage. On peut détester certains membres de sa famille, mais on ne coupe jamais vraiment les ponts. On continue à se voir à Noël et à s’engueuler au téléphone, et quand on ne se parle plus depuis des décennies, ce n’est pas comme si on arrêtait de parler à Elodie qui nous tirait les couettes et se foutait de notre gros nez en CM2. Cela se fait dans la douleur, parce qu’on devient empli d’une haine froide à tel point qu’elle nous devient insupportable. Une fois le cordon ombilical coupé à la hache, on y repense encore souvent, on se sent encore lié alors que les incompatibilités sont là pour en témoigner : si vous ne faisiez pas parti de la même famille, si vous ne partagiez pas ce même sang, vous ne vous serez jamais adressé la parole.

En famille, on peut se permettre d’être soi. On peut péter, faire des blagues de cul, être drogué, dire des choses scandaleuses, être dépressif au point d’avaler des lames de rasoir, aller en prison, avoir une maladie grave, et la famille existera toujours. Elle ne cessera pas de vous donner des nouvelles. Elle essayera de comprendre, de vous aider, ou peut-être pas, et alors bonjour les risques d’augmentation des psychoses personnelles.

Si vous n’avez pas de famille, c’est peut-être un coup du sort, ou le fait que vos ascendants étaient eux-mêmes trop psychotiques, mais le résultat est le même que pour les autres : vous ne vous en sortirez pas tout-à-fait indemnes. Car une fois mis au monde, tout se relâche – et je ne parle pas du sphincter de votre mère - mais du fait qu’invariablement vous devenez un tampon. On compte sur vous, et vous avez sur qui compter : une sorte de pacte tacite est mis en place, que vous soyez un accident ou que vous ayez vraiment été voulu, vous avez un rôle dans cette famille. Paradoxalement, on éprouve parfois une appréhension quant à ses avis. On veut qu’elle soit fière de nous, on cherche son approbation, la décevoir serait vraiment pénible à supporter. Pourtant il arrive que la famille nous surprenne et nous épate : incroyable mais vrai, elle sait accepter, expliquer, admettre, sans pour autant nous rejeter.

Et malgré nos plaintes et nos critiques, voudrait-on vraiment d’une famille parfaite, une famille cool à la papa et maman de Beverly Hills, unie et pleine d’amour à la Sept à la maison, sans histoire comme une chanson de Céline Dion ? Si les familles lisses étaient la norme, on n’aurait pas autant aimé Tom-Tom et Nana et Poil de Carotte, Little Miss Sunshine et Un Air de Famille n’auraient jamais eu le succès qu’on leur connaît, et Pink n’aurait jamais sorti « Family Portrait » en single.

Le bercail ne sera jamais un lieu simple. L’entourage proche peut être merveilleux, mais un cousin lointain viendra causer des soucis. Ou au contraire on peut avoir des problèmes de communication et de compréhension avec ses parents, et s’entendre parfaitement bien avec cette tante du côté maternel. Les relations avec nos proches, ou tout autre nom de notre arbre généalogique, peuvent être complexes, ardues, ou problématiques mais ça vaut le coup d’essayer. Le but, finalement, c’est d’apprendre à en sortir grandi.

 

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Derniers commentaires

 

J’ai aimĂ© ton article et je suis d’accord..il n’y a pas grand chose Ă  ajouter..sauf qu’avec certains membres de la famille (je parle de la famille agrandie, pas de la famille nuclĂ©aire, bien sur) les liens peuvent se dĂ©tendre au point de se rompre. Mon mari ne parle plus Ă  sa famille depuis la mort de ses parents, je ne parle plus Ă  certains membres de ma famille et parfois, ça ressemble Ă  une dĂ©livrance. La famille, il faut parfois la fuir pour survivre.


 

Patrimoine gĂ©nĂ©tique et culturel transmis de force, on se retrouve avec les nĂ©vroses et ou psychoses de nos parents, grands-parents et arrière grands-parents… Bref on part tous avec un sac plus ou moins lourd et c’est bien pour ça qu’il faut au maximum se dĂ©charger de ses gros cailloux pour Ă©viter Ă  nos futurs moufflets (si on dĂ©cide d’en avoir malgrĂ© cette lourde responsabilitĂ© qu’on leur impose) afin qu’ils puissent au plus vite sortir du nid sans trop se blesser.

bref. très bon article.

et effectivement, je ne voudrai pour rien au monde ĂŞtre brenda de beverly hills, je prĂ©fère 100 fois ĂŞtre dree van de camp dans desperate housewives quite Ă  passer par trahisons, mensonges et intrigues et doubles personnages, mais au moins c’est plus drĂ´le et passionnant !


 

j’ai aimĂ© moi aussi ton article et surtout j’ai eu Ă  peu près la mĂŞme discussion hier soir avec mon frère!

Lui a pris la dĂ©cision de se dĂ©tacher de cette famille pour ne pas en subir l’influence ou le pathos et reste donc (très) Ă  distance de tout Ă©vènement familial…moi j’ai fait le tri, je prends du recul et je ne garde que le meilleur.

Bref jamais simple une famille!


 

“Et cette mère est nĂ©vrosĂ©e, comme presque toutes les mères - et comme presque tous les pères. Rappelez-vous si vous devenez un père ou une mère : ils sont tous comme ça. (…) Et la famille est liĂ©e au corps (…) qui est votre mère ? ce n’est pas Ă  vous qu’elle a donnĂ© naissance mais Ă  ce corps qui va mourir. Votre mère ne vous a pas donnĂ© la vie, mais au contraire, elle vous a plutĂ´t donnĂ© une mort de plus” Votre père : idem. “Une fois que vous n’ĂŞtes plus identifiĂ© au corps, vous ĂŞtes coupĂ© de la famille, dĂ©racinĂ© (…) c’est pourquoi JĂ©sus dit : “le père sera contre le fils, le fils sera contre le père. Et je suis venu semer la confusion, diviser, crĂ©er conflit et friction” in. “L’Ă©vangile de Thomas”, commentĂ© par OSHO.


 

Je peux dire que je viens d’une famille complètement dĂ©jantĂ©e loin d’ĂŞtre parfaite mais très soudĂ©e et que je la remercie, parce que c’est ce qui fait ma personnalitĂ© aujourd’hui. Sans dĂ©conner ton article est vraiment top, bien Ă©crit, je valide complètement madame.

N’empĂŞche que tout ça me faire dire qu’un polichinelle dans le tiroir bah ça me fout pas mal les j’tons…


 

“psychotiques”, le terme est quand mĂŞme un peu fort au sens littĂ©ral…


 

Je suis d’accord avec Antigone, mais en mĂŞme temps, je me demande si le titre n’est pas un peu - un peu - second degrĂ©… Genre : “ma famille est psychotique, tu sais, ma mère est folle, mon père me sort par les yeux etc”, alors qu’en fait, ce sont des parents ni plus ni moins fous que tous les autres - sauf que ce sont NOS parents, ce qui les rend forcĂ©ment, Ă  nos yeux, plus nĂ©vrosĂ©s que les autres…

Un titre en forme d’hyperbole humoristique, finalement.

A moins bien sûr que je ne me trompe complètement.


 

Comme l’a soulignĂ© Menille, psychotiques ici n’est pas Ă  prendre au 1er degrĂ©, d’autant plus qu’il faire rĂ©fĂ©rence au bouquin culte de D. Coupland ;)


 

Très juste ton article. Il est important de ne pas subir les rapports avec sa famille, de savoir l’accepter tout en prenant sa place. Sinon on reproduit les mĂŞmes malentendus avec les personnes extĂ©rieures…


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