Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

22. mai 2012

Mot de passe oublié

jeb

Pourquoi faire simple quand on peut ne pas faire simple ?


Tracer des lignes de fuite. 

Les lignes de fuite sont bien connues des marins. Une définition très british de la voile est d’ailleurs à peu près la suivante : le moyen le plus cher, le plus lent et le plus humide pour aller d’un endroit où l’on est bien à un endroit où l’on a rien à faire.

Mésestimées, elles tracassent souvent de nombreux bloggeurs : la tentation de fermer son blog, de se forger de nouvelles identités, de passer à d’autres sujets quand le flot de la conversation finit par vous embarrasser ou vous ennuyer…

Moralité : toujours avoir une ligne de fuite à portée de main. Sinon, le risque est grand de passer sa vie à se cogner la tête contre les murs.

Se cogner la tête contre les murs.

L’exercice est dostoievskien. Il consiste à se rendre la vie impossible. Mais attention à ne pas le pratiquer en amateur.

Le principe de ce sport de haut vol est en effet de faire rigoureusement l’inverse de ce que l’on souhaite faire réellement. Sans quoi, il est toujours possible malheureusement d’avoir de bonnes surprises.

Un règle d’or donc : préférer les actes et les endroits d’autodestruction mûrement réfléchis. Ensuite, les contraintes arrivent toutes seules, comme par enchantement.

Accumuler les doubles contraintes.

La double bind est un concept très chouette, quoiqu’un peu systématique : “Face, tu gagnes. Pile, je perds.”

Une solution serait de se mentir à soi-même ou aux autres pour déjouer cette prophétie. Mais bon, en règle générale, lorsqu’on finit par se débarrasser d’une double bind de derrière les fagots, on finit toujours par tomber sur une autre double bind bien plus coriace qui surgit de derrière un buisson.

Si ces contraintes finissent par vous ennuyer, la dernière solution reste la transformation en courant d’air.

Devenir un courant d’air.

Le fantasme de l’invisibilité n’est pas nouveau. Celui de la disparition non plus. Dans la banalité de l’exercice mondain, la tentation est parfois grande de disparaître. De fuir le jugement du Monde pour devenir le balayeur et l’archéologue des mots échangés.

Ramasser ce qui reste, percevoir paisiblement l’agitation du monde et laisser les autres un peu exister sans vous.

Mais bon, à la longue, la vie de courant d’air devient lassante, quoique très reposante.

Rire malgré tout.

Une fois que l’on s’est bien fait mal, fait détesté, fait humilié, rien ne vaut une petite cure de fou rire.

Cela donne un peu de carburant pour continuer à rater sa vie avec méthode, enthousiasme et discernement.

 

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Quel beau texte, joliment philosophico-psychologique ;)


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