Elle s’appelle Sabina Spielrein, elle a Ă©tĂ© la patiente de Jung, alors que lui-mĂŞme Ă©tait un jeune mĂ©decin dĂ©couvrant la psychanalyse. InternĂ©e pour troubles graves (hystĂ©rie, anorexie), cette jeune femme russe devint son amante (lui Ă©tait mariĂ©, et attendait un enfant). Elle avait vingt ans, lui trente. GuĂ©rie (ça semble simple mais ne le fut pas tant) elle se forma en mĂ©decine (avec une thèse sur la schizophrĂ©nie) et devint psychiatre, c’est alors qu’elle se rapprocha de Freud (pour contrer la trahison de son amant, qui l’avait reniĂ©e elle, tout autant qu’il avait rejetĂ© l’influence de son père spirituel), les deux s’allièrent et c’est grâce aux travaux de Sabina que Freud Ă©labora le concept de “pulsion de mort”. Par la suite, de retour dans son pays natal elle soignera des enfants Ă problèmes ou dĂ©linquants grâce Ă la psychanalyse. Elle mourra (les avis divergent sur l’annĂ©e, sans doute en 1941) assassinĂ©e par les nazis, car juive.
Jusqu’au bout elle restera en contact Ă©pistolaire et amical avec Jung, lui vouant indĂ©fectiblement une profonde admiration. On suppose que le concept d’anima a surgi dans la psychĂ© de Jung sous les traits de Sabina.
Cette histoire est belle, mystĂ©rieuse Ă souhait… et, encore aujourd’hui, elle donne lieu Ă des polĂ©miques entre Ă©coles adverses (les freudiens, les jungiens).
Longtemps occultĂ©s, son influence, sa prĂ©sence, sa vie, son amour, ses travaux, ses lettres, furent dĂ©terminants… ils ont Ă©tĂ© mis en images dans le très beau film “l’âme en jeu”.
Voici, pour terminer quelques citations éclairantes trouvées sur ce site : http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RFP_664_1285
“En 1929, Freud fait cet aveu : « Je me rappelle ma propre rĂ©sistance Ă la conception d’un instinct de destruction quand elle se fit jour dans la littĂ©rature psychanalytique ; et combien j’y restais inaccessible. » En 1938, il confirme : « Après de longues hĂ©sitations, de longues tergiversations, nous avons rĂ©solu de n’admettre l’existence que de deux pulsions fondamentales : l’Éros et la Pulsion de destruction (les pulsions opposĂ©es l’une Ă l’autre, de conservation de soi et de conservation de l’espèce, ainsi que l’autre opposition entre amour du moi et amour d’objet, entrent encore dans le cadre de l’Éros). »
L’hypothèse d’une pulsion de mort, en 1920, dans « Au-delà du principe de plaisir », n’est donc devenue conviction que dans les œuvres tardives ; au terme d’un travail laborieux pour construire un modèle général de l’appareil psychique, modèle métapsychologique, incluant et dépassant celui que Freud avait élaboré à partir et pour les névroses de transfert.
Il est indĂ©niable que bien avant Freud, vers 1910, S. Spielrein a reconnu que la destruction joue un rĂ´le important dans la vie psychique et qu’elle est nĂ©cessaire aux transformations psychiques. Elle la considère comme partie intĂ©grante de la pulsion sexuelle, opposĂ©e Ă l’autoconservation”.
“Pour Spielrein, c’est la pulsion de destruction tributaire des besoins de l’espèce (se dĂ©truire pour laisser la place Ă l’autre) qui expliquerait qu’un individu se fait du tort, prend plaisir Ă sa souffrance, s’abandonne Ă l’autre, voire s’abĂ®me dans l’autre (y perde son moi). Federn relève que Spielrein explique le sado-masochisme par cette composante destructive, rĂ©fère la non-rĂ©alisation de la crĂ©ativitĂ©, qui s’exprime par une attitude ascĂ©tique, au plaisir originel de la destruction. Enfin, dit-il, pour elle, quand l’instinct sexuel insatisfait rĂ©gresse jusqu’au dĂ©sir incestueux, il prend la forme d’un dĂ©sir de mort, qui est dĂ©sir d’union avec la mère et de disparition en elle, et ne ferait que reflĂ©ter la puissance du dĂ©sir de vie. Plus gĂ©nĂ©ralement dans la nĂ©vrose, la composante destructrice l’emporte, et s’exprime par des rĂ©sistances Ă la vie et au destin naturel.”
posté le 30/01/2008 | 1367 vues | 2 commentaires | tags: sabina_spielrein_pulsion_de_mort_et_sexualité_lâme_en_j
ce lien marchera peut-ĂŞtre mieux :
http://image.ifrance.com/cinema/film/4/1/128514-1-elle-s-appelle-sabine.jpg
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la coĂŻncidence vient de m’apparaĂ®tre… entre le dĂ©but de mon article et le titre du film de Sandrine Bonnaire : “ELLE S’APPELLE SABINE”.
L’autre coĂŻncidence est que Sabina Spielrein a Ă©tĂ© internĂ©e, (mais, elle, soignĂ©e par le Dr. Jung et par l’amour… elle a guĂ©ri), enfin sa thèse de doctorat concernait la schizophrĂ©nie et Sabine Bonnaire est autiste!!!
Oui, c’est essentiel de rappeler le nom de ceux qui ont Ă©tĂ© oubliĂ©s, voire maltraitĂ©s, de parler de ceux dont on a fait taire la voix.
Voici son visage,
http://image.ifrance.com/cinema/film/4/1/128514-affiche-elle-s-appelle-sabine.jpg.
Merci Sandrine, de lui avoir redonné vie.