Il n’y a pas très longtemps, je ne sais plus qui dans les commentaires m’a dit : ouh là là , t’es trop nulle en photo, laisse tomber ça tout de suite, c’est pas pour toi. Un peu abrupt, mais franc. Et peut-être vrai, après tout.
Un peu plus tard, dans une autre discussion, toujours je ne sais plus qui (mais un autre je sais plus qui, hein, pas le même que la première fois), en regardant mes photos, a pris un air entendu pour me dire que si, si, lui qui savait repérer les talents à pfiouuuuu, des tas de kilomètres (au moins), avait bien vu en moi l’oeil de celle qui a l’oeil. Cette personne voulait aussi que je parle d’elle sur mon blog. Mais ça n’a rien à voir. Et puis, ne soyons pas défaitiste, il y a aussi ceux qui, laissent un petit mot sympa sur mon Flickr ou mettent l’une de mes photos en favori. Parce qu’il la trouvent jolie, tout simplement. Et qui, par ce petit geste infime, m’encouragent à continuer à mitrailler tout ce qui m’entoure à longueur de temps. Bref.
Pendant des années, j’ai vécu suspendue aux lèvres de tous ceux qui étaient assez charitables pour me donner leur avis. Autant vous dire que j’ai habité dans des montagnes russes en mouvement pendant longtemps, parce que s’il y a bien quelque chose d’inconstant, ce sont les avis des uns et des autres. Sans discernement, je me fiais, pour avoir une idée de ce que je valais dans tel ou tel domaine, à l’avis du dernier qui avait parlé. Sans tenir compte de ses compétences particulières à porter un jugement sur le sujet, ou de l’intérêt que je portait à l’avis de cette personne parce que j’en étais plus ou moins proche. Non, non, je faisais feu de tout bois. Un voisin m’assurait, parce que je venais de lui lire un poème de ma composition, qu’à n’en pas douter, j’étais un génie (ou le contraire d’un génie)? Je m’en remettais à son jugement sans hésiter. Jusqu’au prochain jugement d’une prochaine personne et ainsi de suite. Un jour, la vie était belle et j’étais promise à un avenir génial, le lendemain, j’aurais aussi bien fait de me jeter sous un pont parce que de toute façon, c’était sûr, je n’arriverai jamais à rien.
Et puis bon, disons les choses telles qu’elles sont : j’étais ado et je pense que le côté “Ô rage, Ô désespoir n’était pas pour me déplaire”. Sauf que j’ai été ado longtemps, c’est un peu le souci.
Tout ça pour dire que c’est avec cette histoire de photo que j’ai compris que j’avais un tout petit peu grandi. Parce que je n’ai pas été foudroyée de chagrin en lisant le commentaire désapprobateur du “je ne sais plus qui n°1″ et que j’ai su garder ma lucidité en écoutant les compliments du “je ne sais plus qui n°2″. Parce que je crois commencer à discerner un avis d’un jugement (à bientôt 30 ans, vous allez me dire, il était plus que temps). Et plus encore, que je crois commencer à savoir discerner un avis qui a du sens et qui va me faire avancer, d’un avis lancé uniquement pour meubler la conversation.
Parce que même si les opinions que l’on formule ne sont pas toujours celles que j’aimerais entendre, elles ne me paralysent plus, ne me donnent plus envie de tout arrêter. Parce que je commence à savoir ce que j’aime et que j’ai bien compris qu’il n’était pas utile de chercher à convaincre les autres de venir se promener avec moi, dans ce petit monde où j’aimerais les emmener. Parce que ce qui en fait la valeur, c’est qu’ils viennent deux même. Et ce qu’il y a de génial, justement, c’est que parfois, ça marche : certains s’approchent d’eux-mêmes. Parfois non, mais ce qui compte, c’est de faire les choses à sa façon, dans le sens que l’on croit être le bon, avec la vision que l’on n’a des choses et qui, en réalité, n’est jamais bonne ou mauvaise et qui n’est jamais qu’un point de vue.
Ce matin, j’ai photographié ma nouvelle théière dorée. Et j’ai trouvé que la photo s’accordait bien avec cette autre, prise avant hier soir (c’est le reflet de mon lustre dans la vitre qui donne cette impression que le lustre est suspendu dans l’air). Je les ai mises ensemble et j’ai trouvé ça joli. Quand je la regarde, même si mon sens critique me hurle mille et mille petite choses pas vraiment complaisantes et même si je sais qu’il me faudra des années pour commencer à commencer d’obtenir ce que je voudrais être capable de faire… je me dis que non seulement c’était un moment agréable de prendre cete photo, chercher la lumière, le cadre, tout ça, mais le résultat… eh bien oui, je dois le reconnaître, le résultat correspond à ce que j’aime. Le résultat, oserais-je le dire, me plait. Et quelle que soit la valeur réelle de cette photo, je me félicite de n’avoir pas écouté le “je ne sais plus qui n°1″.
posté le 26/01/2008 | 1234 vues | 2 commentaires | tags: hobbie goût art Culture photo
Très chouette reflexexion, toute personne un peu tardive et sensible passe par ce genre de doute. Les expĂ©riences et la force de caractère nous forgent contre ces avis devastateurs ou encenceurs. Après il reste ce qu’on appel la première impression, sa attise notre curiositĂ© ou pas, sa peux nous rappeler quelque chose, nous distraire, donner une idĂ©e. A savoir qu’il y en aura pour tout les gouts.
La photo de ta thĂ©ière sort tout droit d’un Cuisine & Vin de France ou House & Garden.
C’est quoi l’adresse de ton flick-r ?
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Je ne dirais pas si tu es un gĂ©nie ou son contraire: la photo avec la thĂ©ière me plaĂ®t…Elle attise ma curiositĂ© et me donne envie de voir plus nettement dans le reflet…Et l’autre photo m’intrigue: tu as des fantĂ´mes chez toi?