Tic tac. Comment en suis-je arrivée là ? Tic tac.
Avant, j’Ă©tais tranquille. Tic tac.
Avant, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tic tac.
Et puis, j’ai rencontrĂ© Alex, en 1991, j’avais dix huit ans. Tic tac.
Ma vie a changé. Tic tac. Doucement. Tic tac. Sournoisement. Tic tac.
Pendant la semaine, je vivais ma vie d’Ă©tudiante cĂ©libataire en province, tic tac, et je rejoignais Alex Ă Paris le week end. Tic tac. Tout allait bien. Nous faisions des projets d’avenir, tout doucement, Ă notre rythme : tic tac. Cela a durĂ© cinq ans. Tic tac.
Et puis nous nous sommes mariés et nous nous sommes installés à Paris, tous les deux. Tic tac. Nos études terminées, le rythme ne changea guère : tic tac. Nous prenions toujours notre temps : le temps de vivre, tic tac, de profiter de nous, tic tac, le temsp de nous installer confortablement dans un nid douillet vraiment à nous : tic tac, une petite signature chez le notaire. Tic tac.
Ce rythme nous convenait parfaitement mais semblait dĂ©plaire fortement Ă notre famille. Tic tac tic tac. “Quand allez-vous faire un bĂ©bĂ© ? ” Tic tac tic tac. “Nous avons envie d’ĂŞtre grands-parents !” Tic tac tic tac. “Louise est stĂ©rile, n’est-ce pas ?” (Ce sont toujours les femmes qui sont stĂ©riles ! ) Tic tac tic tac. Ce rythme me donnait le tournis Ă chaque fois, alors je freinais des deux pieds pour retrouver un tempo plus adaptĂ© Ă mon caractère et Ă mes envies. Tic tac. Ouf, ça va mieux. Tic tac. Ecoutez cette douce musique : tic tac.
Et puis un jour, j’avais vingt neuf ans, sans comprendre tout d’abord ce qui se passait, le rythme s’est accĂ©lĂ©rĂ© brutalement sans que ce soit la faute de mon entourage. Tic tac tic tac tic tac. Ca allait de plus en plus vite, de plus en plus fort. Tic tac tic tac tic tac. Je ne controlais plus rien. Tic tac tic tac tic tac. Et puis j’ai compris : mon horloge biologique faisait un tic tac infernal ! Tic tac tic tac tic tac. Je n’ai rien vu venir. Tic tac tic tac tic tac. Je me suis mise Ă avoir envie d’un bĂ©bĂ©. Tic tac tic tac tic tac. Moi, Louise, incapable de prendre un enfant dans mes bras sans qu’il se mette Ă hurler Ă la mort, je voulais un bĂ©bĂ© !!! Tic tac tic tac tic tac. Je n’ai plus pensĂ© qu’à ça. Tic tac tic tac tic tac. Il me fallait enfanter au plus tard Ă trente ans. Tic tac tic tac tic tac. Alex, qui avait jusqu’alors montrĂ© autant d’empressement Ă devenir père que moi avant la mise en pilotage automatique de mon horloge biologique, a dĂ» se rĂ©soudre Ă me faire un bĂ©bĂ©. Tic tac tic tac tic tac. Quelques jours après avoir arrĂŞtĂ© la pilule, j’Ă©tais enceinte. Et oui, je suis de ces femmes qui n’ont pas le temps de dire “ouf” que dĂ©jĂ elles sont enceintes.
Nous voulions un enfant du printemps ou de l’Ă©tĂ© ; ce fut parfait : Henri est nĂ© le 15 juillet 2003 et en plus j’avais trente ans. Nous voici donc avec un bambin.
Mais le chiffre un ne nous convenait pas. Nous voulions au moins deux enfants et non un enfant unique. Nous avons laissé un peu de temps, que le rythme se stabilise : tic tac.
Puis, en octobre 2004, la machine s’est Ă nouveau emballĂ©e. Tic tac tic tac tic tac. La surprise fut moindre, je commençais Ă maitriser les alĂ©as de la machine infernale. Tic tac tic tac tic tac. Quelques jours après l’arrĂŞt de la pilule, hop, Ă nouveau enceinte : l’enfant Ă venir naĂ®trait en juillet, nous Ă©tions ravis.
Mais c’Ă©tait sans compter Dame Nature qui dĂ©cida de faire un peu de tri dans tout ça. Dame Nature ignora le fait que nous avions annoncĂ© ma grossesse Ă tout le monde et me fit faire une fausse couche le 24 dĂ©cembre 2004. Un pur moment de bonheur quand l’interne de l’hopital vous assène froidement que vous ĂŞtes en train de faire une fausse couche spontanĂ©e : “Vous n’ĂŞtes pas la première, vous ne serez pas la dernière.” Ajoutez Ă cela une belle-mère qui vous fait la tĂŞte parce que votre fausse couche vous oblige Ă annuler votre voyage : Ă cause de vous, elle ne va pas pouvoir voir son fils chĂ©ri ! Sans oublier le 25 dĂ©cembre passĂ© Ă vomir de douleur parce que l’interne n’a pas pensĂ© Ă vous donner un cachet anti douleur, et Ă vous vider de votre sang : ce jour-lĂ , le divin enfant est tombĂ© dans les toilettes et c’est moi qui ai tirĂ© la chasse d’eau. Suivant les prĂ©ceptes de notre bonne vieille Ă©glise, j’ai enfantĂ© dans la douleur un 25 dĂ©cembre, et ça, je peux vous dire qu’on n’est pas nombreuses Ă l’avoir fait !
Mon horloge biologique a été obligée de faire une pause. Plus de tic tac pendant quelques semaines.
Rien. Le silence.
Le silence, c’est Ă©puisant et dĂ©primant.
Mais mon heureuse nature a repris le dessus et, comme le printemps arrivait, Alex et moi avons communiĂ© avec elle. Tic tac tic tac tic tac. Il n’en fallait pas plus pour faire redĂ©marrer le mĂ©canisme. Tic tac tic tac tic tac. Et hop, Ă nouveau enceinte. Quand je vous dis que je suis fertile.
Cette fois-ci, bĂ©bĂ© a tenu le coup mĂŞme si cela a Ă©tĂ© difficile pour sa maman, couchĂ©e de juillet Ă dĂ©cembre. Le 29 dĂ©cembre 2005, nous voici nantis d’un deuxième enfant.
Tic tac. Si mon horloge biologique s’est calmĂ©e, tic tac, le rythme Ă la maison lui s’est accĂ©lĂ©rĂ©. Tic tac. Depuis, nous sommes crevĂ©s. Les rouages de mon horloge se sont un peu grippĂ©s et ne comptez pas sur moi pour la faire redĂ©marrer : j’ai atteint mon quota de bambins. Tic tac. Parfois, surtout le dimanche matin, il nous arrive de regretter notre vie d’avant. HĂ©las, une chose est sĂ»re, une horloge biologique ne peut jamais remonter le temps. Tic tac.
posté le 24/01/2008 | 2296 vues | 12 commentaires | tags: horloge_biologique maternité grossesse mouflet famille A deux
Regrettes- tu vraiment les grasses matinées du dimanche matin?
N’apprĂ©cies-tu pas les petits petons froids qui viennent se glisser sous la couette Ă 7h00 tapante, et la petite voix quite souffle Ă l’oreille: “Maman, tu dors?”. Et toi de rĂ©pondre: “chut, oui je dors…” et elle de te rĂ©torquer “mais non tu ne dors pas puisque tu parles!”.
Et puis, dis toi que d’ici 10 ans environ (ça psse vite des fois que tu ne l’aurais pas remarquĂ©), tu vas retrouver des grasses mat’ quand tes prĂ©-ados feront les leur…Et lĂ tu te souviendras avec ostalgie des dimanches au rĂ©veil Ă l’aurore…
> Blondinettemmm : dĂ©olĂ©e, mais je crois qu’effectivement tu n’as pas saisi le sens de mon propos : je n’ai ni cĂ©dĂ© Ă la pression familiale (pourtant ils ont fait pression pendant 12 ans !!!), ni aux annĂ©es qui passent ! J’ai juste attendu que naisse spontanĂ©ment en moi un besoin viscĂ©ral d’avoir des enfants. Enfants qui, par ailleurs, illuminent chaque jour ma vie, que je n’Ă©changerai pour rien au monde. Mon seul regret, car oui, j’ai effectivement un regret, c’est celui d’avoir fait une fausse couche : je crois que c’est l’un des moments les plus pĂ©nibles de ma vie.
> Milou : je crois que c’est la vie de beaucoup de femmes. Si elle n’a rien d’originale, elle me plait assurĂ©ment.
> Myamya : j’ai beau adorĂ© mes enfants et adorĂ© qu’ils me rĂ©veillent en frottant leur petit nez contre le mien, j’apprĂ©cierais vraiment qu’ils le fassent Ă 9h le dimanche matin, plutĂ´t qu’Ă 7h : c’est juste une question d’horaire, je suis beaucoup plus rĂ©ceptive un tout petit peu plus tard dans la matinĂ©e !
@louise : sauf qu’un jour et pas si lointain, ils seront assez grands pour vouloir faire plaisir Ă leur maman chĂ©rie (et papa aussi bien entendu) et allumeront la tĂ©lĂ© tout seuls sans faire de bruit et c’est toi qui te rĂ©veillera en sursaut Ă 7h10 complètement paniquĂ©e et qui surgira dans la salle Ă manger (ou la chambre) complètement hystĂ©ro en hurlant :
“qu’est ce qui se passe ???? qui est malade ?????????? vous saignez ???????? dĂ®tes moi !!!!!!!!!!!!!!!!!!!”
lol
Courage !!!! ça va passer !!!! ;-)
Bon peut ĂŞtre j’ai tort, mais moi, j’y crois pas pour deux sous aux histoires d’horloge biologique. La preuve, certaines femmes ne veulent pas d’enfants, et elle n’ont pas plus ou moins d’hormones. Non je crois vraiment que l’envie d’un bĂ©bĂ© arrive quand on se sent stabilisĂ©e, que l’on a dĂ©vĂ©loppĂ© une relation privĂ©e et professionnelle satisfaisante, et qu’il nous faut donc une nouvelle chose Ă dĂ©velopper. Et c’est vrai que ca arrive souvent vers la trentaine, mais n’est ce pas seulement car c’est vers cet age lĂ que en gĂ©nĂ©ral, on a un travail et une relation stable?
Bon je sais c’est un peu hors sujet mais bon hein ! :)
> la faby : sympa de rassurer les copines quant Ă leur avenir ! Mais je m’en souviendrai en temps voulu. Merci de m’avoir prĂ©venue.
> girlizounette : j’avais un travail depuis dĂ©jĂ 7 ans et une relation stable depuis 12 ans !!! J’ai juste attendu d’en avoir vraiment envie. Et j’ai bien fait car je ne regrette rien.
>Girlizounette : je confirme, je n’ai pas encore la trentaine mais j’ai aussi ressenti ce besoin viscĂ©ral (le mot est absolument juste) il y a 2 ans … et pourtant mon mari et moi habitions en Chine et on ne savait pas si on resterait y vivre.
Ce qui ne veut pas dire que toutes les femmes passent forcément par là un jour.
Et depuis que ma petite fille est nĂ©e, moi aussi ça m’arrive de rĂŞver Ă avant, quand on Ă©tait que deux et qu’on vivait Ă notre rythme … de la mĂŞme façon que je repense Ă mes vacances ou Ă quand j’Ă©tais petite fille : sans regret mais avec nostalgie.
> San : tout Ă fait d’accord avec toi ! ce n’est pas parce qu’on pense Ă avant qu’on est de mauvaises mères, cela n’enlève rien Ă l’amour qu’on porte Ă nos bouts de choux.
> juso : Le prĂ©nom du deuxième est Franz. Mais toux ces prĂ©noms ont Ă©tĂ© inventĂ©s afin de prĂ©server l’anonymat de ma famille !
Alors toutes mes excuses Louise j’avais mal compris; et je suppose qu’il est normal de ressentir de la nostalgie : le mot me permets, je crois, de mieux saisir ce que l’on peut ressentir dans ces moments, c’Ă©tait bien quand mĂŞme… Mais c’est bien comme ça aussi! Patience patience, dans quelques annĂ©es tu seras agacĂ©e qu’ils glandent encore au lit Ă midi et c’est toi qui ira les rĂ©veiller! :) Bonne journĂ©e
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Heu je suis bien jeune pour penser à ça et j’ai peur d’avoir mal compris le message, j’espère ĂŞtre la seule Ă y avoir lu du regret? Je trouve ça vraiment dommage bien sĂ»r je ne t’accuse en rien, j’espère avoir des enfants un jour, mais pas sous la pression familiale ni sous celle des annĂ©es qui passent… Pour regretter quelques mois plus tard le temps bĂ©ni ou la chair de ma chair n’existait pas…