Aujourd’hui, je vais vous raconter un peu ma vie de jeune fille Ă peine sortie du couvent, d’abord parce que c’est en soi passionnant et ensuite parce que j’adore parler de moi, mais surtout parce que cela faisait longtemps que je n’avais pas sacrifiĂ© sur l’autel fĂ©minin du Grand Make-Up une victime susceptible de rendre service Ă mes comparses.
J’ai commencĂ© Ă porter du fond de teint vers l’âge de dix-neuf ans. Auparavant, Ă l’adolescence, j’utilisais une crème teintĂ©e achetĂ©e en pharmacie, genre Caudalie, Avène ou une marque du mĂŞme tonneau, et c’est vrai qu’elle Ă©tait extra, cette crème ; elle soignait les boutons tout en unifiant subtilement le teint, de manière Ă la fois efficace et invisible. Mais Ă dix-neuf ans, j’ai pensĂ© que ce genre de gadget pour minettes Ă peine pubères n’Ă©tait plus assez sĂ©rieux pour moi et qu’il me fallait entrer de plain-pied dans le monde de la CosmĂ©tique, la Vraie.
Mon premier fond de teint me fut offert par ma mère (heureusement, contrairement Ă la crème de jour, j’Ă©tais allĂ©e le choisir avec elle et une vendeuse nous avait conseillĂ©es) et il Ă©tait de la marque Clinique. Pendant des annĂ©es, j’ai considĂ©rĂ© que c’Ă©tait le meilleur fond de teint du monde, et je pense aujourd’hui encore, malgrĂ© son prix, qu’il s’agit effectivement d’un des meilleurs fonds de teint liquides disponibles sur le marchĂ© - avec, bien entendu, certains produits du Body Shop. La couleur sĂ©lectionnĂ©e avec l’aide de la vendeuse correspondait parfaitement Ă celle de ma carnation dĂ©licate, il s’appliquait aisĂ©ment, il couvrait la peau sans l’Ă©touffer, il ne la dessĂ©chait pas ni ne la faisait luire, et quelques annĂ©es plus tard, on m’a offert une poudre compacte coordonnĂ©e de la mĂŞme marque, Ă laquelle je suis Ă©galement restĂ©e fidèle un certain temps.
Mon fond de teint Clinique et moi avons tout de mĂŞme traversĂ© une pĂ©riode difficile un ou deux ans après que je l’eus acquis pour la première fois.
Il faut dire que c’est Ă cette Ă©poque que je contractai une obsession physique majeure qui ne me quittera, j’imagine, qu’Ă mon dernier souffle (d’ici lĂ , elle ira mĂŞme probablement en s’aggravant) : mes cernes. Mes cernes sont grands, lĂ©gèrement creusĂ©s, très colorĂ©s et, Ă´ miracle de la nature naturante, ils ne s’effacent jamais, mĂŞme après une sĂ©rie de nuits de dix heures ou un sĂ©jour d’une semaine en montagne Ă l’air pur. Or, vous savez probablement - si vous l’ignorez, c’est que vous n’avez pas vraiment de cernes, et dans ce cas, je prĂ©fère que l’on reste simplement amies, ne m’en voulez point, Samantha, mais je me sens incapable d’aller plus loin - que le fond de teint ne suffit pas Ă masquer les cernes. Il permet de les attĂ©nuer, certes, mais pas de les couvrir aussi efficacement que cet autre produit merveilleux, jailli de cerveaux que nous aurions sans doute intĂ©rĂŞt Ă honorer comme les plus brillants de ce monde : l’anticerne.
Or donc, peu de temps après m’ĂŞtre attachĂ©e Ă Clinique, j’achetai par correspondance, au Club des CrĂ©ateurs de BeautĂ©, un anticerne Agnès B., le premier d’une longue liste dont rien ne prouve, Ă l’heure actuelle, qu’elle soit bouclĂ©e, mais n’anticipons pas. Le jour oĂą je le reçus et l’essayai enfin, je tombai sous le charme de cet outil divin et jugeai que maintenant que je savais masquer mes cernes, je n’avais plus besoin de fond de teint.
Pendant un an ou deux peut-ĂŞtre, je me maquillai donc exclusivement Ă l’anticerne. J’Ă©tais ravie : ça allait vite le matin, je ne m’en mettais pas plein les doigts, je ne tachais pas mes cols de chemise, et surtout, j’avais une impression d’indĂ©pendance assez dĂ©licieuse, sur le mode Oh, moi, une touche d’anticerne et pouf, ça y est, je suis maquillĂ©e. Inutile de dire que tout cela me convenait très bien. Ce fut donc mon premier divorce avec le fond de teint (liquide).
Il va de soi que c’Ă©tait une erreur colossale, mais que voulez-vous : j’avais vingt ans, ma peau Ă©tait fraĂ®che et peu marquĂ©e mĂŞme quand je dormais mal (Ă part bien sĂ»r ces horribles cernes), les dĂ©gâts visuels n’Ă©taient sans doute pas Ă la hauteur de ce que ça donnerait aujourd’hui si je m’y risquais, et puis enfin, quelques annĂ©es sans fond de teint, ça ne peut pas faire de mal Ă l’Ă©piderme. Non, l’erreur colossale tient plutĂ´t Ă la violation de toutes les règles de la CosmĂ©tique la Vraie dans laquelle j’avais cru faire une entrĂ©e fracassante quelque temps plus tĂ´t. La vĂ©ritĂ©, c’est qu’Ă vingt ans, je n’Ă©tais encore qu’une novice du make up - et pourtant, j’emballais sacrĂ©ment du cĂ´tĂ© de la gent masculine, comme quoi, il n’y a pas forcĂ©ment de rapport.
Après ce premier divorce sont venus mes vingt-et-un puis mes vingt-deux ans, et c’est lĂ que j’ai vraiment commencĂ© Ă grandir maquillagement parlant (quand je songe que je me peignais quotidiennement la gueule depuis la classe de terminale, ça me laisse pantoise : je ne suis dĂ©finitivement pas très rapide Ă la dĂ©tente). J’ai pris l’habitude d’appliquer du fond de teint plus de l’anticerne plus de la poudre et constatĂ© que, ce faisant, j’Ă©tais gagnante sur tous les fronts (sans jeu de mots) (du reste, comme tout le monde, je n’ai qu’un front) : moins de cernes, un teint plus Ă©clatant et plus uni, un grain de peau soignĂ©, j’avais tout bon. Le blush n’est venu que plus tard (Ă vingt-quatre ans environ) et il n’est sans doute pas inutile de prĂ©ciser que l’accumulation de couches de produit sur mon visage allait de pair avec l’augmentation du nombre de cigarettes fumĂ©es chaque jour ; elles ne faisaient sans doute pas un grand bien Ă ma peau et j’essayais manifestement de compenser leurs (petits) dĂ©gâts par des artifices cosmĂ©tiques que je commençais enfin Ă bien maĂ®triser.
L’histoire de mon teint est donc Ă peu près celle-lĂ . Après la rupture de mes dix-neuf ou vingt ans et le rabibochage de mes vingt-et-un, je suis restĂ©e jusqu’Ă l’an dernier, soit pendant cinq longues annĂ©es, fidèle Ă mes produits et Ă mes rituels quotidiens de maquillage. Je n’ai jamais touchĂ© au fond de teint compact ; ce produit Ă©trange, synonyme pour moi de rudesse et de manque de raffinement, qui doit en plus ĂŞtre appliquĂ© avec une Ă©ponge, instrument que j’abhorre parce que je ne sais pas du tout m’en servir, n’a franchi le seuil de ma salle de bains qu’une fois, sous forme d’Ă©chantillon, et ce fut pour en ressortir peu après les pied devant, si vous voyez ce que je veux dire. J’Ă©tais donc indĂ©crottablement attachĂ©e au fond de teint liquide.
Jusqu’au jour oĂą…
A suivre.
posté le 20/01/2008 | 2224 vues | 3 commentaires | tags: fon_de_teint_liquide anticernes vingt_ans Agnès_b clinique peau
jusqu’au jour?
le vendredi c’est pas mal, quand tout le monde est en rtt…
on peut surfer tranquille, cool, non?
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Viiiiiiiiiiite!!