Depuis leur retour en France, les six membres de l’association, condamnĂ©s au Tchad, assistent Ă leur naufrage. Les dissensions entre les familles des accusĂ©s fragilisent le navire. L’audience de lundi au tribunal correctionnel de CrĂ©teil pour une substitution de la peine en droit français semble rĂ©veiller les fantĂ´mes du nĂ©ocolonialisme.
Au Tchad fin octobre dernier, les bĂ©nĂ©voles de l’Arche de ZoĂ© sont arrĂŞtĂ©s pour « tentative d’enlèvement ». « L’opĂ©ration Darfour », autrement appelĂ©e « Children Rescue », ayant pour but de ramener 103 enfants prĂ©tendus orphelins en Europe, s’achève au tribunal de N’Djamena. Le 26 dĂ©cembre, le verdict tombe : 8 ans de travaux forcĂ©s assortis d’une condamnation pĂ©cuniaire d’environ 6,5 millions d’euros Ă payer aux « familles d’accueil ». Le 28 dĂ©cembre, Eric Breteau, le prĂ©sident de l’association, et ses cinq collaborateurs sont transfĂ©rĂ©s en France Ă la prison de Fresne.
Une peine qui ne satisfait personne
A la sortie du premier parloir Ă Fresne, des tensions apparaissent. Les langues des familles se dĂ©lient. La division s’opère autour du rĂ´le d’Eric Breteau, le cerveau de l’affaire. L’épouse du mĂ©decin de l’association trouve injuste que tous les membres soient « logĂ©s Ă la mĂŞme enseigne ». Le degrĂ© d’implication n’Ă©tant pas le mĂŞme, une peine indiffĂ©renciĂ©e de 8 ans pour chacun des six fragilise la solidaritĂ© entre familles. Seuls le dĂ©sarroi et l’idĂ©e d’injustice unissent encore les proches des accusĂ©s. L’audience de lundi Ă CrĂ©teil a Ă©tĂ© le théâtre de nouveaux affrontements entre les familles et les avocats. Elle devait simplement statuer sur la traduction de la peine instituĂ©e Ă N’Djamena, les travaux forcĂ©s n’existants pas en France.
Ingérence et néocolonialisme
Depuis l’ingĂ©rence humanitaire maladroite de l’Arche de ZoĂ© au Darfour, politique et justice se sont invitĂ©s au dĂ©bat. Le transfert des prisonniers du Tchad en France Ă©tait possible par l’existence des conventions de 1976 entre ces deux pays sur l’extradition des condamnĂ©s Ă©trangers. Condition essentielle, l’Etat tchadien doit ĂŞtre d’accord sur la nouvelle peine. L’Etat français doit, quant Ă lui, ne pas revenir sur la dĂ©cision de justice. Les rĂ©actions africaines et la dĂ©nonciation de l’ingĂ©rence française dans la justice tchadienne, critiquĂ©e pour ces dysfonctionnements, pèsent nĂ©gativement sur l’affaire. L’idĂ©e d’un procès bâclĂ© fait son chemin et envenime les relations entre ces deux Etats souverains, le passĂ© n’est jamais loin.
La dĂ©cision de justice du tribunal de CrĂ©teil tombera le 28 janvier et la France devra l’accepter.
posté le 17/01/2008 | 929 vues | 1 commentaire | tags: tchad arche_de_Zoé tribunal ONG humanitaire procès râleuse politique
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sans entrer dans une prise de position quelconque dans cette affaire, je trouve que le cas de l’Arche de ZoĂ© met enfin en exergue la question lĂ©gitimitĂ© des ONG Ă s’immiscer dans un pays sous couvert de “santĂ©” ou “sauver des vies”. La plupart des ONG sont créées, gĂ©rĂ©es, financĂ©es par des occidentaux… Autrement dit les bonnes intentions de toutes ces associations et organismes sont conditionnĂ©s par leurs codes socio-culturelle et de ce fait de quel droit, sur quels fondements peuvent ils se fonder pour intervenir de quelques manières que ce soit sur une autre civilisation ? sur quels piliers ou arguments pouvons nous prĂ©tendre Ă intervenir pour une cause juste Ă partir du moment oĂą ces derniers sont dĂ©jĂ teintĂ©s par une civilisation ? Enfin, quels sont les droits transnationnaux, existe-t-il des “droits” communs, naturels Ă toutes les ethnies du monde ? En tout cas merci pour cet article.