Si je n’accorde pas ou peu de crédit aux prix littéraires alloués tous les ans, je suis par contre de près les sélections faites. C’est assez contradictoire mais, plus que tout, c’est là que je puise mes envies de nouveaux livres.
Cette année, je me suis interéssée de près au Prix du Style, fondé par Antoine Buéno qui, en plus d’être quelqu’un que j’estime beaucoup, est aussi un écrivain (entre autres de l’excellent “Triptyque de l’asphyxie”) et chroniqueur littéraire qui siège vaguement au Sénat. Cette définition est bien évidemment très réductrice, je ne donne pas cher de mon scalp s’il passe par là .
C’est donc dans sa sélection de septembre 2007 que j’ai puisé le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, “Les vivants et les ombres” de Diane Meur.
Pavé de 720 pages sorti aux Editions Sabine Wespieser pour la rentrée littéraire 2007, “Les vivants et les ombres” est donc le dernier ouvrage de Diane Meur, romancière et traductrice belge.
Cette saga familiale qui démarre en 1820 met en place 4 générations de bourgeois en Galicie, région alors rattachée à l’empire habsbourgeois depuis le partage de la Pologne.
Pendant plus d’un siècle, à travers les soulèvements de cette région, les révolutions de 1848 et jusqu’aux prémisses de 1914, Diane Meur nous fait suivre les affres d’une famille qui va se déchirer et se retrouver sans cesse dans une atmosphère de lutte pour l’indépendance polonaise.
Le style de ce roman pourrait être complètement standard, on est ici dans la saga historique classique. Mais Diane Meur ne positionne pas l’un ou l’autre des éléments de la famille Zemka-Ponarski comme narrateur. Le récit est fait ici par la maison elle-même, théâtre de tous les évènements qui vont secouer ses occupants.
La grande bâtisse blanche est donc ici à la fois murs, toits, colonnes néo-classiques, salon de bal et chambres mais plus encore atmosphère, odeurs, rayons de soleil, poussières et messes basses. C’est en elle que s’inscrivent toutes les émotions, que se cachent les ombres du passé et que se définissent les vivants qui l’occupent. Elle ne se lasse pas d’observer la vie, la mobilité et la liberté que ses habitants possèdent et qui ne sont que chimères pour elle-même. A travers tous les personnages que la maison va voir défiler en ses murs, elle va s’attarder plus spécifiquement sur les femmes, ces femmes qui la fascinent…
Le titre lui-même annonce la couleur, Diane Meur ne met pas en opposition les “vivants et les disparus” mais les “vivants et les ombres”, comme si rien ne disparaissait, tout se transformait en ombre.
Comme la maison le dit si bien “Vous êtes poussière et vous redeviendrez poussière. Cette phrase (… ) me parait avoir été écrite pour nous, bien plus que pour les hommes. Car enfin soyons sérieux! Chacun sait que les hommes, eux, laissent infiniment plus qu’un peu de poussière. Ils laissent leur nom, des descendants, une mémoire, la trace de leurs actes ou même de leurs oeuvres. Alors pas de misérabilisme, pas de pleurnicheries anthropocentriques: ce n’est pas à nous qu’on apprendra ce que c’est que disparaître de la face du monde”.
A tous ceux qui ne sont tentés que moyennement par ce type de livre, sagas familiales sur fond d’histoire, je ne peux que conseiller ce livre pourtant. Je n’étais pas fan de ce type de littérature à la base mais je n’ai pas décroché de celui-ci tellement les mots de Diane Meur, à travers les yeux de la maison, sont justes, mélodieux et captivants.
Un style qui définitivement explique sa sélection et une narration excessivement originale, c’est une autre de mes belles découvertes de cette rentrée.
posté le 15/01/2008 | 2689 vues | aucun commentaire | tags: pologne diane_meur les_vivants_et_les_ombres rentrée_littéraire révolution indépendance saga guerre famille littérature
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