Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

03. septembre 2010

Mot de passe oublié

Elixie

Pourquoi je détesterais retourner à l’adolescence (et quelque part, pas tant que ça)

L’autre jour, en refouillant dans mes placards, je suis retombée sur ce vieux pull. Il était élimé, sans forme, probablement du L, ou du XL, qui peut bien savoir ce qui me passait par la tête pour mettre ce genre de trucs, parce que le problème n’est pas que je m’étais achetée un pull dix fois trop grand, le problème c’est que ce pull, je le mettais tout le temps.

jamie1.jpgEn 1993 Björk sortait son premier album solo, Bérégovoy se suicidait, l’Accord de Libre-Echange Nord-Américain était signé, et je rentrais dans cette phase poisseuse qu’est l’adolescence.

Je n’ai pas eu une adolescence à la Larry Clark. J’ai certes connu des gens qui avaient des histoires de sexe un peu glauque, d’autres qui avaient quelques expérimentations type sniffer de la colle ou du blanco mais déjà à l’époque mon côté hippie l’emportait : détourner un objet scolaire pour se retourner la tête, ça me semblait trop. Trop toxique, trop junkie. Je n’ai pas eu une adolescence à la Larry Clark, probablement que je ne m’ennuyais pas assez.

Mon adolescence était plus à la « Smells like teen spirit ». Nirvana est arrivé sur la bande-son de ma vie vers 14 ans, comme sur la bande-son de beaucoup d’entre nous, et avant ça il y a eu de la dance à fond dans mon walkman. J’adorais la dance, pour des raisons inexpliquées, mais j’étais à l’âge où on vous pardonne d’écouter de la musique de merde.

L’adolescence est avant tout un problème de filles, au même titre que les règles, le manque de poitrine et le maquillage trop cher. Un mélange de désespoir, de rébellion, et d’essais vestimentaires ratés. Comme dit Lesley Arfin, dans son autobiographie « Dear Diary » : « Avoir ses règles aujourd’hui, c’est chiant. Ne pas les avoir quand vous êtes ados, c’est pire ». Je ne vois pas comment mieux résumer la situation. Tout était un problème. Ne pas avoir ses règles était un problème. Avoir un bourrelet au ventre était un problème. Les cours de maths étaient un problème. Devoir se taper un appareil dentaire pendant trois ans était, bien évidemment, un putain de problème. Et le pire, ou peut-être ma chance, c’est que je n’avais même pas de blog pour pouvoir garder une trace écrite de ma souffrance niaise.

Les filles ont cette carence en amour-propre qui fait qu’elles se disputent les petits copains éventuels (« tu veux sortir avec Boris alors que ça fait 2 semaines que je veux sortir avec lui, t’es vraiment une pute »), alors qu’en réalité Boris n’était attiré par aucune de nous deux, mais par une seule et même fille, celle qui possédait déjà de quoi remplir un soutien-gorge, et tout le CK One n’y changerait rien.

Pour les garçons, l’adolescence se résumait à avoir les cheveux longs, puis gras, puis à prendre du Roaccutane pour lutter contre l’acné. Les garçons ne se disputent pas. Ils se battent à la rigueur, dans un excès d’hormones, mais si un de leurs potes ne lui parle plus, il s’en fout, il en trouve un autre. S’il n’arrive pas à conclure, il s’en fout, il se branlera plus ce soir. Alors que les filles tombent follement amoureuses, elles pleurent le soir dans leur lit, elles vivent intensément leur béguin, elles seraient prêtes à mourir pour celui qui ne les regarde pas, et même pire, qui se moque d’elles avec ses copains.

D’abord vous étiez un enfant qui vivait à raison de mille parties de billes hebdomadaires, de dessins animés et de frites McCain au ketchup. Puis tout à coup, vous avez une nouvelle pression sur vos épaules : il faut être cool. Il faut vraiment que vous le soyiez, c’est une question de survie que d’être populaire dans ce miasme de mal-être. Alors vous commencez à écouter Hole, et les Cranberries, et R.E.M et Alanis Morissette et Blur, avec parfois de la drogue et des boums, et votre film préféré c’est Dirty Dancing et vous revendiquez l’utilisation de la capote, vous êtes totalement grunge mais vous avez encore du papier peint minnie dans votre chambre chez vos parents, vous êtes coincés entre deux mondes, et il faut choisir votre camp.

« Personne ne me comprend ». On sait que c’est cliché, mais on ne peut s’empêcher de se conforter dans cet état d’esprit infectieux -ce qu’on appelle désormais EMO-, un peu comme Christina Aguilera ne peut s’empêcher de mettre ce rouge-à-lèvres rouge sang, alors que ça lui va aussi bien que mon vieux pull XL râpé.

Si j’avais un conseil à donner aux ados, ce serait d’en profiter un max, que ce soit pour faire n’importe quoi ou tenter d’apprendre à se connaître : avant, on vous prendra juste pour un taré (se faire des rails de coke à 11 ans quand on ne s’appelle pas Drew Barrymore, ça craint) ; après on se fout de votre gueule parce que vous faites votre crise sur le tard (porter des tee-shirts Hello Kitty à 35 ans, c’est pas forcément kawai). On pardonne presque toujours les erreurs de jeunesse.

Ah, et rassurez-vous : il est fort probable que ceux qui vous martyrisaient au collège et/ou au lycée s’en sont moins bien sortis que vous. Déjà, à cause de ce truc de karma, ensuite et surtout, parce qu’arrivés à un moment, personne ne supportera encore leurs blagues pourries et leur méchanceté naturelle, et que ceux qui étaient plongés dans leur malaise pubère les empêchant de trouver la bonne répartie auront fini par se rebeller.

 

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Derniers commentaires

 

Quand je lis cet article, je ne peux être que plus que ravie qu’une fille qui écrit et raconte aussi bien l’adolescence et tellement d’autres choses avec Cette Sensibilité nous rejoigne dans le comité de rédaction… (les filles allez lire les autres textes ;-) )


 

Je confirme, c’est très agréable à lire et puis surtout on s’y retrouve. Quelle que soit l’époque, le sentiment de Calimerotte, les fringues informes, les chagrins d’amour en écoutant le slow de la mort qui tue, les gros relous du bahut, tout y est. Merci.


 

Ben moi, j’ai été au concert de Brit Brit quand j’avais 12 ans et fiou…. Heureusement que je peux en rire parce qu’a 14 ans j’ai été obligée de me désaimer de Brit Brit parce que c’était pas tendance!!


Alala dur dur d’être ado. Aujourd’hui, a 18 ans j’en sors et je pénètre dans les profondeurs abyssales de l’âge adulte! Mmmmmmmmmmmmhhh ben pour l’instant c’est la merde!


 

Oh le revival!… en fait c’est rassurant de savoir qu’on a tous(tes) été confronté(es) aux mêmes galères, que tout ça signifie la même chose pour nous d’où qu’on vienne.

Je côtoie des ados au quotidien et je pense que tout ça leur parle, même si ça me paraît encore plus compliqué pour eux aujourd’hui.

Merci Elixie!


 

@ Antigone : contente de lire ça, car c’était exactement le but de l’article. Quand on est ado on veut être unique, et populaire, et tragique, mais tout est irrésistiblement “chiant”. J’aimerais retomber dans mon adolescence avec ma mentalité d’aujourd’hui, ça changerait bien des choses, mais est-ce que j’aurais la mentalité d’aujourd’hui si je n’étais pas passée par là ? hum.


 

“S’il n’arrive pas à conclure, il s’en fout, il se branlera plus ce soir.”


Z’êtes pas au courant des dernières techniques les filles… l’ado a MSN et une webcam maintenant. ;)


Ce qui compte c’est de faire croire qu’on l’a fait, pas de le faire, en posant toujours des questions du genre : “toi tu préféres te faire… ou plutôt…” enfin vous m’avez compris.


Enfin c’est ce que j’en dis.


Très bel article en tout cas, pour être dans cette période et être un garçon (shame on me), je ne vis pas mal cette période, les filles avec qui je discute (oui quand on est gay, ou sinon quand on a cette réputation, on a des amiES) ne pensent plus trop comme ça.


Maintenant, une partie des garçons ont leur modèle, chef de bande, ils l’écoutent, l’admirent. C’est leur dieu, il les manipule. (et la plupart du temps ces dieux en question sont des imbéciles qui foutent déjà leur vie en l’air).


 

“L’adolescence est avant tout un problème de filles”

“…S’il n’arrive pas à conclure, il s’en fout, il se branlera plus ce soir. Alors que les filles tombent follement amoureuses…”


Et pas les garçons ? Ou en restons nous aux strictes apparences ?

Parce que c’est pas faute de pas être tombé amoureux. Et ma première copine (à 14ans, était plutôt tendance asocial auparavant) m’a pourtant fait mal, tout mâle que je sois…

Alors l’ado je-m’en-foutiste, ok, mais pas tant que ca, pas tout le temps, ni à propos de tout..


 

et les agendas chipie. aussi. oui jpassais juste pour dire ça.


 

Ah, et rassurez-vous : il est fort probable que ceux qui vous martyrisaient au collège et/ou au lycée s’en sont moins bien sortis que vous.


-> Pas forcé, une filel qui m’a pourri la vie au collège qui était déjà très jolie est devenue une pure bonnassse et gentille en plus! Mais bref j’m'en fou c’ est du passé tout ca.


Je pense que c’est une question de génération aussi parce que pour mon père ses années d’adolescence ont été les meilelures de sa vie apparement, comme quoi. ;-)


 

Et le Big Bisous Bien Baveux avec un seul énorme B écrit sur l’agenda Chipie aussi :D


Merci pour cette belle nostalgie qui nous envahit immanquablement en lisant cet article, ça fait du bien de se remémorer tout ça et de se redire une énième fois que l’adolescence, ça pue, mais c’est cool.


Par contre, quand j’étais ado, et que mes grands frêres et soeurs avaient comme d’habitude 15 ans de plus que moi (ouais j’suis une petite dernière), je me suis toujours demandée ce que ça aurait donné de naître en même temps qu’eux, est-ce que la période aurait été moins pénible avec eux à mes côtés? Est-ce que moi aussi j’aurais été fan de matt bianco et autre tears for fears (que je suis aujourd’hui!)? Est-ce que mon frangin m’aurait défendue quand la bonnasse du fond du bus m’aurait traité de “bouffonne”?


Autant de questions qui resteront à jamais sans réponse, et autant de regrets aujourd’hui d’avoir passé mon adolescence à me dire “et si” au lieu d’en profiter. Quoi que, j’ai pas trop à me plaindre.


Bon allez, c’est pas tout ça, faut que j’aille matter Héroïnes.


 

Ton article m’a moi aussi rendue terriblement nostalgique. Il confirme une fois de plus ton talent pour nous intéresser à toute sorte de sujets.

*merci*


 

Ah oui, encore un truc : quand on n’est pas cool ni populaire au collège ou au lycée, il y a de fortes chances pur qu’on le devienne plus tard. Ne serait-ce que parce qu’un jour, on débarque dans une fac ou une école dans laquelle personne ne vous connaît, et où, donc, les gens qui ont décidé que vous n’étiez pas cool ni populaire NE SONT PAS LA. Puis ces mêmes personnes vous retrouvent sur Facebook et vous laissent des messages trop sympas kikoo lol pour vous dire “waow, qu’est-ce que t’as changé !”, s.-e. “comme t’es devenue jolie !”, et là, vous avez envie de leur dire : NON, connard, je n’ai pas vraiment changé. C’est juste que toi, maintenant, tu as grandi. Et ouvert les yeux.


Aaaaaaaaaaaahhhhhhh. Ca fait du bien.


 

mon dieu, mon adolescence, je l’ai détesté d’un bout à l’autre…

mais colle dit “mais la nostalgie, ça fait qu’autour de 40 balais, quand ça t’choppe, ça t’donne envie d’retourner sur toutes les journées ratées sans tes potes…”

parfois, je remets thiéfaine et je rêve de ces journées où je tirais sur le pétard en me disant vaguement que je ferai mieux de faire mes devoirs…bon maintenant, je vais sur ladies room en me disant vaguement que je ferai mieux d’aller bosser….quite t’on jamais l’adolescence ?


 

Très bel article, même si j’en ai bavé à fond au collège, une fois arrivée au lycée revirement total : plus rien à foutre, j’m'habille comme je veux, jfais c’que j’veux… Et si ça plait pas… Bin tant pis. Et là arrive en effet l’attitude grunge-clocharde (des trous partout, autant dans les vêtements que dans le nez ou dans la bouche…) Aujourd’hui, j’ai toujours mon anneau dans le nez (8ans qu’ça dure entre lui et moi!) , mais j’ai appris à mettre des pantalons et des hauts moulants, et à massumer (bin non en fait jsuis pas grosse, jsuis pas moche… Jsuis moi QUOI!!!!)

Et puis on peut être extraverties sans être habillées comme des sacs, ou faire des fucks à tout bout de champ….

Cela dit, je suis très bien aujourd’hui, mais l’adolescence est quand même une période vernie (difficile à cause de la recherche de soi-même, mais vernie) au sens où quand on arrive à l’âge adulte, et que l’on commence à vivre seule, y’a un tas de problèmes qui arrivent dont on se serait jamais douté étant ado (vivre seul, gérer toute la paperasse de factures et tout ça, déménager, trouver un boulot, gagner de l’argent tout en faisant des études à côté, tester la colocation, se retrouver tTROP seul par moment….) Et par souci de fierté où je nsais quoi essayer de pas trop faire chier avec les parents, parce-que bon… on est grands maintenant (et p’têtre pas tant que ça finalement… )


 

Alors l’adolescence version collège, c’était vraiment pire que tout, pour rien au monde je n’y retournerais ! En revanche l’adolescence version lycée, c’était pas trop mal (parce que j’avais trouvé des gens avec qui c’était cool d’être pas cool, binoclard ou “intello” :D)


 

C’est sur revival… le collège été tellement une époque difficile lorsque nous n’étions pas fondu dans la masse nike sergio tachini et airness mais plutôt des skate avril lavigne offspring et “punk are not dead” c’est à dire à vivre avec des mecs … mais d’un coté quelle belle revanche sur la vie une fois que nous sommes resté fidèle à nous même et que nous n’avons pas cédé a la tentation de “l’apparaitre ” une fois que les personnes qui vous ont malmené viennent vers vous et que enfin vous vous sentez plus fort dans votre tête …


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