Humeurs

Paliers de décompression

Cet article a été sélectionné par la rédaction dans le cadre de la Journée Spéciale “Ça déménage !” du jeudi 9 février 2017

Mettre un réveil le samedi matin, ça a quelque chose de contre-nature. Les seules raisons pour lesquelles j’accepte d’être réveillée le samedi matin par autre chose que mon horloge interne (ou mon Brun bien sûr) se limitent à un départ en vacances, une invitation à déjeuner, un lever de soleil romantique, une expo à ne pas rater ou… le déménagement d’un copain.

paliers-de-decompressionUn déménagement, quand le copain en question vous demande un coup de main ou que vous vous proposez spontanément, ça a toujours quelque chose de sympa, on se voit déjà entre potes, sous un soleil radieux, porter des cartons ultra légers, des tables en plastique, charger un camion dans une avenue sans passage et tout installer dans un appart situé au 2ème avec un ascenseur immense.

Ce qui est complètement lunaire, c’est qu’on sait pertinemment que ça ne ressemblera pas à ça, ça n’y ressemble effectivement pas et pourtant la fois d’après on va accepter avec autant de réelle joie.

Vous avez dit maso ? Remise en situation.

Il est 11h, je suis vaguement dans le métro, je crois que ça fait très longtemps que je n’ai pas pris le métro à cette heure-là, la luminosité est étrange, ciel blanc, gamins qui braillent, valises dans tous les sens, je commence déjà à me dire que ça sent mauvais cette histoire. Je check : c’est bon, je suis en tenue spéciale déménagement, jean, baskets, tee-shirt pourri, blouson et queue de cheval, une chose est sûre, je ne vais pas me faire draguer, j’en connais un qui peut être rassuré.

Il est 11h45, on poireaute à un coin de rue, les autres sont à la bourre, j’essaie de ne pas penser aux 15 minutes de plus que j’aurais pu passer sous ma couette.

Il est 12h30, on a enfin positionné le camion portes ouvertes devant le garage, après avoir tourné 10 minutes pour trouver cette foutue entrée de garage, je détestais déjà les sens interdits et les sens uniques du 14ème pour y avoir vécu mais là, c’est l’apothéose.

Il est 12h45, le jeu de Tétris géant commence, je laisse mon blouson dans un coin, je range carton après carton au fond du camion : “Et la table, tu me laisses une place pour la table ?”. Note pour plus tard, organiser des formations spécial “cartonnage” : c’est complètement dingue de faire des cartons aussi mal foutus, aussi mal scotchés et aussi lourds.

On ne met jamais tous les livres dans le même carton, ce sont mes lombaires qui te parlent.

Il est 13h15, je n’arrive juste pas à croire qu’on ait réussi à mettre un appart de fille dans un camion en seulement 30 minutes, mais qu’est-ce qu’on est bons ! Direction le Marais pour le déchargement et zou, on pourra rentrer se coucher. Et on a eu du bol, il a même pas plu. Hey ! C’est quoi qui vient de me tomber dessus ? Une goutte ? Oh non. Dieu des déménageurs bretons, nous faites pas ça. Attendez 15h. Siouplé.

Déjà que je suis pas fraîche, si je frise en plus, ça va être la dèche.

Il est 13h20, on traverse Paris en twistant dans le camion, plus on se rapproche de la rue de Rivoli, plus je commence à me souvenir que les rues du Marais sont à peu près aussi larges, dégagées et pratiques que celles de Montmartre, souvenir ému de mon propre déménagement il y a 2 ans.

Il est 13h30, le camion est calé dans un renfoncement de cette mini-rue, de nouveaux bras nous ont rejoint, frais et dispos (où qu’ils étaient eux à 11h ?), je me rappelle juste que je dois éviter de faire des blagues et de me faire les dialogues de Rabbi Jacob dans cette rue, on ne sait jamais.

Il est 13h31, M. m’apprend, avec un grand sourire, que le nouveau nid d’amour qu’il inaugure aujourd’hui avec sa chérie est situé au 6ème étage sans ascenseur d’un immeuble tout étroit avec donc une cage d’escalier toute étroite.

Ma couette se fige, mon sourire aussi, mes lombaires veulent se carapater mais je reste forte, ça va aller, CA VA ALLER !

Il est 13h40, comment 7 personnes peuvent-elles être autant désorganisées, c’est quand même pas compliqué de faire une chaîne, un par palier et on grimpe les cartons ?

Il est 13h45, un semblant d’organisation se dessine, on ne grimpe plus 6 étages mais 3, le camion est déchargé dans le hall de l’immeuble, tout le monde sue à grosses gouttes et moi j’ai l’impression que les cartons se sont multipliés comme par enchantement depuis tout à l’heure.

Il est 13h47, bien évidemment, on a laissé les cartons les plus lourds pour la fin, les fameux cartons pas scotchés et plein de bouquins.

Il est 13h48, le dernier carton se déchire, heureusement on est au 6ème, bon ils se les rangeront leur foutus bouquins de poche.

Il est 13h50, tout le monde est hagard dans l’appart, on se permet enfin de jeter un coup d’oeil à la merveille pour laquelle on a souffert.

OK ça vaut le coup, de la lumière, une mezzanine, une vue imprenable sur les toits de Paris et la Tour Eiffel, là-bas au loin, qui a l’air de bien se marrer.

Un chouette appart d’amoureux en plein Marais, est-ce que ça vaut mes lombaires ? Je pourrais pas vous répondre là sur le coup on en parle plus tard? :)

(cc) Margot Gabel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>