Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

21. mai 2012

Mot de passe oublié

Audrey A.

Il y a quelques jours c’Ă©tait ton anniversaire.
Tes 26 ans….

Tu te rappelles quand on en avait 14 et qu’on se disait qu’Ă  26 ans on serait des adultes, ptĂŞt mĂŞme avec des enfants? Et que ça nous faisait beaucoup rire, mĂŞme si on avait peur un peu, peur de perdre des choses sur la route.

Tu me faisais râler Ă  l’Ă©poque, tu me disais qu’on ne serait certainement plus amis quand on aurait 26 ans, tu me faisais bisquer et moi je n’aimais pas ça, moi j’avais dĂ©cidĂ© qu’on serait amis toute la vie. C’Ă©tait obligĂ©, on s’Ă©tait connus Ă  11 ans et forcĂ©ment, nos enfants joueraient ensemble et on partirait en vacances avec nos familles, quand on serait grands.

Quand on s’est retrouvĂ©s dans des lycĂ©es diffĂ©rents, j’ai eu très peur que ça soit le dĂ©but de la fin mais tu me rassurais toujours, tu venais Ă  la maison en scooter, tu me sortais parce que ma mère ne voulait pas que j’en ai un (de scooter).

Quand il faisait beau on allait se poser au bord du lac de Frouzins et on se racontait nos lycĂ©es, nos profs, nos histoires d’amour du haut de nos 16 ans et moi j’aimais bien quand tu me disais que je passerai toujours avant ta copine, “parce qu’une copine c’est Ă©phĂ©mère et qu’une amie c’est pour la vie”.

Je me souviens aussi le jour oĂą on a dĂ©mĂ©nagĂ©, le jour oĂą j’ai quittĂ© le lotissement oĂą on passait toutes nos après-midi chez l’un ou chez l’autre puisque nos maisons Ă©taient voisines. Ce jour-lĂ  mon père m’avait demandĂ© si j’Ă©tais contente de partir et j’avais Ă©clatĂ© en sanglots, j’avais 16 ans et je ne voulais pas m’Ă©loigner de mon meilleur ami, mĂŞme de 5 km.

On a fĂŞtĂ© notre bac ensemble, tu te rappelles cette soirĂ©e mĂ©morable place St Pierre, cette soirĂ©e oĂą tu as une fois de plus jouĂ© au grand frère et oĂą tu m’enlevais les verres des mains, moi qui n’avait jamais bu et qui les enquillait comme un pilier de bar? Ma mère avait criĂ© très fort ce soir-lĂ  mais le lendemain elle t’avait appelĂ© pour te remercier de t’ĂŞtre occupĂ© de moi. D’ailleurs, quand on a eu l’accident avec ton scooter, je ne l’ai pas dit Ă  ma mère, je ne voulais pas qu’elle t’engueule.

Tu as toujours fait partie de ma vie, de mes week-end, de mes soirĂ©es, d’aussi loin que je peux me rappeler, tu venais te rĂ©fugier chez moi quand ta mère Ă©tait absente et je courrais chez toi quand mes parents se dĂ©chiraient par lettres interposĂ©es. D’ailleurs il faut que je t’avoue, j’ai longtemps Ă©tĂ© un peu amoureuse de ton grand frère.

On avait notre bulle, les gens se moquaient un peu de nous, la brune avec les bagues et le blondinet avec sa houpette et son scooter, toujours fourrĂ©s ensemble depuis l’entrĂ©e au collège. Nous, ça nous faisait marrer, on faisait des photos dĂ©biles au Photomaton et on les gardait dans nos portefeuilles Naf Naf (pour moi) et Chevignon (pour toi). On s’Ă©tait dit qu’on ne se quitterait jamais, on trouvait ça un peu dĂ©bile mais on le pensait, au fond.

Mais… Tu as dĂ©cidĂ© de partir sans moi, ce jour de fĂ©vrier 2001. Tu as pris cette dĂ©cision tout seul, tu ne m’en as pas parlĂ©, moi je t’aurais dit qu’il ne fallait pas, j’aurais criĂ©, je t’aurais mis des claques, j’aurais hurlĂ©, je me serais cassĂ© les cordes vocales, je t’aurais rappelĂ© que j’Ă©tais lĂ , que tu n’avais pas le droit.

Mais tu ne l’as pas fait, tu n’en as parlĂ© Ă  personne et ce jour-lĂ , dans ta maison toujours aussi vide, tu es parti. Tout seul. Tu avais Ă  peine 19 ans et quelques, personne n’a jamais compris, la fĂŞlure devait ĂŞtre si profonde, si profonde… J’ai criĂ©, j’ai mis des claques, j’ai hurlĂ©, je me suis cassĂ© les cordes vocales mais c’Ă©tait trop tard, ça n’a servi Ă  rien alors j’ai pleurĂ©, pleurĂ©, pleurĂ©. Mais tu n’es pas revenu non plus.

J’ai continuĂ© alors. Tout le monde me disait que c’est ce que tu aurais voulu. Qu’est-ce qu’ils en savaient, moi je me disais, qu’est-ce qu’ils pouvaient bien comprendre Ă  moi, Ă  toi, Ă  nous?

J’ai continuĂ© donc, encore aujourd’hui je suis bancale, le jour de mes 25 ans j’ai rĂŞvĂ© de toi et je me suis levĂ©e en larmes, j’aimerais tellement que tu vois ce que je suis devenue, tu te serais gentiment moquĂ© de moi en me traitant de parisienne bobo et moi je t’aurais dit d’aller te couper cette houpette, que ce n’Ă©tait plus la mode depuis 1998.

La dernière fois que je suis descendue Ă  Toulouse j’ai croisĂ© ta mère dans la rue, on s’est vues sans s’arrĂŞter, que pourrait-on se dire, t’avoir en commun aujourd’hui nous dĂ©chire plus qu’autre chose. J’ai coupĂ© les ponts avec tous nos amis de l’Ă©poque, je ne voulais pas te voir dans leurs yeux, je ne voulais pas voir se reflĂ©ter ma tristesse dans la leur.

J’espère que tu vas bien, oĂą que tu sois. Et que tu as trouvĂ© cette paix que tu n’avais pas trouvĂ© ici avec nous.

 

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Derniers commentaires

 

C’est un très bel hommage que tu rend lĂ  Ă  ton meilleur ami, il n’y a rien Ă  ajouter.


 

c’est magnifique …


 

il va bien ..il va mieux j’en suis sure

…et il t’accompagne …te protège… comme il l’a toujours fait !!!

et comme le font tous nos etres chers partis …

LĂ  ou ils sont …ils ont acces Ă  nos secrets …Ă  nos pensĂ©es a nos peurs …

tu as été forte pour lui et il est fier de toi !!!

son choix tu n’y peux rien, malgrĂ© tout ton amour, tu n’aurais rien pu faire c’etait son chemin ,aussi dur que ce soit pour ceux qui reste…ne t’en veux pas.


je te comprend au plus profond de mon coeur …et t’envois toute ma lumière.

♥


 

Tellement triste et touchant …


 

Je veux et je me dois de rĂ©agir Ă  ton article. Moi aussi c’Ă©tait en 2001 mais c’Ă©tait pas mon meilleur ami mais mon petit ami. Je suis un peu plus agĂ© que toi… mais ca ca ne change rien Ă  la monstruositĂ© de la situation.

On est plus jamais la mĂŞme, on ne vit plus pareil, on ne pense plus pareil mais il faut continuer. Alors on continue vide, meurtrie car les gens 6 ans après pensent que c’est fini. Et puis non ce n’est pas fini et puis oui ca nous ronge.


Alors mamzelle je suis comme toi.. je me lève encore la nuit.. en Ă©sperant qu’un jour ca s’attenue et ca me permette de vivre une nouvelle histoire..


 

Merci Ă  toutes. Du fond du coeur.

Il n’y a pas forcĂ©ment beaucoup de choses Ă  rajouter….


 

Mon Dieu ce que tu vis est horrible… Je ne te dirai pas que ça passera avec le temps, je n’en sais rien, je ne peux pas te comprendre parce que je n’ai pas vĂ©cu tout ce que tu as vĂ©cu… Mais je te souhaite tout le courage du monde… pour continuer!


 

Ton hommage est absolument magnifique. Le temps ne change rien et j’aimerais pourtant dire le contraire. En cette pĂ©riode fĂŞtes, nous ne fĂŞterons pas NoĂ«l car il manquera une personne cette annĂ©e qui vient juste de partir. Bien Ă  toi.


 

C’est très beau … j’en ai presque les yeux mouillĂ©s …


 

C’est un hommage magnifique. cela remue beaucoup de chose en moi, des souvenirs, des larmes…


 

Perdre une personne aussi proche, c’est une douleur immense…Ton hommage est très Ă©mouvant.


 

… .. . no comment !


 

Très bel article très touchant… effectivement il n’y a rien Ă  ajouter.


 

C’est la deuxième fois que je lis cet article et je suis toujours aussi Ă©mue et pensive a la fin.


 

Ca me met les larmes aux yeux c’est horrible…


Courage en tout cas…


 

Ca m’a beaucoup touchĂ©e. Je trouve que c’est un très bel hommage.


 

je laisse un commentaire, mĂŞme si je ne sais pas quoi dire…mais parce que ça me touche….


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