Je ne suis pas née dans une rose. Ni dans un chou. Ma mère m’a appris à écrire, à m’habiller, à manger cinq fruits et légumes par jour… mais pas à marcher avec des talons, à me coiffer ou à me maquiller. Je ne sais pas pourquoi. C’est quelque chose qu’on a raté.
Peut-être qu’il y a des mères que ça gêne un peu. Je veux bien croire que ça ne doit pas être facile de voir ses enfants grandir, pourtant, j’avais des copines qui partageaient avec leur mère bien plus que les devoirs et les repas : le mascara, les conseils anti-cernes, le rouge à lèvres qui ne bave pas. Vu de l’extérieur ça avait l’air sympa.
Même les pubs jouent sur la complicité mère-fille, il suffit de voir les campagnes Dove, Petit Bateau ou le Comptoir des Cotonniers, youpi, de cinq à cinquante-cinq ans on doit tout partager (après cinquante-cinq ans on n’est plus photogénique, bhooo, et puis pensez, après la ménopause, des femmes ? noooon).
Et puis surtout, quelle meilleure occasion pour entamer une discussion sur les premiers copains, les angoisses personnelles ou la sexualité ? Ok, ok, j’admets qu’à quinze ans la dernière chose dont j’avais envie, c’était de parler à ma mère (parmi mes cauchemars, c’était placé juste entre “finir vieille fille” et “tomber en rade de Biactol”) - mais justement, je veux croire que l’adolescence aurait été un poil plus supportable si j’y avais été accompagnée.
Pourquoi ma mère n’a-t-elle pas admis (ou très tard) que je puisse séduire ? Je ne sais pas. Elle séduisait encore. Je me souviens des hommes qui la draguaient en me prenant pour sa soeur - j’étais fière qu’elle plaise. Elle ne les a jamais regardés. On n’était pas dans cette concurrence malsaine qu’on repère parfois dans les couples mères-filles.
J’ai rattrapé mon “retard” mais ça a pris du temps. Je ne regrette pas particulièrement d’avoir zappé la fillitude (les jeux vidéo ont été une saine occupation), c’est seulement un constat.
Il n’empêche que si c’était à faire, je ferais autrement. Parce qu’à douze ans, je savais pourquoi c’était mieux d’être un garçon que d’être une fille, je connaissais les chiffres des femmes battues et la différence des salaires… mais je ne savais pas que j’aurais du pouvoir, que je séduirais, que je pourrais jouer tous les jours avec mon apparence, que je serais sans doute plus libre qu’un homme ne le sera jamais. Aujourd’hui, je le sais, ça me saute aux yeux. A l’époque, entre deux seins qui poussent et les premières règles, j’aurais sans doute été contente de l’entendre.
Aucune mère n’est parfaite et la mienne était très bien. Je ne veux pas connaître les raisons de certains silences, je suis sûre qu’il y avait de bonnes raisons.
Mais même si ça fait peur que les petites filles grandissent, ce n’est pas la peine de leur cacher ce qui justement, devrait les aider à ne plus avoir peur.
posté le 03/12/2007 | 3930 vues | 24 commentaires | tags: technique Dr_Freud mères psycho miroir bestof filles
Ma mère ne m’a pas transmis non plus de connaissance de l’élégance, et je commence tout juste (à 30 ans !?!) a accepter les contraintes qui y sont liées. Parce que pour moi c’est des contraintes: devoir prendre rdv chez coiffeur, esthéticienne, repasser les jolis tissus fragiles, prendre le temps le matin…
Du coup, je ne suis pas d’accord quand tu écrits “je serais sans doute plus libre qu’un homme ne le sera jamais” ! même si on peut y prendre du plaisir à la fin…
“repasser les jolis tissus fragiles”
han, nan, je veux pas faire, ça.
“j’aurais sans doute été contente de l’entendre” Peut-être que cela aurait “trop” changé ta perception et ton comportement menant à l’abus de séduction. Ce qui n’est pas aussi utile que quand la séduction est utilisée parcimonieusement.
Par contre je suis pas sur que la séduction soit surtout un truc de filles. La séduction opère pour tout le monde… Par exemple est ce qu’un Wonderbra et un décolleté séduisent (dans le sens produire de l’effet, créer une relation) autant les hommes que les femmes ? Je crois que oui…
petite pomme > ooooh mais on peut faire sans contraintes ! Je ne fous jamais les pieds chez le coiffeur ni l’esthéticienne, je ne repasse jamais mes fringues (je n’achète que de l’infroissable et je n’utilise par mon sèche-linge), je passe cinq minutes chrono le matin… donc non, je confirme, je me sens tout à fait contente d’être une femme et de voir maintenant le côté positif du truc.
Harold > hé, un homme :) Bienvenue ! En fait je pense que ça aurait juste contrebalancé l’abus de mauvaises nouvelles qui guette la jeune fille qui entre dans l’adolescence, sans forcément me jeter toute crue dans le monde des mâles.
@Maia : Il est chouette ton article. ca a reveillé en moi plein de bons souvenirs d’enfance, quand j’ai passé des heures à regarder ma mère se maquiller, et s’asperger d’ “Opium” de sanit Laurent. J’ ai gardé la même attitude et les mêmes rituels. Ce qui est plus etrange c’est que c’est mon fils qui me regarde maintenant.. En gardera t-il une certaine image de la feminité, je ne sais pas….
Wah trop mimi le bout de chou qui regarde sa maman! Je sais pas pour vous, mais même mon homme quand je me maquille parfois il me regarde et quand je mets du mascara il me dit: Mais pourquoi t’ouvre pas la bouche! Toutes les filles ouvrent la bouche!
Moi ça me fait rigoler, parce qu’encore pour lui, c’est quelque chose d’assez curieux cette “ritualisation” du maquillage…
J’ai partagé ces choses avec ma mère, leçon de mascara, séance brushing, premières règles. En fait, elle dédramatisait les choses surtout. Je crois qu’elle voulait juste, en partageant avec moi ces moments, me montrer que je pouvais parler de tout avec elle. En lisant ton billet, je crois, en définitive que ça n’avait pas grand chose à voir avec la transmission de la féminité. Adolescente, moi non plus, je ne voyais pas vraiment ce qu’il y avait de si génial dans le fait d’être une fille, mes seins me faisaient horreur, les règles me dégoûtaient et je redoutais plus que tout leur apparition… Donc ce n’est pas sur ce terrain là que ces moments de partage étaient importants. On parlait de mascara mais on aurait tout aussi bien pu parler d’autre chose, c’était une façon de cimenter notre relation, tout simplement…
Cimenter sa relation avec sa mère, déjà c’est pas mal :)
Si la mienne m’a transmis quelque chose, ça se passait systématiquement … aux toilettes ^ ^
Incroyable, le nombre de discussions importantes que l’on a pu avoir en ce lieu incongru !!
Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux merci :o)
Bonjour tout le monde.
Alors, c’est un avis très personnel, mais je pense que la transmission de la féminité ne passe pas forcément par l’apparence. J’ai même envie de dire au contraire, mais c’est encore plus discutable.
Si je reprends mon expérience personnelle, je ne suis pas hyper féminine en apparence. Je ne maquille pas tous les jours, je ne repasse jamais mes vêtements et je déteste discuter de fringues. Par contre, j’ai beaucoup discuté de parfums avec mes parents, mais je crois que c’est tout.
Mais je sens une féminité qui est en moi. Elle existe, parfois mon corps a envie de la montrer, parfois elle est bien comme ça, sans rien.
J’ai appris la féminité de ma mère et de mon père. Ma mère, avant tout par sa son histoire, sa façon de parler de sa vie, sa vision des choses. Surtout son histoire, qui m’a appris comment la séduction est plus un état d’esprit qu’une question d’apparence, qui m’appris comment sa féminité s’est construite petit à petit et que la féminité peut faire peur, aussi. Mon père est fasciné par l’image de la femme dans la littérature, la poêsie, la peinture, mais aussi par les femmes qu’il a connu…Je crois que pour eux, je pouvais apprendre à marcher en talons toute seule, là n’était pas l’objet d’une éducation.
Donc tout ça pour dire, que si c’était à refaire avec ma fille, je crois que je m’inspirerais de leur démarche, parce que tout simplement c’est une version de la féminité sans contrainte physique, poêtique, multi-facette, qui m’a rendue consciente des violences qui sont faites aux femmes (verbales, physiques).
et je suis désolée pour les fautes d’orthographe. Promis, la prochaine fois je relis.
Le point de vue du mec.
Tout d’abord, sachez mesdames, qu’il y a quelque chose de très érotique et de très attendrissant dans votre “apprentissage” de la féminité.
Une jeune femme un peu maladroite sur ses talons et bien je trouve ça très… sexy. Une forme de fragilité qui m’a semblée à bien des égards merveilleux.
Il est clair qu’une toute jeune femme très (trop?) aguérie dans l’usage des instruments de la séduction des femmes m’aurait quelque peu effrayé à vingt ans.
Donc, soyez certaines que même si vous n’avez pas immédiatement tous les “appareils” de l’expression de la féminité parfaite, vous n’en restées pas moins, “magiques”.
Mais sachez, qu’il en va de même pour nous les hommes.
J’appartiens à cette génération, où le terme “virilité” était trop facilement assimilé à celui à celui de “machisme”.
Nous -pauvres de nous- avons donc vécu des années dans la peur de devenir l’affreux macho répugnant, bob et pernod ricard compris.
Avec l’angoisse qui suivait, “pourvu que je ne vire pas dans l’autre bord”.
Mon père m’a appris l’amour des livres, de la peinture, le respect des autres, ma mère m’a appris la galanterie et je dois connaitre par coeur tout le guide des bonnes manières.
Mais jamais on ne m’a appris à ouvrir une canette avec les dents, tout en mangeant une pizza et en manipulant la télécommande de télé.
Non, je plaisante.
Mais pas tant que ça.
Quand je regarde autour de moi, rare sont les mecs qui ont appris à se comporter en “mâle” (dans le sens positif du terme).
Tout comme rares, sont les femmes à qui leur maman à appris lles vrais ressorts de la féminité.
Bref, dans une société hyper sexuée, nous n’avons jamais reçu aussi peu, hommes ou femmes, d’outils concernant notre rôle.
Space, non?
Bon heureusement, il y a les héros de cinéma…
Je n’ai pas non plus reçu de leçon de brushing de ma mère…
Peut-être aussi qu’il s’agit d’inventer sa propre féminité et de se différencier de l’archétype féminin talons-mascara-hanches qui balancent-brushing…
En fin de compte, ne pas avoir TOUT appris de sa mère, c’est se donner la chance de faire comme on veut au moment où on a choisi de le faire.
Et il s’agit d’un jour s’éveiller femme, comme on le veut, quand on le veut, dans les limites qu’on se fixe et avec les chichis qui nous sont essentiels…
Miss Lili > tu parles d’une situation où ça se serait fait sans gêne, mais non, là y’avait plutôt blocage - donc ça ferme des possiblités plus que ça n’en ouvre. Pour l’archétype de la féminité, tu pourras lire mon article sur le paintball :)
@Maia> chez moi aussi, c’était un blocage. Mais j’y trouve des côtés positifs :). Je cours te lire.
Je ne pense pas que ce soit forcément sain “d’activement” transmettre la féminité de mère en fille. Il me semble que la petite fille va regarder sa mère se maquiller et se parfumer et se forger une image de la féminité. Mais quand la fille devient ado et veut devenir plus féminine, c’est quand même passablement lié à l’envie de séduire, à la découverte du sexe opposé, de la sexualité. En plus un âge où l’on se différencie de ses parents. Du coup, ce serait quand même bizarre d’avoir une maman qui apprend à sa fille à se maquiller pour son premier rendez-vous, limite malsain.
Enfin, il me semble que c’est le rôle d’apprendre à écrire et manger ses portions de fruits, mais qu’il vaut mieux que chacun reste à sa place.
“que je serais sans doute plus libre qu’un homme ne le sera jamais”
J’ai un peu - euphémisme - du mal avec cette phrase…
Tu énonces les différences salariales, la violence de genre et tu conclues en disant que tu es libre car tu peux séduire ?
Soit j’ai raté quelque chose, soit il y a comme une couille dans le potage pour parler poliment ;o)
Ma mère, mon héroïne !
On est très différente mais on s’aime plus que tout :)
Article bien écrit, mais je trouve que tu oublies les pères, dans l’histoire…Complexe d’Oedipe oblige, on se construit aussi par rapport à eux. Et puis non, les mères ne sont pas coupables de tout…
Mon ex et sa mère ont une relation spéciale : la seconde a quasiment tout appris à la première au niveau séduction et manipulation du sexe masculin. Mais elles ont poussé le “vice” un peu loin je trouve : la mère forçait la fille a faire des photos (pas toujours très jolies et naturelles en plus) et elles sont depuis 2 ou 3 ans maintenant (mon ex a 19 ans, sa mère moins de 40, elles sont magnifiques toutes les deux) en constante compétition sur la séduction. Leur relation s’est d’ailleurs détériorée à cause de ça : la mère n’aime pas que les hommes regardent plus sa fille qu’elle dans la rue, la fille ne supporte plus la mère (en même temps, à 19 ans…).
En conclusion : elles ont toutes les deux un foutu caractère!
Ma mère est une femme très belle, élégante et jeune (par rapport à mon âge…). Moi aussi j’ai vécu le syndrome de la fille-soeur. Cela dit, ma mère est parfois TROP. Du coup, à mes 16 ans je m’habillais avec fierté comme un garçon, ce qui l’arrangeait énormément.
Maintenant, j’aime les talons, les tailleurs, les bijoux… Tout en restant naturelle (je ne me maquille que pour les mariages, et encore, que les lèvres). La vision de la femme que j’ai c’est ma mère, à quelques différences près, mais pas loin quand même.
Elle ne m’a pas vraiment appris, ça s’est fait par essais-erreurs (parce qu’elle ne se privait pas pour me dire ce qui n’allait pas…). Je trouvais qu’être feminine c’était compliqué, et ça me mettait mal à l’aise. Maintenant, j’aime mon corps et je me sens beaucoup mieux en étant femme. Mais pour me préparer je ne prend que 5 min. Parce que point trop n’en faut, c’est comme tout…
Après, je met en garde beaucoup de jeunes filles qui confondent “feminité” et “vulgarité”. Porter des talons et se maquiller ne fait pas le tout. La feminité est un état d’esprit, et il faut pouvoir être feminine avec un sac à patate (lol).
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