Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

17. mai 2012

Mot de passe oublié

Barb

quartier-rouge.jpgLundi dernier, certaines associations ont défilé contre la loi pour la sécurité interieure de 2003 qui interdit le racolage passif. Pour résumer, cette loi assimile le plus vieux métier du monde à un délit, ces femmes de joies sont donc passibles de contraventions et de prison pour exercer leur métier. Déjà drôle de coïncidence de défiler devant le Sénat, car pour la petite histoire, sous leur pied se trouve un passage secret menant le Sénat à un célèbre restaurant afin de permettre à ces hauts fonctionnaires de retrouver ces Marie-Madeleine en cachette pendant leur pause déjeuner. D’ailleurs on peut observer les stigmates de ces rencontres puisque les prostituées signaient sur les miroirs qui ornent les salles à manger de ce restaurant grâce aux diamants avec lesquels elles étaient rétribuées afin de vérifier leur authenticité.

Bref, comme quoi il n’y a jamais de hasard, on se retrouve des annĂ©es après au mĂŞme endroit pour voir leurs consoeurs militer en faveur de leurs droits devant un lieu dont les membres Ă©taient les premiers Ă  profiter de ce “pĂŞchĂ©”. Ceci Ă©tant dit, ce que nous retenons de cette loi c’est qu’elle ne lĂ©galise pas la commercialisation du corps humain.

Néanmoins je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de passer par Amsterdam notamment, où la prostitution est légale… Mais il faut voir à quel prix cela se paie ! Car j’ai eu l’occasion de me promener à travers le quartier rouge mais j’ai vraiment eu la nausée en voyant ce pathétique ballet d’hommes attendre leur tour pour assouvir leur faiblesse sur le sexe faible. (D’ailleurs, je me demande pourquoi on parle de sexe faible pour les femmes alors que ce sont les hommes qui sont les plus faibles face à leur sexe.)
On peut donc observer ces courtisanes derrières des cabines de verre, comme on pourrait observer une souris de laboratoire face à des mâles morts de faim dans une cage. Ces femmes attendent, attendent de pouvoir fermer les rideaux rouges, signe de la fin du spectacle et le début pour celui qui vient consommer ! J’ai été écoeurée de voir cette surconsommation de sexe, pardon de femmes ! Des queues (leu leu) interminables pour faire ses courses de luxure.

Protégées derrières leurs légales cabines elles n’en restent pas moins exposées, vendues. Ainsi, la loi peut parfois jouer à un jeu dangereux dont les dés sont certainement pipés: comment peut-on protéger un être humain en légalisant la vente de son corps ? Comment protéger une femme en la rendant esclave de son corps ? Et le pire, comment l’état peut se permettre en plus de demander une rétribution de cet asservissement ?

Alors maintenant, comment protéger une personne quand celle-ci n’a pas accès aux droits les plus fondamentaux ? C’est pourquoi je soutiens ces associations de prostituées afin qu’elles puissent être traitées au même titre que tout autre citoyen et donc la première chose, avoir des droits, la possibilité de se défendre. Leur activité étant illégale, elles n’ont pas les moyens de se defendre, elles sont considérées comme des délinquantes. Mais comment ne pas tomber dans une industrie du sexe, autrement dit comment légaliser une activité contraire au respect de l’intégrité humaine ? D’une même façon rendre illégale la prostitution c’est aussi mettre encore plus en danger ces personnes qui n’auront ni droits ni lois pour se protéger.

Ainsi, je ne peux ni autoriser l’Etat à devenir caution de la commercialisation du corps humain, ni autoriser une inégalité de droits entre ses citoyens… C’est définitivement le serpent qui se mord la queue. En conclusion, je reprendrai le titre du livre de notre Garde des sceaux : « Je vous fais juges ».

 

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Derniers commentaires

 

“Pour rĂ©sumer cette loi assimile le plus vieux mĂ©tiers du monde Ă  un dĂ©lit,”


Etant un peu fĂ©ministe sur les bords, j’aimerais attirer votre attention sur cette figure de style qui est censĂ© illustrer la prostitution: stop. Ce n’est pas le plus vieux mĂ©tier du monde il faut arrĂŞter de faire fantasmer les gens, je veux dire surtout nous les mecs, sur ce mensonge. Je sais bien que ce terme peut ĂŞtre utiliser seulement Ă  des fins esthĂ©tiques dans un texte mais non franchement, non.


La prostitution est un sujet compliquĂ© et ce qui me dĂ©range profondĂ©ment, est que la majoritĂ© de la prostitution est de l’esclavagisme pur et simple. Je ne peux donc pas cautionner et j’espère juste que les filles s’en sortent le plus rapidement possible…


 

Tu vois Barb, je partage tes interrogations… moi aussi je me demande comment se sortir de ce cercle vicieux… LĂ©galiser, dĂ©finitivement non mais arrĂŞter de les ignorer sous pretexte que ces femmes pratiquent une activitĂ© illĂ©gale me semble la moindre des choses.

Une des justifications de la prostitution chez ceux qui la dĂ©fendent et que me fait hurler, c’est de dire que grâce Ă  elles (les prostituĂ©es) il y a moins de viols… alors on en sacrifie quelques unes pour que ces “sauvages” ne nous tombent pas dessus Ă  tous les coins de rue? C’est vraiment immonde comme argument!

Et moi qui suis fĂ©ministe aussi, je trouve ça lamentable de penser que les hommes sont si esclaves de leurs pulsions qu’ils n’ont pas d’autres moyens de les assouvir! C’est une belle hypocrisie de nous laisser penser ça et ce sont les premiers Ă  nous le dire quand ils jouent franc jeu.

Comme Harold, j’assimile la prostitution Ă  de l’esclavage dans la plupart des cas et je suis juste dĂ©solĂ©e pour ces filles, alors qu’on leur ouvre des droits bon sang, c’est quand mĂŞme pas trop demander! Sinon, comment s’en sortir?


 

sujet super touchy

alors evidemment, on voudrait tous que la prostitution disparaisse purement et simplement. ca ,c’est ds le monde merveilleux des petits poneys violets

faut bien admettre que ca a toujours existé et que probablement ca existera toujours

alors faut bien se debrouiller avec ce qu’il y a.

il faut absolument des droits , un statut aux prostitués (ées) (je rappelle que cela concerne aussi des hommes..)

au risque de ma faire lapider, je me demande si il ne faudrait pas rouvrir les maisons closes. la solution hollandaise (vitrine) ne me plait pas du tout.

mais un lieu clean, ce serait peut etre pas mal

c’eset juste mon avis de citoyenne lambda. je ne pretends pas maitriser le sujet mais on en est au stade ou il faut bien faire quelque chose, non?


 

Il fut un temps oĂą les maisons closes Ă©taient gĂ©rĂ©es par les communes… Et les agressions sexuelles Ă©taient moindres! Mais la prostituĂ©e avait pignon sur rue. Elle restait en marge de la sociĂ©tĂ© mais avait une place prĂ©pondĂ©rante et surtout, avait des droits…


@Jennyale > il ne s’agit pas de penser qu’on Ă©pargne la majoritĂ© des femmes en faisant violer une minoritĂ© d’entre elles… Quand j’utilise (je parle pour moi, bien sur) l’argument du controle de la violence sexuelle, il s’agit plus de constater que dans une sociĂ©tĂ© oĂą les hommes ( tous) peuvent avoir une sexualitĂ© qui leur convient, la violence sexuelle envers les femmes baisse. Il ne s’agit Ă©videmment pas d’en attacher une ou deux sur une table pour les livrer aux appĂ©tits cruels des dĂ©viants que la sociĂ©tĂ© ne pourrait canaliser!

Et il ne s’agit pas non plus de penser les hommes comme des esclaves de leur pulsion mais de prendre en compte le fait que la frustration sexuelle peut gĂ©nĂ©rer, chez certains, des comportements agressifs… Tout comme on considère que la pauvretĂ© peut ĂŞtre un facteur menant Ă  la dĂ©linquance… Pas toujours, mais parfois. Un facilitateur.


En effet, la plupart du temps, la prostitution est esclavage, traite des blanches, coups et humiliations. Mais la tentative de lĂ©gislation Ă  ce sujet vise Ă  sortir de lĂ  celles qui veulent en sortir, et permettre d’y rester dans des conditions acceptables Ă  celles qui le veulent.


Je reste dĂ©finitivement pour la lĂ©galisation de cette pratique (puisqu’on ne peut toujours pas parler de mĂ©tier), dans l’espoir que la lĂ©galisation protègera celles qui y restent et en fera sortir celles qui le veulent…


 

@ Harold : au delà d’une “figure de style”, c’est surtout une tournure pour mettre en avant un problème de société qui existe et existera toujours. donc pour mettre en exergue un sujet intemporel et qui ne cessera jamais, que ce problème a toujours suscité des polémiques que ce soit en période de légalisation ou de prohibition. En d’autres termes, cette tournure résume à elle seule le débat.


@ jennyale : la solution serait de trouver une sorte d’équilibre et de ce fait de traiter les affaires de prostitutions au cas par cas afin de pouvoir donner un véritable choix de décision à ces femmes. Mais ce n’est pas gagné surtout quand on décide de supprimer grand nombre de tribunaux…


@ NC : réouvrir les maisons closes ? à voir mais ça repose le même problème puisque ça reviendrait à légaliser… mais pourquoi pas je me demande juste comment être sure de leur protection , et n’aurait-on pas peur de créer un lieu de non droit ?


@ misslili : je reprendrai ta phrase qui est très juste : “dans l’espoir que la lĂ©galisation protègera celles qui y restent et en fera sortir celles qui le veulent…”


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