Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

17. mai 2012

Mot de passe oublié

*loolune*

Quand Loana remplace Blanche-Neige…

idt.jpg“Rêve ta vie en couleurs, c’est le secret du bonheur…” Peter Pan.

Quand j’étais petite, mon papy tentait de m’endormir en me racontant les histoires de l’ignoble Mortemar. Cet odieux méchant n’avait qu’un seul but: pourrir la vie d’une adorable petite princesse qui portait mon nom (bah oui c’était mon papy à MOI l’auteur), enfin pas trop non plus: pour éviter les cauchemars. Alors dès que Mortemar commençait à me filer un peu trop les chocottes, un petit lutin ou un preux chevalier venait me secourir et grâce à l’amitié, la solidarité, honnêteté, le courage… tout ce joli petit monde triomphait de Mortemar (qui ne mourait jamais: c’est trop cruel la mort pour une petite fille). Chez mes autres grands-parents, j’avais le droit à des contes russes, marocains ou tchèques dans lequel un courageux coq réussissait à détrôner un vilain empereur. Mes parents quant à eux devaient secrètement posséder des actions Walt Disney, qui nous fournissait un exemplaire papier et/ou vidéo de chaque nouvelle histoire dessinée. Dans ces contes illustrés, j’apprenais que les méchants perdent tout le temps tout simplement parce qu’ils ne sont pas gentils. Ainsi, à à peine 5 ans je savais déjà que si je ne voulais pas mourir empalée par un prince ou brûlée vive, j’avais plutôt intérêt à être honnête, sincère, pas trop curieuse, altruiste et que si je croyais en l’amour, tout devenait possible. Pleine de toutes ces grandes valeurs, j’avançais dans ma vie, colorée par les contes de fées, essayant d’avoir plein d’amis (comme Peter Pan), de ne pas accepter les bonbons des inconnus (merci Blanche-Neige), et de perdre un soulier à chaque coin de rue (ça a été plus efficace que Meetic pour Cendrillon), puis il y a eu l’adolescence.

“La vie est une grande désillusion.” Oscar Wilde.

13 ans et toutes ces grandes questions: “Qui suis-je? Où vais-je? Pourquoi suis-je là?”. J’entends parler de Freud, je commence à lire Bettelheim… Ils pourront peut-être m’aider ? Que nenni, alors qu’à l’âge ingrat tout était encore rose bonbon grâce aux souvenirs des jolies histoires (et aussi aux Dragibus), ils ont tout gâché: ils m’apprennent que le Loup dans le Petit Chaperon Rouge, n’est pas simplement un grand méchant, mais qu’il est avant tout un pédophile, et m’expliquent que lorsque La Belle Au Bois Dormant se pique le doigt et saigne cela symbolise son passage dans la puberté ainsi que ses premières règles, puis en s’endormant elle passe en phase de latence pour être réveillée par un Prince qui ne sert qu‘à lui faire découvrir l’amour hétérosexuel, le tout correspondant parfaitement aux trois deniers états par lesquels doit passer l’inconscient selon Monsieur Sigmund. En quelques lectures je découvre ainsi que les méchants des contes de mon enfance sont des pervers sexuels, et que les punitions infligées par les sorcières aux princesses sont en fait des étapes essentielles pour qu’elles deviennent des adultes équilibrées (encore une fois d’après Freud), un simple rapport conflictuel mère/fille en somme. Mon monde s’écroule, toutes mes valeurs étaient basées sur de fausses idées. Puis Endemol est arrivé.

“Elle a un gros charme.” Harry, L’île de la Tentation 2006.

De plus en plus de jeunes découvrant le pot-aux-roses, partout sur la planète des Messieurs qui fument de gros cigares ont décidé de lutter à leur manière contre le désenchantement de la population: la télé-réalité allait naître. Il fallait réapprendre aux jeunes à rêver. Tout avait été soigneusement calculé: le programme étant principalement destiné à l’adolescent qui n’a plus aucun principe, la télé-réalité devait être dénigrée par les intellectuels, les personnes âgées mais surtout les parents qui devaient s’offusquer devant des émissions qu’ils allaient jusqu’à qualifier d’ordurières: le jeune, alors en pleine rébellion contre les institutions, se sentait alors obligé de regarder cette real-TV, pour “s’abrutir” aux dires de ses parents. Le public ayant ainsi été recruté, il fallait maintenant faire passer des “messages”: les Messieurs aux cigares, après des brainstormings intensifs, ont débordé d’imagination pour développer les meilleurs concepts afin d’éduquer les ados. Ainsi chaque émission grâce à un casting parfait comporte son lot de morales. Koh Lanta: c’est plus facile de vivre (sur une île déserte) quand on est solidaire et qu’on s’entraide (ou alors il faut être un bon voleur de riz). Secret Story: avoir des secrets pour ses “amis” ça crée des tensions (le mauvais caractère aussi). L’île de la Tentation: ce sont souvent les plus stupides qui sont infidèles et les filles qui sont payées pour vous draguer (et plus) tombent rarement amoureuses de vous quand on leur donne plus d’argent (elles peuvent même vous insulter dans Entrevue). Hétéro mais pas trop (Canalsat): ce n’est pas parce qu’un garçon a du goût pour les vêtements qu’il est gay, par contre s’il commence à caresser les fesses d’un autre mâle dans le jaccuzzi on peut avoir des doutes. La loi du plus riche (Canalsat): comme dirait la jeune princesse du Moyen-Orient qui ne voulait même pas partager sa chambre avec un ouvrier au début de l’émission: on ne peut pas juger quelqu’un à la taille de son portefeuille (ouf parce que moi en ce moment…), notons aussi que le casting de la saison 1 insinuait: moins on a d’argent plus on est sexy (à vérifier). The Beauty and the Geek (Canalsat): même si tu es moche tu peux espérer un jour sortir avec la capitaine des Pompom Girls (enfin si tu te fais relooker avant c’est mieux). A chaque fois le plus méchant, désagréable, égoïste est nominé (enfin pas éliminé car il faut qu’on tire le maximum de leçons de son attitude négative), donc si tu veux qu’on t’aime: range ta chambre et fais la cuisine pour les autres.

Forcés de constater que la télé-réalité nous inculque les plus belles valeurs du monde…

Finalement si la real TV fabriquait des hommes meilleurs?

 

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Derniers commentaires

 

Euh… j’avais pas réfléchi à ça *loolune* mais pourquoi pas?

Cependant, plutôt que d’envoyer mes fils se faire éduquer par la real tv, je vais tenter de leur lire quelques contes avant de les endormir pendant encore au moins 20 ans… et je vais bannir Freud de chez moi! On verra bien…


 

loolune, cet article est définitivement dans mon top 5 des meilleurs articles publiés sur ladies room. déjà, citer harry avec autant de classe, ça vaut +10.


 

je rejoins sskizzo, vraiment quelle analyse! En plus c’est vrai et parfaitement bien vu.

Mais rassure-moi, tu ne lisais pas vraiment Bettelheim à 13 ans? Je ne l’ai découvert qu’à preque 30 ans, c’est la honte!


 

@ Jennyale : c’est un secret mais j’ai acheté la Petite Sirène en dvd la semaine dernière … Non je ne cèderai pas à la tentation de la Star Academy :)

@ Sskizo : Merci :) La prochaine fois j’essaie de citer Harlem de la Star Academy :)

@ Sarmentanne : Merci :) Bon d’accord j’ai ouvert mon premier Freud a 13 ans mais j’ai attendu d’en avoir 16 pour commencer Bettelheim … et je ne l’ai pas lu en entier :)


 

Merci pour cet excellent article. Finalement on nous raconte toujours les mêmes histoires.. Contes de fées ou télé réalité, toujours le même scénario : éducation édulcorée. De la sublimation à la désillusion.


« La vie est un rêve, c’est le reveil qui nous tue » (Virginia Woolf

En tout cas, fabrique “d’hommes meilleurs” je ne sais pas, mais fabrique à rêve surement, car attention aux douze coups de minuit, après la fin du show, beaucoup de ces héros de la télé réalité redeviennet citrouilles, où sont donc passés les Jean Edouard, Kenza, Azziz, les L5 ou encore Georges-Alain, Patchi…. ?


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