Moi aussi, comme Yukio Mishima, de son vrai nom Kimitake Hiraoka (dixit Wikipédia) comme s’ils pouvaient pas directement donner leur vrai nom, enfin bref. Moi aussi, comme le célèbre auteur japonais (qui finit comme chacun sait Hara Kiri(sé)… ou plutôt SEPKU (té)… comme le dit la véritable expression – C’est une manie chez les Japonais de donner plusieurs noms à tout, un vrai et un faux, pour brouiller les pistes. Bon, j’en viens au fait, patience ! Oh ! D’abord, j’écris ce que je veux !
Bref, moi aussi, je suis un masque. Et voici mes confessions à moi…
J’ai l’impression peu commune de marcher la plupart du temps à côté de moi-même, et de contempler le spectacle. Bien sûr, je ne le trouve pas toujours intéressant, et, souvent, je m’enmerde nuie. Mais, la plupart du temps, il me surprend. Autrement dit, j’ai l’impression de faire semblant, dès qu’il s’agit de l’univers professionnel. Alors, évidemment, je ne donnerai jamais à de potentiels et néanmoins improbables (mais on ne sait jamais) recruteurs l’adresse de ce blog, ce qui reviendrait, tout comme Yukio Mishima (de son vrai nom Kimitake Hiraoka) à me faire Hara-Kiri et, honnêtement, je ne me sens pas prête à m’infliger ce geste ultime.
Toujours est-il que j’évolue dans un monde parallèle à moi-même, et que les gens s’agitent autour de moi, envoient des fax, reçoivent des emails, vont à des rendez-vous, relancent des factures… Ils y croient à fond. Alors que moi non. J’attends l’étincelle pourtant, je vous assure.
Ça m’a pris un jour à un rendez-vous chez un client. Je feuilletais la presse professionnelle (rien que l’expression ‘presse professionnelle’ me laisse pantoise). Et je suis tombée sur un article avec des photos, relatant la remise des prix des meilleurs Directeurs Commerciaux de l’année. Des mines fières et réjouies fixaient l’objectif de Jean-Alfred Ledu, journaliste à «Fier d’être un Directeur Commercial» le magazine de la profession. Ils arboraient des coupes et des médailles comme aux Jeux Olympiques, cravatés, moustache taillée, tailleurs 123 pour les femmes (enfin LA femme… Je vous rassure, on n’est pas encore tellement sur le podium). Il devait être tard en plus, il faisait nuit par les fenêtres. Et ils avaient l’air contents d’être là . Pourtant ces gens-là avaient peut-être des familles… Des enfants, des animaux ? Et là , ça m’a pris d’un coup. Je me suis dit :
« Mais n’importe quoi ! »
Franchement, je ne me voyais pas avec la gnaque pour participer à ce genre de concours. D’ailleurs, je m’en foutais moi des performances commerciales, du dynamisme du cadre et du dépassement de soi-même par les objectifs (ou l’inverse). Ma future ex-cliente est venue me chercher, sourire et dents blanches, genre ‘alors, qu’est-ce que tu vends toi ?. Elle m’avait fait attendre assez longtemps pour que j’apprenne par cœur les noms des lauréats, que j’ai le temps de faire le point sur mon parcours professionnel, et que j’en arrive à la conclusion qui s’imposait : s’il y avait bien un concours auquel je devais participer avec quelque chance de médailles, c’était celui de l’imposture. Pathétique !
- Bonjour (grand sourire et beaucoup de dents) je suis Catherine Trammel* (C’est pas mon vrai nom, je vous l’ai dit : un masque) de la société CTSA.
- Enchantée, Véronique Martin. Je suis désolllllée j’étais en pleine conférence call avec New-Yyyyyyyyork. Suivez moi !
Le temps de poser le magazine, me souvenir du pourquoi j’étais là , elle avait déjà disparu au fond du couloir. C’était ça, le dynamisme professionnel. L’ambition, la gnaque. Pourtant, au début (des années 90), j’y croyais moi aussi. Je me disais :
« Bon sang, on aura leur peau aux méchants concurrents ! Ahaha c’est nous qu’on va gagner ». Et puis j’arrivais parfois à 7h30 au bureau ne repartant qu’après 20h le soir, excitée comme une puce, transcendée par le goût de la victoire et des objectifs…Une fiche de paie, un CV : deux raisons de casser la baraque. Et puis je ne sais pas, la patine du temps ? Le chômage ? La hausse du pétrole ? Le fait d’arrêter de fumer ? Le passage à l’an 2000 ? Quelque chose a brisé l’élan. J’y croyais plus du tout. Il fallait que je me rende à l’évidence. Et pourtant ils me parlent, me considèrent comme une des leurs. Collègues, prospects, clients, commissaires aux comptes, directeurs commerciaux, agences de pub…Tous à fond…Le monde s’agite. Il faut sauver le CAC 40 !!! Et moi qui suis là à bailler aux corneilles, à surveiller les étoiles, à me demander d’où je viens, et où je vais… Derrière le masque.
posté le 11/10/2007 | 674 vues | 5 commentaires | tags: ambition motivation masque confession travail
Bonjour Willow,
Ton article me parle également. Il y a des périodes où l’ennui et le découragement m’assaillent et d’autres où je suis hypra top motivée…!!!
Dans la période “découragement”, je me pose des tonnes de question et j’ai envie d’élever des chèvres dans le larzac et dans les périodes de motivation max, je trouve les réunions et questions techniques super enrichissantes et je fais des plans sur la comète sur la suite de ma “carrière”
Tant que les 2 périodes alternent, ça va encore ! Mais si cela devient trop difficile, je crois qu’il faut arriver à trouver une autre voie. Il y a plein de modes d’exercices différents pour un même métier.
Bon courage
chère Willow, merci pour ton article. le problème avec ce masque, c’est qu’il peut devenir de plus en plus lourd à porter, quand on est pas en forme ou que les problèmes personnels pèsent aussi sur le coeur. dans ma vie professionnelle, je dois passer d’un mode à l’autre, de l’intime au public, d’un masque à l’autre. le free-lance, c’est la course à la survie… il y a des concessions qui sont de plus en plus difficiles à faire, notamment gérer les égos surdimmensionnés de ces messieurs hystériques! je suis souvent dans un monde masculin, et quand ça part en vrille, il faut savoir garder son calme, essayer de maintenir le masque bien en place pour ne pas exploser de rire ou ne pas les gifler pour les calmer un peu. souvent, on doit naviquer dans ces mondes d’arrogance et de bêtise, perdre son temps de cervelle disponible pour écouter des personnes qui se prennent complètement au sérieux en vendant du shampoing ou des jeux vidéo… il est devenu quasiment impossibe de travailler au calme, avec des gens “équilibrés”, c’est à dire qui savent que la vie ce n’est pas que ça, qu’elle est aussi par la fenêtre, dans les étoiles que tu regardes… le voile se déchire, c’est une bonne chose pour nous, mais après, il faut peut être prendre une décision pour vivre pleinement, sans masque, à l’air libre… je suis en plein dedans :-)… et je sais que ce n’est pas facile. plein de bonnes choses à toi, miss!
Merci! Tu as raison Mekameta, d’ailleurs, il y a quelques jours, j’ai craqué le masque… et, comme j’avais failli me faire écrabouiller par un chauffard menaçant, je me suis mise en colère… à hurler sur le trottoir ! Le macho est remonté en voiture et direction la fuite !!…Il faut que je me calme…Mais sur le moment ça fait du bien… Quant aux solutions pour tomber le masque, elles sont en cours… ;)
Alors ça… J’ai l’impression de me lire en te lisant! C’est vraiment dingue, ce que tu décris c’est …. moi!
J’ai fait une grande école d’ingé et quand je vois tous mes copains de promo (dont mon homme soit dit en passant) qui s’agitent dans tous les sens, qui montent, qui montent… Et moi… ben non. Pourtant tout comme toi tant que j’étais étudiante et quand j’ai démarré dans la vie professionnelle j’étais super motivée. J’avais envie de dire oui je suis une femme et vous allez voir ce que vous allez voir.
Et puis finalement je ne sais pas si c’est mon travail qui m’a démotivée ou alors mon manque d’opportunisme (j’ai toujours peur de prendre la place de quelqu’un, peur qu’on puisse croire que j’ai les dents qui rayent le plancher, bref peur de m’imposer)mais tout est retombé comme un souffler.
Ce qui est fou avec ton article c’est que je le lis là maintenant alors que je sors tout juste de mon entretien avec mon boss où il m’a dit qu’il était trrrrrrès content de mon travail MAIS qu’il se demandait si je voulais monter plus haut. Ha ben tiens on y est. C’est vrai ça, au fond est-ce que je veux VRAIMENT monter? J’en sais rien en fait. Je porte mon masque de fille sérieuse, motivée et consciencieuse mais au fond de moi je m’en fous pas mal de tout cela et je n’ai pas envie d’être embêtée…
En tout cas merci pour ce billet dans lequel je me suis tellement reconnue et qui fait bien réfléchir!!
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Bienvenue Willow, et bravo tu es déjà en “Une” . juste pour dire que j’aime beaucoup cet article. il m’est arrivé professionnellement de ne plus comprendre ce que je faisais dans le milieu pro que j’avais choisi, et de porter le même masque. J’en suis partie, et je regrette pas du tout !